Dans le monde sans en être

[Edito] La mort est dans le pré

raslebol

J–12 avant l’ouverture du Salon de l’Agriculture. D’ici là, six agriculteurs se seront suicidés, selon les statistiques officielles. Il sera bien difficile de se promener cette année Porte de Versailles, sans penser à la détresse du monde agricole.

Embargo russe, crises sanitaires à répétition, surproductions dans les secteurs porcin et laitier… La crise actuelle est si complexe qu’il nous semble aujourd’hui impossible d’agir pour sauver nos paysans. Bringuebalés sur un marché mondial qui ne convient guère au cycle de la vie (celle des hommes comme des cochons), subissant l’indifférence de l’Union européenne et l’atonie des gouvernements français successifs, ils sont les premières victimes d’une société coupée de ses racines. De quel avenir peut donc rêver un pays qui ne rémunère plus ceux qui le nourrissent ?

La préférence alimentaire nationale comme effort de Carême

La ferme France est à un tournant : ou elle sort de la tempête toutes voiles dehors, grâce à un nouveau modèle alimentaire bâti sur la valorisation autour des éleveurs, en préférant la qualité aux volumes, ou elle meurt, laissant le champ libre au steak américain bourré d’hormones, tel que le promet l’accord de libre-échange Europe/Etats-Unis.

Malgré leurs belles paroles de solidarité, ni les grands distributeurs, ni les industriels n’envisagent un changement de cap. Ils restent prisonniers de leur course au moins cher. Au vu de la répartition des cartes, le salut viendra donc du consommateur. Jamais les producteurs n’ont eu autant besoin de nous ! L’achat responsable, voilà bien un effort de carême à promouvoir entre deux jeûnes. Il est en tout cas un acte citoyen à l’efficacité plus certaine que le bulletin de vote : la révolution consumériste passera par une préférence alimentaire nationale. Le renouveau de l’agriculture française aussi.

“Respecte l’agriculteur”, 1er prix Clip my Farm (février 2016) : un exemple allemand à suivre ! 

Joseph Gynt

2 réponses à “[Edito] La mort est dans le pré”

  1. Mélody

    Bonjour Joseph Gynt,
    dans Limite vous tenez un discours semblable à celui-ci (avec une plume délicieuse au passage, vos articles sont toujours plaisants) et je vous en remercie. Cependant à notre échelle de consommateurs réfléchis je reconnais ne pas voir d’effets à nos pratiques familiales, et même si j’en profite pour prêcher un autre modèle auprès de mon entourage (y compris lointain, les modes de consommation ayant fourni une heure de conversation avec mon dernier covoituré!) j’ai le sentiment qu’il faudrait faire bien plus pour aider les agriculteurs.

    D’ailleurs, il y a un problème plus majeur, le fait que certaines personnes proches des milieux agricoles sont encore plus récalcitrantes que les autres à l’idée de changer de système.

    Dès lors, que peut-on faire de plus, à notre petite échelle?

  2. Joseph Gynt

    Merci pour votre commentaire. J’opère un raccourci un peu grossier en indiquant que le Salut viendra des consommateurs, car nos gouvernants ont aussi leur part de responsabilité (Cf les tractations de notre ministre de l’Agriculture à Bruxelles), de même que tous les acteurs de la filière agroalim. Mais tout de même, il ne faut pas négliger notre pouvoir. Regardez nos grands distributeurs : les études sociologiques s’accordant à dire depuis plusieurs années que le consommateur veut du local, ils s’y mettent! Et les producteurs ainsi mis en avant ne sont pas les plus à plaindre dans ce schéma. Autre exemple avec l’industriel Cochonou : des manifs de paysans lors du dernier tour de France et la pression des consommateurs ont permis qu’il se décide il y qlq jours à se fournir exclusivement en viande française pour ses saucissons! Idem chez Fleury Michon.

    Les choses bougent lentement, mais elles bougent. Le fossé s’agrandit entre la grande distribution et ses clients. Il faudra bien qu’elle réagisse autrement que par une course aux prix bas… En attendant, poursuivons nos efforts. L’achat alimentaire est une arme à la portée de tous. C’est en tout cas un premier pas pour une véritable révolution consumériste ! Peut-être le pas suivant concerne-t-il le développement des circuits courts. Ce qui nécessiterait effectivement un changement du monde agricole de l’intérieur…

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