Dans le monde sans en être

François, le Pape des frontières

PapeLesbos

Le Pape François est sans doute l’une des personnalités les plus mal comprises de notre époque. Son attitude et son discours sont souvent mal interprétés par certains, y compris catholiques. Un sujet, mais il n’est hélas pas le seul, suscite incompréhension, débat, voire des critiques violentes à son égard : l’accueil des immigrés. On l’imagine niant le bien-fondé des frontières, faisant preuve d’angélisme face aux réfugiés musulmans, ou ignorant totalement les conséquences d’une immigration massive dans un Etat. Pire, Eric Zemmour va jusqu’a imaginer que François abandonne sciemment une Europe déchristianisée aux mains de l’Islam. La réalité est plus complexe et beaucoup plus enrichissante.

François n’a rien d’un personnage naïf et angélique. Il a conscience de la réalité des flux migratoires, de leurs causes, de leurs possibles conséquences. Il a aussi conscience de la question essentielle de l’identité et de la culture. Dans l’encyclique Laudato Si, François consacre un chapitre à la notion nouvelle d’écologie culturelle qui insiste sur la nécessité de préserver les cultures face à une mondialisation uniformisante. Et il inclus dans cette écologie la défense de la souveraineté des peuples. Lorsque François a reçu la délégation française d’Esprit civique, avec Jean-Pierre Denis, il a exposé sa vision de la mondialisation : un polyèdre, plutôt qu’une sphère lisse. Le polyèdre laisse visible et intact les différentes formes géométriques le composant, alors que sur la sphère tout est plat, lisse et uniforme.

Quand le Pape dit qu’un chrétien construit des ponts et non des murs, il ne dit pas qu’il faut abolir toutes les frontières, ni effacer les identités des peuples. Cette citation doit être lue a la lumière de ses autres déclarations. Construire des ponts entre les peuples n’assèche pas le fleuve qui sépare les deux rives. Chaque rivage, chaque pays garde son identité, le fleuve est toujours là, mais les hommes peuvent échanger, aller de part et d’autres sans se rejeter. François aime souvent mettre en exemple le très catholique fondateur de l’Union européenne, Robert Schuman. Celui-ci a été un exemple de bâtisseur de pont entre des peuples qui se sont livrés d’incessantes guerres pendant des siècles. Schuman a voulu unir ces peuples sans anéantir leur identité. Dans son livre Pour l’Europe, il dit à propos des frontières : “Les frontières ethniques et politiques sont une donnée de l’histoire, il n’est pas question de les effacer. Cependant les frontières ne garantissent plus ni la sécurité des pays, ni leur indépendance car le progrès, les inventions ont fait évoluer la notion de défense militaire. Au lieu de séparer, les frontières devrons devenir des lignes de contact où s’organise et s’intensifient les échanges de toutes natures qui renforceront les solidarités entre pays. Les pays européens sont une réalité historique, il ne s’agit ni de les fusionner, ni de créer un super Etat. Ce qui importe, c’est l’entente durable qui s’appuie sur la loi démocratique, la coopération internationale, l’égalité des droits et des devoirs pour tous les pays associés et qui permettra de pacifier l’Europe.”

Nous pouvons rapprocher ces propos de Robert Schuman de la “mondialisation polyédrique” de François. Quant à la question de l’accueil des migrants, François est avant tout un réaliste : il a conscience que la majorité de ces migrants sont des familles déracinées de force, qui fuient la guerre qui détruit la Syrie et l’Irak. L’accueil de l’étranger est demandée explicitement par le Christ, et il le dit lors du passage sur le jugement dernier. Certes, il ne nie pas qu’il y ait des djihadistes infiltrés parmi eux. mais faut-il rejeter tout le troupeau à cause de quelques moutons noirs ? Bien sur que non, et surtout l’accueil n’empêche pas la prudence…

François a aussi conscience des conséquences possibles de cette arrivée massive de réfugiés musulmans. Il a même employé le terme “d’invasion arabe”, pour mieux préciser ensuite sa pensée : l’Europe a toujours eu une faculté d’intégration et elle doit la retrouver. Comment ? En renouant avec ses racines chrétiennes… Cette arrivée importantes de familles en détresse rejoint donc le grand enjeu de notre temps : la nouvelle évangélisation du continent européen.

Charles Vaugirard

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