Dans le monde sans en être

Coup de gueule

Ombre

Nos enfants auraient pu en être. Face aux drames des abus sexuels, nous sommes écoeurés. Au sens étymologique du terme, notre cœur nous est retiré. Et nous sommes secs, comme dévitalisés. Il n’y a rien à relativiser. D’autres institutions dérapent ? Il y a un complot contre l’Eglise ? Arrêtons de réagir comme des groupies serviles et boutiquières. Nous ne parlons pas d’un parti politique ou d’une PME, nous parlons de notre Eglise. Bien sûr, nous savons qu’à peine 1 % des prêtres dérapent. C’est pourtant beaucoup trop et c’est insupportable. Obtenir rageusement la démission d’un prélat ne changera rien. Nous sommes sur une autre économie. La faute est avérée et il est temps de faire repentance et de réparer. Commençons par pleurer avec les victimes. Murées dans leurs souffrances, elles hurlent quand elles le peuvent encore. N’oublions jamais que nos enfants auraient pu en être. Les entrailles des mères saignent, les tripes des pères sont retournées. Oubliée la doucereuse miséricorde, une colère sourde monte.

Il est temps qu’en responsabilité, nous parvenions enfin à nommer ces actes commis par des profanateurs qui profitent de leurs statuts pour souiller et pervertir ceux qui en confiance, leur offrent leur vulnérabilité. Beau cadeau pour des innocents qui attendent réconfort spirituel et consolation en ce monde inapaisé. Ces sacrilèges représentent les actes les plus christianophobes qui soient. Et nous hurlons quand nous apprenons que les prédateurs continuent à célébrer l’eucharistie, à prêcher, à confesser et pervers séducteurs, à se déployer au milieu de fidèles énamourés. Nous touchons là au cœur du mystère de la radicalité du mal.

Messieurs les évêques, prêtres et religieux. Vous êtes sonnés comme nous. Nous savons que vos confrères coupables vous ont désormais placés au cœur du soupçon. Continuez à nettoyer. Ecoutez aussi notre colère. Comment parler à nos enfants, à nos adolescents de ces drames ? Face à ces ravages, entendez le désarroi et le sentiment de trahison des parents qui essaient laborieusement, en ramant à contre-courant, de transmettre leur amour de l’Eglise à leurs enfants. Ils sont heureux d’en promouvoir et d’en défendre le magistère. Inlassablement, ils s’emploient à exalter la grandeur du sacerdoce, en valorisant et célébrant leurs prêtres. Ces temps-ci, ils sont un peu perdus.

Un combat est désormais engagé et nous étions pourtant prévenu.

Dès novembre 2005, le grand Benoît XVI avait appelé à faire le ménage dans les séminaires, en amont de la chaîne. Avec lucidité, il prédisait dans notre vieille Europe la reconfiguration d’une Eglise qui perdrait de sa belle splendeur sociale, pour se refonder autour de minorités créatives et missionnaires. Aujourd’hui, le Pape François toujours tonique, nous invite opportunément à combattre le cléricalisme. Son appel sonne juste. Les atermoiements dans la communication ecclésiale autour de ces drames ont consterné. Cette période pourrait être salutaire pour restaurer enfin,  justice et vérité et prévenir pour l’avenir. Elle permettra enfin de dénoncer cette tentation temporelle de gérer et protéger une corporation enfermée dans son propre écosystème, déconnecté du réel. Le temps de la mutation pourrait arriver plus tôt que prévu. L’institution humaine est bien faible et faillible, elle est à bout de souffle ; mais nous savons que l’Eglise du Christ ressuscité est immortelle. Là se trouve notre consolation.

Arnaud Bouthéon

6 réponses à “Coup de gueule”

  1. Jawad

    Merci pour ces paroles courageuses ! Mais je suis en désaccord avec vous sur une chose: la démission d’un prélat changerait beaucoup de choses. En effet, le plus scandaleux n’est pas la perversité de certains, mais le manque totale de responsabilité de leurs supérieurs. Que quelques mitres tombent pour donner l’exemple et secouer nos frères prêtres hors de leur torpeur morale.

  2. claudine onfray

    Comment une commission facultative , consultative pourrait-elle aider ?
    Ce qu’il faudrait :
    une aide dans chaque diocèse avec des baptisés ou non aux yeux ouverts
    des personnes ressources qui n’aient pas peur de dire dont des soignants , des mères, des femmes .
    Que de fois on a entendu dans d’autres domaines pour une parole dérangeante : vous n’aimez pas l’Eglise !
    Aimer c’est voir, ouvrir les yeux, accompagner , ne pas rejeter la faute sur ce monde dit impur et mauvais , sur les médias , sur les crimes des autres .

  3. jesuispas

    1% ? En est-on vraiment si sûrs ? D’où vient ce chiffre ?

  4. Boutheon

    Sur un peu moins de 20 000 prêtres et religieux, en 2010, environ 100 cas en France (peine purgées, incarcérations, condamnations en cours ….). soit 0,5 %. Source la Croix 20 octobre 2010. étude CEF

  5. Manuel Atréide

    “Dès novembre 2005, le grand Benoît XVI avait appelé à faire le ménage dans les séminaires, en amont de la chaîne.”

    Cher auteur, puisque vous semblez faire référence à l’instruction « sur les personnes présentant des tendances homosexuelles en vue de l’admission au séminaire et aux ordres sacrés », savez vous qu’homosexualité et pédophilie n’ont pas plus de rapport que hétérosexualité et pédophilie ?

    Si ce n’est pas le cas, c’est embarrassant pour quelqu’un qui publie sur ce sujet alors que les scandales de pédophilie entachent l’église catholique depuis plus d’une décennie. On pourrait s’attendre à ce que ce point, au moins, ait été intégré.

    Si vous le savez, alors vos propos sont indignes et mettent à bas tout votre argumentaire qui devient, en fait, une désignation subtile mais bien réelle de boucs émissaires.

    Bref, ces crimes demandent à ce qu’un travail sérieux soit fait pour (je cite) “nommer ces actes commis par des profanateurs”. Vous n’y êtes pas encore.

    Cordialement,

    M.

  6. Basho

    Je plussoie dans le sens de M. De plus, une amie lisant votre texte m’a fait remarquer votre “pervertir ceux qui en confiance “, insinuant que les victimes deviennent eux-même des pervers par la grâce du viol….

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