Dans le monde sans en être

Son visage apparut tout autre…

transfiguration

Après avoir été conduits au désert, nous voici aujourd’hui sur la montagne avec « Pierre, Jacques et Jean », les trois témoins privilégiés du Seigneur. Saint Luc comme saint Marc et saint Matthieu prend soin de ne pas mentionner le nom de la montagne où le Seigneur fut transfiguré alors qu’il priait avec ses disciples. Pourquoi ? Sans doute afin que chacun de nous puisse vivre personnellement cette expérience spirituelle. Enfin, cet Evangile prend place entre la première annonce de la Passion et la montée du Seigneur et des Douze à Jérusalem.

« Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante… » Pourquoi le Christ a-t-il voulu vivre cette « épiphanie » à ce moment précis de sa vie publique ? Deux réponses peuvent être avancées. Dans un premier temps, saint Thomas d’Aquin répond en disant que la Transfiguration est la réalisation d’une prophétie faite par le Seigneur et rapportée dans l’Evangile de saint Luc : « Ils ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu. » Avec saint Léon-le-Grand nous pouvons dire qu’« Il voulait prémunir ses disciples contre le scandale de la Croix ; et en leur faisant apparaître un rayon de sa gloire cachée, les empêcher d’être troublés par les humiliations de cette Passion… » La raison invoquée est une sorte d’encouragement avant la terrible épreuve de la Passion. Autrement dit, avec la Transfiguration la Sainte Trinité donne aux Apôtres un avant goût de la béatitude éternelle afin qu’ils puissent faire face à l’ébranlement dans la foi que provoquera la crucifixion de Jésus.   

« Et deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem… » L’Evangile fait de nous les témoins de cette rencontre étonnante entre Jésus, Moïse et Elie. Dans sa traduction, sœur Jeanne d’Arc dit que Jésus parle de l’Exode qu’il doit accomplir. Son Exode récapitule toute l’histoire sainte : la traversée de la mort vers la vie. Dit autrement : la Passion, la mort et la Résurrection… Pourquoi s’entretient-il avec Moïse et Élie ? Saint Thomas d’Aquin répond à cette question en disant : d’une part parce que les foules disaient de Jésus qu’il était Élie ou l’un des prophètes, c’est pourquoi il prend avec lui les deux plus grands prophètes pour montrer qu’il n’est ni l’un ni l’autre. Et d’autre part… il nous révèle qu’il avait été annoncé par la Loi que donna Moïse, et par les prophètes, dont le principal fut Élie. Nous pouvons imaginer la joie de Moïse et d’Elie en présence de Jésus …

« Ces derniers s’en allaient, quand Pierre dit à Jésus : ‘Maître, il est heureux que nous soyons ici. Dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie…’» Cette idée peut paraître bien saugrenue et semble être plus le fruit de l’effroi que de la sagesse. Saint Jean Damascène dit que Pierre « se trompait, car avant de jouir de cette gloire, il faut travailler (…) Le Seigneur a pour des desseins plus grands que ceux que tu formes toi-même : il t’a proposé, non à la construction de trois tentes, mais à la construction de l’Eglise universelle… »

« Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, mon élu, écoutez-le… Commentant ces versets saint Augustin dit : « Voilà que la nuée leur devient à tous quatre une seule demeure… » Préfiguration de l’Eglise, de la nouvelle Jérusalem évoquée par le psaume 121 : « Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un! » Une petite interprétation personnelle à propos de l’ombre de la nuée. Pour qu’il y ait de l’ombre il faut la rencontre entre quelque chose d’opaque, une source de lumière et une surface sur laquelle se réfléchit cette lumière. D’une certaine manière on peut dire que l’ombre est une image qui permet d’évoquer le Mystère de la Sainte Trinité… Enfin l’ombre n’est pas sans nous rappeler celle présente lors des théophanies auxquelles ont assistées Abraham et Moïse…

Pourquoi alors qu’il l’a déjà fait lors du baptême, Dieu le Père rend-il de nouveau témoignage à son Fils ? A cela saint Thomas répond : « Ce n’est pas pour le même but mais pour montrer les différents modes selon lesquels les hommes peuvent recevoir en participation une ressemblance de la filiation éternelle. » En effet, par le baptême Dieu le Père nous a donné l’innocence, à la résurrection il nous donnera « la lumière de gloire et le rafraîchissement contre tout mal, dont la nuée lumineuse est la figure. » Dit autrement, le Seigneur s’est fait l’un de nous d’une part pour nous donner la grâce, et d’autre part pour nous promettre la gloire. C’est pourquoi au baptême de Jésus le Père  insiste  plus sur la filiation et l’amour envers son Fils et à la Transfiguration son message se clôt sur « écoutez-le ».

Le Père veut que nous écoutions la promesse de gloire que son Fils est venu nous annoncer. Par ailleurs, le Carême est le chemin qui nous conduit à la source de notre baptême. Aussi chacun de nous est invité à entendre cette parole que le Père éternel à prononcé pour nous et sur nous : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi… » Si nous demeurons fidèles à notre vocation baptismale, nous sommes un apôtre digne de foi, un autre Christ pour le monde auquel Dieu semble dire : « écoutez-le… »

« Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu’ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là… » Contrairement aux autres synoptiques où Jésus ordonne à ses disciples de ne rien raconter, saint Luc opte pour le silence des trois disciples. Pourquoi imposer ou s’imposer le silence ? Souvenons-nous que nous approchons à grands pas de la Passion, aucun obstacle ne doit se mettre en travers de la montée vers Jérusalem et vers le Golgotha.

En ce deuxième dimanche de Carême nous sommes invités à rendre grâce pour notre baptême et à en vivre. Nous pouvons prendre à notre compte ces mots de saint Augustin : « Et maintenant, ô Pierre, toi qui désirais demeurer sur la montagne de la Transfiguration, il faut descendre ; toi qui voulais demeurer dans ce doux repos, il faut prêcher, exhorter, reprendre à temps et à contretemps ; il faut travailler, suer, souffrir ; il faut que par ton travail accompli dans la charité, tu établisses en ton âme cette blancheur et cette beauté qui apparaissent dans les vêtements de ton maître... »

Bon dimanche de Carême à tous.

Pod

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