Dans le monde sans en être

Le Pape et les barbares

PapeMex

Trois ans après son élection au siège de Pierre, le pape François dérange toujours. En France, il y a de plus en plus d’esprits forts pour expliquer que le successeur de Benoît XVI ne comprend rien au monde en général et à la politique en particulier. Le gallican est plus protestant que catholique. Il est propriétaire de la parole du pape. Si celui-ci dérange l’adversaire, ça va, s’il dérange ses petites certitudes, ça va pas. Quand des chrétiens revendiqués collent aux réactions mondaines des faiseurs d’opinion pour expliquer que le pape se trompe, sans vérifier leurs sources, en extrayant des petites phrases hors contexte, reprises à la volée, c’est malsain et aussi peu catholique que possible.

Le style du pape jésuite n’est pas celui de ses deux prédécesseurs qui étaient des universitaires. Il frappe pour marquer les esprits, mais ses propos sont toujours ceux d’un fils de l’Église, ce qu’il ne cesse de répéter. La première des exigences quand on interprète ces petites phrases, c’est donc de les recevoir dans le cadre de ce que dit l’Église, et de son champ propre : le bien commun spirituel. La deuxième, c’est de maîtriser ce qu’il a déjà publié sur la question évoquée. Les sources ne manquent pas pour lire ses réflexions personnelles sur les sujets qu’il aborde, et sur lesquels il aura travaillé en tant que cardinal, par exemple. La troisième, c’est de vérifier le détail et la totalité des paroles dites.

Le mur de Trump

Lors de sa conférence de presse dans l’avion de retour du Mexique, le pape François a été interrogé sur des problèmes politiques, du mur que le candidat Trump veut construire sur la frontière mexicaine ou du projet d’union civile en Italie. Le pape a bien précisé qu’il ne portait pas de jugement politique. Pourquoi donc interpréter sa pensée selon une grille politique ? Ce n’est pas parce que les médias ne voient les choses que selon cette dimension, qu’il faut faire de même. Le rôle des catholiques devrait être plutôt d’expliquer aux médias qu’ils mélangent les genres, pas de déplorer l’impact d’une petite phrase mal comprise. Concernant Trump, le pape François n’a pas critiqué la pertinence d’une politique migratoire, il a porté un jugement sur le profil d’un homme qui offre un projet politique sans culture et sans morale. S’il y a bien un homme qui est conscient de l’absurdité de la construction d’un monde utopique, sans frontière et sans racine, c’est bien Jorge Mario Bergoglio.

L’invasion de l’Europe

Quant à “l’invasion arabe” de l’Europe, propos tenu devant une petite délégation de chrétiens de gauche français, la crise de nerf qui s’est emparée des commentateurs à ce sujet est risible (ou navrante). Chacun a voulu tirer la couverture à ses thèses : la gauche y a vu le scandale d’une stigmatisation, la droite le scandale d’un irénisme irresponsable, puisque le pape explique que l’Europe peut se grandir par l’échange entre les cultures. Pourtant, lors de cette rencontre, il les a bien secoués ces européistes qui se bouchaient le nez quand le pape polonais appelait à la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe : François va plus loin, ne voit pas l’Europe, son avenir et sa vocation unique dans le monde, sans un retour à son héritage chrétien. Comment donc y trouver de l’aveuglement, de la naïveté ou de la complaisance universaliste ? En 2006, le cardinal Bergoglio écrivait : “Si nous coupons nos liens avec le passé, nous le faisons également avec l’avenir.”
Quand les barbares poussaient aux frontières de l’Empire, que Rome était mise à sac, c’est saint Augustin qu’il fallait écouter. C’est le pape François qui le dit.

Philippe de Saint-Germain

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