Dans le monde sans en être

… sois sans crainte…

La pêche miraculeuse, H.-P. Picou

La pêche miraculeuse, H.-P. Picou

« Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth: la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. » Nous voici aujourd’hui sur les bords de la mer de Galilée où Jésus prêche à la foule qui se presse pour l’écouter. Arrêtons-nous quelques instants pour faire de la géographie biblique. La mer de Galilée a plusieurs noms dans les Evangiles. En effet, ce lieu est aussi appelé le lac de Génésareth ou de Tibériade ou de Kinnereth. De forme ovale, il est traversé de part en part par les eaux du Jourdain. Il est bordé au sud et au nord par des plaines fertiles et il est limité à l’est par le plateau du Golan.

Passons maintenant à la vision biblique de la mer et des étendues d’eau. Les Psaumes 93, 95 et 146 nous disent que la mer est la merveille de Dieu et qu’elle a été créée par Lui. Au livre de la Genèse1Gn 19 nous pouvons lire que c’est Dieu qui lui a fixé ses limites. Enfin, le Livre de l’Exode et le Psaume 106 nous rappellent que Dieu a manifesté sa puissance en permettant à son peuple de traverser la mer Rouge à pied sec… Aussi il n’y a rien d’étonnant à ce que Jésus, par qui tout a été créé, puisse manifester sa gloire lors d’une pêche miraculeuse…

« Il vit deux barques amarrées au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques, qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’éloigner un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait la foule. » Nous assistons ici à une scène intimiste, l’évangéliste nous fait partager une tranche de vie, celle des pêcheurs du lac qui rentrent de la pêche et qui lavent et vérifient leurs filets. Jésus aime venir nous visiter, nous trouver lorsque nous travaillons, lorsque nous accomplissons notre devoir d’état. C’est là où nous devons être, c’est là qu’il nous attend. Une nouvelle fois encore, nous pouvons dire que Jésus veut avoir besoin de l’aide de sa créature pour annoncer la Bonne Nouvelle aux foules dont il connaît chacune des personnes… Voilà pourquoi, il monte dans une des deux barques, mais pas n’importe laquelle celle de Simon a qui il donnera le nom de Pierre et dont il fera le chef de son Eglise. En hébreu, Simon signifie : « exaucement », Dieu a entendu. Nous pouvons dire que le Père a entendu la plainte de son peuple, celle de l’humanité qui peine sous le poids du fardeau du péché et de la mort… c’est pourquoi il a envoyé son Fils annoncer : « la Bonne Nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la liberté et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année que le Seigneur agrée. »

Dieu le Père en son Fils fait œuvre de miséricorde en enseignant son peuple. L’enseignement du salut est une œuvre de miséricorde que l’Eglise nous presse d’accomplir auprès de ceux qui errent dans les ténèbres de l’ignorance… Parmi les exigences concrètes requises pour recevoir l’indulgence plénière,  l’accomplissement d’une œuvre de miséricorde est de rigueur… Mais revenons à la barque. Saint Augustin nous dit que « cet enseignement depuis la barque a un sens, il signifie ce temps où Jésus-Christ enseignera les nations par l’autorité de l’Eglise2« Quæstiones evangeliorum », II q. 2.… »

« Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : ‘Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson’. Simon lui répondit : ‘Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets…’» Jésus est imprévisible, il nous surprend toujours. Il semble ne pas faire les choses dans le bon sens. Les pécheurs étaient descendus de la barque et il les fait remonter. Pourtant tout se fait calmement, posément : Jésus monte dans la barque comme on monte en chair, il leur demande de s’éloigner du rivage, il s’assoit et enseigne. Comme dans l’Evangile de dimanche dernier, il n’y a pas d’agitation en lui, il ne court pas, il ne se laisse pas presser par la foule…

Les paroles de Pierre me bouleversent. Sa foi le pousse à l’audace, à l’action. Alors que sa journée et celle de ses compagnons était terminée, il n’hésite pas à se remettre à l’ouvrage. Au passage nous pouvons remarquer qu’obéir ne signifie pas renoncer à l’exercice de l’intelligence, à la réflexion, ou faire fi de nos expériences et de nos compétences. Voilà pourquoi Pierre expose la situation : « Nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre… » Pierre a un regard de foi et comprend qu’il peut obéir à Jésus et à sa parole d’autorité. Comme à la Création, ce que Dieu demande, il l’accomplit : « Dieu dit… et la lumière fut… » . En obéissant avec confiance à Jésus, Pierre fait le choix de la vie comme les hébreux le firent au désert en acceptant la loi. Pierre nous invite à faire de même aujourd’hui… Saint Luc ne dit rien d’autre lorsqu’il nous rapporte que les disciples  «  prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. » Avec saint Paul nous pouvons dire que « la grâce a surabondé… » Et saint Ambroise de commenter ces versets en disant : « La barque de Pierre, sous le souffle du Saint-Esprit qui enfle ses voiles, ses voiles attachées à la Croix, s’en va à travers le monde, accomplissant sur toutes les mers sa splendide navigation, à la recherche des âmes3Idem… »

« A cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur». L’effroi, en effet, l’avait saisi, lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient prise ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. » Tel Moïse devant le buisson ardent, Pierre devant le prodige opéré par Jésus reconnaît sa sainteté et sa divinité. Puis dans un second temps, il peut confesser son indignité, son péché… Ce n’est pas la peur ou le châtiment qui nous font prendre conscience de notre péché mais l’amour et la sainteté de Dieu qui le révèlent par contraste… Saint Augustin dit que cet effroi devrait être « … le cri des pasteurs de l’Eglise qui, devant la grandeur et la sainteté de Jésus-Christ, sont confus de leur indignité  (…) Jésus ne se retire pas, mais il conduit au rivage les deux embarcations avec ce qu’elles portent, rappelant aux chefs de l’Eglise qu’ils ne doivent pas se décourager des fautes du peuple, ni à cause d’elles abandonner leurs fonctions4Idem… » Le contraste entre notre humanité pécheresse et Dieu est tel que, non sans humour, saint Luc rapporte que même les fils du tonnerre sont pris du même effroi ! Tous nous sommes invités à faire la même expérience pour pouvoir confesser que Dieu seul est saint…

« Jésus dit à Simon : ‘Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras’. Alors, ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent. »  Sois sans crainte, cette parole de miséricorde dite par Jésus à Pierre sur les bords du lac, est la même que celle que Jésus dit à chacun de nous dans son Eglise par le ministère des prêtres dans le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation… Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras… Cette parole est celle que le Seigneur dit à tous ceux qu’il appelle à sa suite dans le sacerdoce pour faire miséricorde au monde. Elle est celle qu’il dit à tous ceux qu’il appelle à consécration pour le salut des âmes. Enfin cette parole est pour tous les baptisés afin qu’ensemble dans l’Eglise nous puissions annoncer sa miséricorde infinie.

Bon dimanche,

Pod

Notes :   [ + ]

1. Gn 19
2. « Quæstiones evangeliorum », II q. 2.
3, 4. Idem

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