Dans le monde sans en être

Heureux sommes-nous qui croyons sans avoir vu

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Le deuxième dimanche de Pâques– dit in albis[1], de la Divine Miséricorde est aussi celui de saint Thomas. Cet Apôtre est souvent invoqué par tous ceux qui veulent justifier leur incrédulité en disant : « Moi, je ne crois que ce que je vois… »

Mais revenons à l’Evangile : « Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. » Il y a comme un contraste entre la peur des disciples qui se sont barricadés et la venue de Jésus au Cénacle. Voilà pourquoi le Seigneur ressuscité leur dit : « La paix soit avec vous ! » Il leur donne la paix, non pas à la manière du monde qui se berce d’illusion ou qui se bourre de d’antidépresseurs, mais il leur donne sa paix celle qui vient de la croix, afin dit-il « que votre coeur ne se trouble point, et ne s’alarme point… »

Comme une preuve d’amour

«  De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie… » Ce verset fait dire à saint Jean Chrysostome  que Jésus « donne la paix à ceux qu’il envoie aux combats[2]». Pourtant, malgré les persécutions présentes, les disciples « furent remplis de joie… » Saint Léon le Grand ose dire que les disciples doivent comprendre cette mission : « comme une preuve de son amour. Le Père l’aimait quand il l’envoyait au milieu de la souffrance ; Jésus aime ses disciples du même amour en les envoyant au milieu des persécutions[3]. »

« Jésus vint, il était là au milieu d’eux… » On peut s’étonner de la facilité avec laquelle Jésus est entré toutes portes closes. Dans son commentaire saint Augustin dit que la « glorification corporelle donne au corps des qualités qui le font participer pleinement aux conditions de l’esprit et l’affranchissent de la souffrance, de la mort, des lois de la matière, de l’espace et du temps. Aussi : « Une porte close ne pouvait arrêter un corps rempli par la divinité[4]… »

 Mon Seigneur et mon Dieu ! 

Au retour de Thomas, les dix lui racontent l’apparition du Seigneur ressuscité. Il est un peu comme les disciples d’Emmaüs dont les yeux sont « empêchés ». Sauf que pour lui ce ne sont pas les sens qui sont empêchés, mais l’intelligence et l’âme. Thomas est comme fasciné par la mort. Lors de l’annonce de la Passion il n’hésite pas à dire aux onze : « Allons, nous aussi, (à Jérusalem) afin de mourir avec lui… » Aussi il est incapable de croire l’annonces des dix. Voilà pourquoi il leur dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté ; non, je ne croirai pas ! ». Au fond, ces paroles laissent apparaître la conviction que Jésus est désormais reconnaissable non pas tant par son visage que par ses plaies. Thomas considère que les signes caractéristiques de l’identité de Jésus sont à présent surtout les plaies, dans lesquelles se révèle l’amour dont il nous a aimés jusqu’au bout. En cela, nous pouvons dire qu’il ne se trompe pas.

Huit jours après cela, Jésus apparaît de nouveau  à ses disciples, cette fois-ci,  Thomas est présent. Jésus l’interpelle : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Thomas réagit en confessant de tout son être la divinité de Jésus. Nous avons ici  la plus belle profession de foi de tout le Nouveau Testament : « Mon Seigneur et mon Dieu! ». A ce propos, saint Augustin dit que Thomas « voyait et touchait l’homme, mais il confessait sa foi en Dieu, qu’il ne voyait ni ne touchait. Mais ce qu’il voyait et touchait le poussait à croire en ce que, jusqu’alors, il avait douté[5]. »

Voir n’est pas croire

« Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : ‘Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus…’ » Commentant ces versets saint Jean Chrysostome dit que Jésus « par sa propre puissance, communique à ses apôtres ce don d’en-haut qui les prépare au ministère qu’ils doivent remplir[6]… » Ministère épiscopal et sacerdotal nécessaires pour répandre sa miséricorde. Ministères nécessaires à la constitution et à la vie de l’Eglise corps du Christ … Toujours à la lecture de ce passage, saint Basile enseigne que le Saint-Esprit qui « avait coopéré avec le Verbe de vie à la création de l’homme… » est « maintenant de nouveau envoyé à l’homme d’une façon visible par le Christ. » Dit autrement : « C’est le même esprit qui est donné aujourd’hui et qui était donné au commencement ; au commencement il était donné avec l’âme, aujourd’hui il est répandu dans l’âme… » Afin que nous soyons une création nouvelle, le temple de l’Esprit.

L’évangéliste poursuit par une dernière parole de Jésus à Thomas : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ». Voir n’est pas croire, il faut nous abandonner à Dieu dans la confiance totale. Ce verset est une consolation pour chacun de nous. En effet, à cet acte de confiance et d’abandon est liée une béatitude : heureux sommes-nous qui croyons sans avoir vu …

Mais revenons à l’exemple de l’Apôtre saint Thomas. Il est important pour nous pour plusieurs raisons : la première, parce qu’il est un réconfort et un modèle dans les moments de doute, en cela qu’il les a dépassés. La seconde, parce qu’il nous montre que si nous persévérons dans la foi avec l’aide de l’Eglise, c’est alors que grandira notre attachement à Jésus.

Bon dimanche de la miséricorde divine à tous…

Pod

 

[1] In albis depositum : le huitième jour, les catéchumènes déposaient le vêtement de leur baptême pour reprendre leurs vêtements habituels.

[2] Homélie LXXXVI sur l’évangile selon saint Jean.

[3] Homélie XXVI.

[4] Tractatus in Johannis evangelium, CXXI 4.

[5] In Iohann. 121, 5.

[6] Homélie LXXXVI sur l’évangile selon saint Jean.

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