Dans le monde sans en être

Quand on n’a que l’amour…

wedding-cake

UN DES EFFETS EXTRAORDINAIRES de l’actuelle concentration de richesses entre les mains de quelques-uns, est l’impact que cela peut avoir sur la manière de se dire « Oui » devant Dieu et les hommes. On connaissait, jusqu’à présent, les mariages ouvriers, bourgeois, aristos, français, américains, africains, modestes, exubérants, catholiques, civils, juifs, musulmans, drôles, pénibles, joyeux, et bien d’autres encore. Mais nous ignorions, jusqu’à aujourd’hui – en tout cas moi je l’ignorais – qu’il pût exister un mariage disons… pornographique. Honnêtement, ce n’est pas pour faire dans la surenchère emphatique que j’utilise ce terme mais plutôt parce qu’aucun autre ne me vient spontanément à l’esprit.  Ces épousailles ne furent point « pornographiques » au sens commun du terme, mais franchement, c’était tout comme. Voire c’eût été mieux !

Un mariage…

C’est que durant le week-end de Pâques, s’est tenu à Moscou, le mariage le plus cher de l’Histoire de la conjugalité. Son coût ? Un milliard de dollars1http://www.ibtimes.co.uk/russian-tycoon-mikhail-gutseriev-spends-1bn-son-saids-wedding-1552389… Record battu. Toutes catégories. Et puisqu’il y avait 600 invités à la noce, on arrive à un prix par convive d’un peu moins de deux millions de dollars.

La question que vous vous posez sans doute est « comment peut-on dépenser une telle somme en si peu de temps ? ». Il ne s’agit même pas d’une question d’ordre moral. C’est juste que, matériellement,  comment fait-on pour dépenser un milliard de dollars en 2 jours ?

Pour le savoir, il faut creuser un peu. Prenons un exemple. Chez des mariés classiques, on loue une sono. Il faut bien danser. Nos jeunes époux moscovites, eux, ont carrément loué les artistes. Et l’on a vu débarquer pour le bal, les Sting, Jennifer Lopez, Enrique Iglésias et même notre Patricia Kaas nationale. La mariée, toute de blanc vêtue, était follement heureuse du haut de ses 20 ans, et portait, avec une certaine élégance, sa robe à $374,000 en provenance de Paris (forcément !) et son serre-tête en diamants à 5 millions de dollars. Bref, comme tout est à l’avenant, je vous laisse vérifier par vous-même les détails de la noce, car je doute que vous puissiez me croire sur parole2http://abcnews.go.com/International/inside-elite-russian-couples-billion-dollar-wedding/story?id=38033885.

Et un  enterrement…

Il y a ceux qui s’aiment sans compter (comme nos deux tourtereaux), et ceux qui meurent en flambant. Une dernière fois, comme dirait Brel. C’est ainsi que nos amis québécois ont découvert, avec un brin d’agacement, que les funérailles de l’emblématique époux de Céline Dion, le fameux René, s’étaient élevées à 700.000 $.

Ce n’est pas tant le montant en soi qui les dérangeait. Plutôt le nom du destinataire à qui fut adressée la facture finale. C’est que la belle province a une étrange coutume. D’ordinaire, elle prend à sa charge (c’est-à-dire à la charge du contribuable) les funérailles de ses défunts. Enfin pas de tous les défunts. Seulement des « stars du monde de la culture ou du sport » . En général, il faut compter entre 45.000$ et 70.000$ par tête, mais dans ce cas précis, la société de production de Céline et René a facturé dix fois plus. Alors forcément, ça tique un peu…

Comme si tout s’effondrait…

Sinon, mais ça n’a rien à voir, on vient d’apprendre que la ville de Berlin, dans sa grande générosité, avait autorisé  4.000 réfugiés à travailler de 20 à 80 heures par mois pour 1,05 euros de l’heure3http://www.boursorama.com/actualites/berlin-1-euro-de-l-heure-pour-les-petits-boulots-pour-refugies-9d91ba5115fee2403ea0eb775cc98a8b. Si l’on en croit le correspondant du journal “Le Monde” à Berlin, cela permettrait aux migrants de bénéficier d’un salaire mensuel pouvant aller jusqu’à 84 €. C’est que la ministre du Travail et des Affaires sociales, Andrea Nahle, souhaite « parvenir à 100.000 emplois dits d’”intérêt général” pour les réfugiés ». L’objectif, ça va de soi, est « humanitaire » puisqu’il s’agit ni plus ni moins de « lutter contre l’ennui et de favoriser l’insertion professionnelle des 43.000 réfugiés accueillis dans la capitale ». Au fond, c’est presque de l’amour…

Au reste, les syndicats trouvent l’idée épatante et déclarent, sans rire, qu’ils n’y sont pas hostiles « si ces petits boulots ne sont que provisoires et permettent d’accéder à un emploi qualifié ». Du coup, d’autres villes, comme Hanovre, ont commencé à tester la mesure.

Mais en faisant un calcul à la louche, sur la base d’un salaire de 84 euros mensuel, un réfugié devra quand même travailler 780 années pour s’offrir un enterrement convenable et un peu plus d’un million pour se marier. A pleurer…

Stéphane Duté

@StephaneDute

Notes :   [ + ]

1. http://www.ibtimes.co.uk/russian-tycoon-mikhail-gutseriev-spends-1bn-son-saids-wedding-1552389
2. http://abcnews.go.com/International/inside-elite-russian-couples-billion-dollar-wedding/story?id=38033885
3. http://www.boursorama.com/actualites/berlin-1-euro-de-l-heure-pour-les-petits-boulots-pour-refugies-9d91ba5115fee2403ea0eb775cc98a8b

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