Dans le monde sans en être

Deliez…

resurrection_lazare_image_1429821902000.jpg_1427834577296

Chers lecteurs des Cahiers Libres, Après avoir été conduit au désert où Jésus a jeûné, a été tenté et nous a montré comment résister au Diable et à ses tentations, nous avons fait halte sur une haute montagne où il a été transfiguré pour nous donner la force de faire face à la Passion. Sur le chemin qui le conduit à Jérusalem nous avons été les témoins d’une discussion à propos du lien entre les catastrophes et notre péché thèse réfutée par Jésus qui nous invitait à la conversion pour porter du fruit. Dimanche dernier nous avons été témoin de la guérison et de la conversion de l’aveugle-né. Cette semaine du fait des scrutins des catéchumènes de ma paroisse je commenterai l’Evangile de la résurrection de Lazare de Béthanie.

Chers catéchumènes, l’Evangile que nous recevons aujourd’hui vous parle de la merveille du baptême où vous serez lavés du péché originel et libérés de la mort éternelle en recevant les arrhes de la vie éternelle.

Une fois n’est pas coutume, faisons un peu d’étymologie. Béthanie vient de l’hébreu  bêt anniyyah , « la maison du pauvre »  ou « la maison d’Ananie » dont le nom signifie : « Yahvé a eu pitié ». C’est là que vivent Lazare et ses sœurs Marthe et Marie. Lazare est un prénom qui vient de l’hébreu, el azar  et qui veut dire : Dieu a aidé.

Grâce à ces deux mots et à leur signification, nous pouvons résumer l’Evangile en disant : à Béthanie Dieu a eu pitié et a aidé Lazare. Lazare, l’ami de Jésus, étant malade, ses deux sœurs envoyèrent chercher Jésus. Le grand Bossuet note « qu’elles se contentent de lui dire : celui que vous aimez est malade. » Pourquoi ne font-elles pas une demande de guérison plus explicite ? Saint Augustin, répond à cette question en disant : «  Quand on a affaire à quelqu’un qui aime, il suffit de l’avertir[1]… », saint Bernard: « Il vaut mieux pour nous attendre patiemment ce qu’il veut nous donner que de demander imprudemment ce qui n’est peut-être pas dans ses vues. » Voilà une belle manière d’envisager la prière. En effet, nous ne prions pas seulement pour demander à Dieu ce que nous voulons et espérons. Nous prions afin de connaître « ses vues » qui ne sont toujours les nôtres. Ainsi en priant nous apprenons à vouloir et à espérer ce que Dieu veut pour nous et pour ceux que nous aimons.

Il différa la grâce qu’on lui demandait pour en accorder une meilleure

« En apprenant cela, Jésus dit : Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié.’ » Comme dans l’Evangile de dimanche dernier, Jésus révèle que toutes ces maladies qui ont pour origine la désobéissance et le péché de nos premiers parents vont devenir l’occasion de la manifestation de la gloire de Dieu. C’est pourquoi, avec saint Augustin nous pouvons dire que dans cet Evangile : « La mort elle-même, (…) ne sera pas pour la mort, mais pour une oeuvre qui servira à éviter la véritable mort[2]» La véritable mort dont il est question ici est la mort éternelle. En effet, sans le Sacrifice du Seigneur sur la croix nous étions tous voués à la damnation éternelle.

« Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait… » : Quel étrange verset ! Et quelle étrange conception de l’amitié ! Pourquoi Jésus décide-t-il de différer sa venue ? A cela saint Augustin répond en disant: « Il différa la grâce qu’on lui demandait pour en accorder une meilleure, la guérison par la résurrection[3]. »

Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra

« Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. » Comment comprendre ces paroles du Seigneur ? Saint Pierre Chrysologue répond  d’une part que: « le Christ se réjouissait parce que la tristesse de la mort allait bientôt se transformer en la joie de la résurrection. » Et d’autre part que, « dans la mort et la résurrection de Lazare, se peignait toute la figure de la mort et de la résurrection du Seigneur, et ce qui allait bientôt suivre chez le maître était déjà réalisé chez le serviteur. Elle était donc nécessaire, cette mort de Lazare, pour que la foi des disciples, ensevelie avec Lazare, ressuscitât avec lui[4]. » Autrement dit, comme dans les Evangiles de ces dernières semaines, le Seigneur donne à ses apôtres de vivre une anticipation de sa Passion et de sa Résurrection afin qu’ils puissent faire face à l’ébranlement dans leur foi que provoquera sa crucifixion.

« Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort (…) Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » Après avoir écouté la douloureuse et affectueuse plainte de Marthe, douloureuse plainte qui est celle de toute l’humanité devant la mort, Jésus comme avec l’aveugle de naissance va dénouer le nœud spirituel qui l’empêche de vivre pleinement de la foi et de l’espérance qui sont déjà présentes elle. Comment s’y prend-il ? Dans l’un et l’autre Evangile il affirme sa divinité : « Moi, je suis la résurrection et la vie » et pose une question : « Crois-tu cela? » L’affirmation claire de sa divinité et la question qui suit immédiatement permettent à Marthe de poser un acte de foi en Jésus/Emmanuel, c’est à dire en Dieu qui nous sauve en se faisant proche de nous.

Jésus troublé

« Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : Le maître est là, il t’appelle. » Comme la samaritaine, Marthe vient de vivre une expérience de l’ordre de celle de la résurrection. C’est pourquoi, aussitôt, comme le feront Marie-Madeleine, les apôtres Pierre et Jean, ainsi que les pèlerins d’Emmaüs au jour de Pâques, elle devient apôtre et court annoncer la bonne nouvelle à sa sœur Marie. En cela elle nous rappelle notre mission auprès des hommes de notre temps qui malgré parfois beaucoup d’indifférence « crèvent » de ne pas connaître la joie de croire.

« … Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. » Dans ce verset, le verbe grec « embrimaomai » a été traduit par « il fut bouleversé ». Ce verbe qui peut être aussi traduit par « frémir », exprime une violente émotion, un bouillonnement intérieur, une grande indignation, une irritation contre quelqu’un ou quelque chose. Sans doute la mort et notre attitude devant elle ? Jésus est troublé. Les pleurs de l’assistance lui font toucher du doigt la fragilité et le désespoir de notre humanité blessée par le péché. Il voit aussi les ténèbres qui nous entourent et qui nous tiennent asservis.

C’est pourquoi Jésus pleure en marchant vers le tombeau de Lazare. Par-delà la compassion et l’amitié, nous devons comprendre que Jésus se rend au tombeau de Lazare pour affronter et vaincre la mort. Nous sommes ici presque au Golgotha, au combat de l’agonie. C’est pourquoi l’Evangile précise que : « Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : Enlevez la pierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu’il est là (…) On enleva donc la pierre. » Le réalisme du propos de Marthe au sujet de la décomposition du cadavre de son frère souligne la puissance du Christ sur la mort. En effet, si le Christ a déjà ressuscité des morts, cependant  le cas de Lazare est exceptionnel car c’est la seule résurrection d’un mort qui « sent ».

C’est la voix du Maître, l’ordre du Roi, le commandement du Souverain : « Sors ! »

« Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » Notons que dans le Canon Romain (la prière eucharistique I), juste avant de consacrer le pain et le vin, comme Jésus dans cet Evangile, ou dans celui de la multiplication des pains, où chez saint Marc[5] lors de la guérison du sourd-muet, le prête reprend cette posture d’imploration confiante…

« Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, sors de ce tombeau. » Je ne résiste pas au fait de vous partager des extraits d’un discours de saint André de Crête : « C’est la voix du Maître, l’ordre du Roi, le commandement du Souverain : « Sors ! » Dépose la corruption et retrouve ta peau dans l’incorruption : (…) « Sors ! » Je m’adresse à toi comme un ami, mais je t’ordonne comme un maître  (…) « Lazare, sors ! » La mort n’est pas une fin (…) « Sors ! » Recouvre la vie, reprends haleine et marche hors de ton cercueil. Montre comment, en un instant, les morts se retrouvent avec un corps entièrement animé, au son de l’ultime trompette de la résurrection générale des morts : « Sors ![6] »

« Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Les nombreux Juifs qui étaient venus entourer Marie virent donc ce que Jésus avait fait, et ils crurent en lui. » Jésus donne cet ordre à l’assistance de délier un ressuscité afin de toucher la vie et de croire en celui qui (re)donne la vie. C’est aussi le rôle qu’il assigne à son Eglise et à tous ses disciples : « Deliez -le », c’est à dire libérez ceux qui son captifs, ceux qui sont prisonniers du péché, libérez ceux qui sont sous le poids de jougs insupportables, libérez la société du relativisme qui conduit à la négation de la dignité de la vie humaine…

Bon dimanche à tous et bonne entrée dans la semaine de la Passion.

Pod

[1] Saint Augustin : Tractatus in Johanni evangelium, XLIX,5.

[2] Idem, XLIX 5.

[3] Ibidem.

[4] Saint Pierre Chrysologue : sermon LXIII.

[5] Mc 7 ,34.

[6] Saint André de Crète : Discours VIII sur Lazare le mort de quatre jours.

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS