Dans le monde sans en être

Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous…

figuier maud

Nous poursuivons notre montée vers Pâques, après avoir été conduits au désert où Jésus a jeûné, a été tenté et nous a montré comment résister au Diable et à ses tentations, nous avons fait halte sur une haute montagne où il a été transfiguré au cours d’un temps de prière, nous voici aujourd’hui sur la route qui mène à Jérusalem où il va souffrir la Passion, mourir et ressusciter. Chemin faisant, Jésus enseigne les foules qui se pressent autours de lui.

« Un jour, des gens vinrent rapporter à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu’ils offraient un sacrifice… » Faisons d’abord un point historique. Tout d’abord, on ne connaît ce massacre ordonné par Pilate que par l’Evangile. Cependant cela n’a rien de très extraordinaire. En effet, on connaît beaucoup d’autres révoltes dites messianiques contre les romains. L’historien Flavius Joseph considérait les Galiléens comme les plus prompts à la révolte[1]. Les Actes des Apôtres évoquent l’une de ces révoltes menée par un certain Judas le Galiléen[2]. Toujours selon Flavius Joseph, Pilate le procurateur romain, réprimait durement toute tentative de rébellion, ne craignant pas de faire couler à flots le sang d’un peuple qu’il méprisait[3]. Les Galiléens dont il est ici question, étaient venus à Jérusalem pour offrir leurs sacrifices. Comme ils avaient dû causer des troubles dans l’enceinte du Temple, la garnison romaine logée dans la forteresse Antonia qui dominait le Temple, était intervenue et les avait massacrés.

Le figuier stérile

Mais venons-en à la réponse que leur fit Jésus : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? (…) Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ?…» En guise de réponse Jésus leur pose à son tour une question que l’on peut résumer ainsi : notre péché personnel est-il la source de toutes nos misères, de tous nos maux ? Le Seigneur refuse cette logique que l’on peut qualifier d’immanente. Pourquoi ? Parce que comme le dit le psalmiste : « Aucun vivant n’est juste devant toi[4]. » Dit autrement, devant Dieu nous sommes tous pécheurs. Les victimes des catastrophes ne sont pas plus pécheurs que ceux qui en réchappent. Aussi tous nous méritons la condamnation… Voilà pourquoi, comme un leitmotiv le Seigneur répète par deux fois « Eh bien non ! je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux… » Il dénonce ici nos illusions, celles de ceux qui se croient justes devant Dieu… Puis vigoureusement, il nous appelle à la conversion.

Pour nous aider à entrer plus avant dans la compréhension du péché et de la justice divine, Jésus dit une parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : ‘ Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe- le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ?  Mais le vigneron lui répondit : ‘ Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas ’». Que représente le figuier ? Tout d’abord nous pouvons nous étonner qu’un figuier soit stérile. En effet, le figuier est un arbre qui avec un peu d’eau, de fumier et peu de soins donne beaucoup de fruits même planté dans un sol pauvre. Toute la Bible parle du figuier, des figues… C’est l’arbre de la sagesse, il symbolise la loi… C’est sous un figuier où il méditait la loi et ses préceptes que Nathanaël fut remarqué par Jésus… A l’école de saint Augustin nous pouvons dire que le figuier symbolise toute l’humanité. En outre, ce figuier stérile représente notre humanité blessée par le péché et rendu presque incapable de porter du fruit… alors-même que nous avons été créés pour cela : porter du fruit en abondance[5]… L’image de la vigne et du figuier sont là pour nous rappeler que nous possédons en nous-mêmes le principe de vie. Comme la vigne et le figuier doivent grandir d’eux-mêmes en « tirant le meilleur parti » de tout ce qui est à leur disposition, de même les disciples doivent grandir et porter du fruit. Là est notre liberté mais aussi notre vocation d’homme créés à l’image et comme à la ressemblance de Dieu…

Sommes-nous de véritables disciples du Christ ?

Saint Ambroise dit aussi que « ce figuier représente plus particulièrement la Synagogue plantée dans la vigne du Seigneur (…) Comme le figuier par ses feuilles abondantes trompe quelquefois l’attente du maître qui espérait du fruit, de même dans la Synagogue on trouvait des docteurs aux œuvres infécondes, qui se glorifiaient dans leur verbiage semblable à des feuilles stériles[6]… » Cela fait trois ans que Jésus enseigne publiquement, accomplit des signes et des miracles… Pourtant il semble que beaucoup de ceux qui auraient du le reconnaître n’ont pas su l’écouter, « tirer parti » de son enseignement et faire le lien avec toutes leurs connaissance, avec tout ce que la Torah et les Prophètes avaient annoncé et dit de lui… Cet Evangile est un sérieux avertissement pour tous les baptisés. Sommes-nous de véritables disciples du Christ annonçant la Bonne Nouvelle du salut ? Sommes-nous les temples de l’Esprit Saint ? Et saint Ambroise de poursuivre : « Cette leçon adressée aux juifs, tous doivent la recevoir. Tous, nous devons rapporter ces fruits qu’annonçait le prophète Aggée, les fruits de la vigne, du figuier, du grenadier, de l’olivier, les fruits de la pauvreté, de la charité mutuelle, protégés dans le sein de l’Eglise contre les vents dévorants des passions, contre les tempêtes et la grêle de la colère[7]… »

Cette parabole où le maître de la vigne donne un sursis au figuier stérile, nous invite à l’espérance… Dieu le Père riche en miséricorde et attentif à la médiation de son Fils nous donne le temps nécessaire à la conversion. Pour autant, en ce troisième dimanche de carême faisons nôtres les mots de saint Augustin: « O arbre stérile, ne te moque donc point si tu es épargné ; la hache a été éloignée pour un moment ; mais il ne faut pas pour cela que tu t’estimes à l’abri de tout danger  elle reviendra et tu seras coupé[8]… » Souvenons-nous que sur l’arbre de la Croix Jésus nous a obtenu le salut et nous a donné les sacrements afin que nous puissions trouver les forces nécessaires pour porter du fruit en abondance selon ce que Dieu le Père attend de chacun de nous.

Bon dimanche à tous.

Pod

NB : Si vous le voulez, nous pourrions faire une lecture plus mariale. La Vierge notre Mère intercède sans cesse pour nous auprès de son Fils. A La Salette ne dit-elle pas : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Pour vous autres, vous n’en faites pas cas ![9] » ? Que la prière, le jeûne et l’aumône que le Christ et son Eglise nous donnent de vivre en ce temps de Carême nous aident à demeurer en lui. Souvenons-nous de ces paroles du Seigneur : « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi[10]. »

[1] Antiquités juives , XVII, 9, 3.

[2] 5, 37.

[3] Antiquités juives , XVIII, 3, 2.

[4] Ps 143, 2.

[5] Jn 15.

[6] Commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 161 & 166.

[7] Commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 171.

[8] Sermon CX 1.

[9] http://lasalette.cef.fr/Le-Message-de-La-Salette

[10] Jn 15.

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