Dans le monde sans en être

Merci Patron !

Merci-patron

msLe film Merci Patron pourrait-être une introduction à l’encyclique Laudato Si du Pape François. J’ai eu la chance de le voir la même semaine que le film Demain qui montre des initiatives dans le monde entier pour remettre l’homme et la nature à leur juste place, incluant les dimensions sociales, environnementales, éthiques, psychologiques et même spirituelles.

Dans Demain, il est fait allusion lors du passage sur la permaculture au fait que l’industrialisation n’a pas eu pour effet de nourrir plus de monde, mais au contraire d’appauvrir les sols et de réduire leur productivité, tout en impliquant le moins de personnes possible dans le partage des profits ainsi générés. Cela permet de faire sauter une objection tenace à l’agriculture biologique : qu’elle ne pourrait pas nourrir toute la planète. On réalise (avec l’apport d’un spécialiste en agro-économie) que c’est l’inverse qui est vrai.

Dans Merci Patron, il n’y a pas cette dimension des solutions concrètes à apporter pour reconstruire la société de façon plus respectueuse de chacun, mais il est apporté la preuve terrible que l’organisation actuelle de certains grands groupes est absolument contraire à l’intérêt tant des consommateurs (à qui on ment sur la provenance des produits et sur leur qualité) que des travailleurs (y compris ceux des pays dans lesquels on délocalise, car aucune stabilité n’est envisagée pour leur situation, pas plus que pour ceux des pays d’origine de ces usines). Faisant la vérité, ce film met en difficulté justement l’image de marque sur laquelle s’appuient ces grands groupes.

Cette preuve se construit peu à peu au cours de ce film qui a la forme d’un documentaire mais qui tourne en comédie au fur et à mesure que les personnes concernées cherchent à cacher leurs agissements, en partie frauduleux, jamais éthiques, souvent cyniques, toujours immoraux. Les dialogues finissent par frôler ceux d’un film d’Audiard, on se demande même si l’Esprit Saint ne s’est pas un peu amusé.

Cette preuve est importante à apporter car une large partie de la population, surtout dans la droite conservatrice, est plutôt indulgente à l’égard du capitalisme et du libéralisme, à cause de ce qu’ils ont pu être dans le passé: deux moteurs assez efficaces du progrès de tous. Et surtout parce que l’ennemi du capitalisme qu’a été le socialo-communisme a été aussi un ennemi féroce de la liberté, même individuelle et de conscience, et donc du christianisme, ce qui a conféré au capitalisme une auréole qu’il ne méritait peut-être pas pour autant. Car autant il a pu y avoir des entreprises familiales très éthiques (j’habite dans le fief de Michelin, j’en sais quelque chose), autant l’argent a pu aveugler aussi des personnes sincères et – surtout à notre époque – attirer des rapaces profondément inhumains.

J’en veux pour preuve un des rares cours d’économie auxquels il m’a été donné d’assister et qui indiquait 4 phases des entreprises, qui

  • 1- font de la recherche et trouvent un produit intéressant,
  • 2- le produisent et le vendent et font un peu de profit car il faut rentabiliser la recherche,
  • 3- le produisent en s’appuyant sur l’image de qualité acquise précédemment, mais en rabaissant cette qualité dans la production et en augmentant les prix pour faire un maximum de profit avec un minimum de frais (phase appelée “vache à lait”: c’est édifiant !)
  • 4- perdent leurs clients, déçus, et liquident l’entreprise.

le cours d’économie en question expliquait que le but était de repérer les entreprises à la phase 2 pour les acheter, faire de l’argent en les coulant, et les vendre juste avant la phase 4.
Pas besoin de donner le nom des prédateurs économiques qui agissent ainsi dans notre pays ou ailleurs, on les connaît.

Merci Patron nous interpelle sur les conséquences de ces agissements, et cherche à porter atteinte à la marque qui agit ainsi dans le seul but d’enrichir de façon démesurée et même indécente un nombre d’acteurs très réduit, avec la complicité manifeste des gouvernements, ministres, présidents de la république… dont le rôle devrait être précisément de réguler l’économie et d’éviter que ce genre d’abus porte atteinte à la population. Beaucoup de ces agissements ont lieu au grand jour, avec la complicité des médias qui incitent à croire que la population des différents pays concernés est gagnante quand, clairement, seuls les prédateurs le sont.

Ce film illustre le triste rôle, déjà mis en évidence par nos Papes, des “structures de péché” – économiques et politiques – dans l’accroissement de la pauvreté et de la guerre. Ceux qui sont tentés de défendre le modèle économique actuel parce qu’ils ne trouvaient pas peccamineux qu’une personne de leur famille ait fondé une petite entreprise et se soit enrichie grâce à elle auront tout avantage à voir ce film. Le film n’accuse pas les entreprises qui créent de la richesse et du travail : c’est au contraire un mécanisme de corruption du monde de l’entreprise qui est mis au jour, un mécanisme qui guette même les entreprises familiales – si elles existent encore –, et qui a d’ailleurs déjà écrasé nombre de petites et moyennes entreprise.

Si on pense que le message de Laudato Si’ ne concerne que l’écologie agricole et ne fait que proposer un peu d’organisation sociale gentillette pour gérer la jungle du libéralisme, on lira avec bénéfice les paragraphe 46, 49, 50, 51, 52, 54, 55, 56, 57, 93, 94, 107, 108, 109, et 124 à 129 de l’encyclique en question !
Si l’on veut instaurer un monde plus charitable et plus juste, il convient d’écouter nos frères qui subissent l’injustice les premiers (nous serons les suivants, n’en doutons pas) – c’est ce que fait ce film – leur analyse coïncide finalement assez bien avec celle de notre Pape. On ne peut pas se contenter de quelques oeuvres de charité pour le corriger notre modèle économique, il est mortifère à grande échelle.

Il est urgent (car il ne passera pas longtemps) de voir ce film qui part uniquement du réel. Il montre une vérité qui doit être à la base d’un renouveau : nous sommes en train de nous faire mettre en pièces, le tout avec la complicité des médias qui acceptent de plonger la sortie de ce film dans une omerta étonnante alors que les avant premières ont toutes fait salle comble au point de devoir refuser du monde ! La réponse du réalisateur du film à Europe 1 – qui a annulé son passage chez Taddéi – nous en convaincra peut-être, à lire ici.

@do_marie

 

En bonus, le compte twitter du réalisateur: @Fakir_.

Pour en savoir plus, allez chez Arrêt sur image : ici.

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