Dans le monde sans en être

Lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin…

Ecce homo, Giovanni Battista Moroni.

Nous voici de nouveau dans la synagogue de Nazareth où Jésus vient de lire et de commenter un passage du Livre du Prophète Isaïe en disant à ses auditeurs : « Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». La réaction de son auditoire est éloquente. Saint Marc dans son Evangile nous en donne un aperçu plus développé que saint Luc : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous[1] ? »

Commentant ces versets saint Pierre Chrysologue dit : « Il avaient admiré sa sagesse, ses œuvres, sa parole ; mais ils ont connu ses parents, et cette proximité les empêche de reconnaître sa divinité. Un épais nuage devant le soleil, la nuit elle-même n’amènent pas autant de ténèbres dans le ciel que l’envie dans une âme[2]… » Nous sommes ici comme à la Genèse où l’envie entre dans le cœur d’Eve et lui fait trouver désirable ce qui ne l’était pas jusque là. Ici les Nazaréens se détournent de la vérité et de la foi au profit de l’envie et de la jalousie… Ils veulent réduire Jésus à ce qu’il connaissent de lui de manière très administrative : le « fils de Joseph… » Cette réduction des personnes à ce que nous croyons savoir d’elles nous empêche souvent de nous émerveiller de l’action de Dieu, de sa grâce qui agit dans leur cœur …

Mystère de Dieu qui ne veut rien faire sans nous

« Mais il leur dit : « Sûrement vous aller me citer le dicton : Médecin, guéris-toi toi-même ’. Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays ! » Saint Ambroise dit que l’incrédulité des nazaréens comme celle de tous les hommes empêche les signes et les miracles. Voilà pourquoi il dit à propos de la ville de Nazareth : « Elle n’avait pas été jugée indigne de recevoir le Fils de Dieu descendant sur terre et par cette passion de l’envie elle se rend indigne des œuvres de celui qui était l’un de ses enfants. Afin que l’on ne se regarde pas comme obligé de se défaire de l’amour de son pays, il montre le vrai motif pour lequel il n’a pas accompli de miracles dans son pays. Celui qui aimait tous les hommes ne pouvait pas ne pas aimer ses concitoyens ; mais leur envie fit obstacle à son amour[3]… » Etrange mystère que celui de Jésus-Emmanuel, de Dieu qui ne veut rien faire sans nous… Sans cesse nous découvrons combien Dieu fait cas de nous, combien il respecte notre liberté et notre responsabilité … Et saint Ambroise de poursuivre : « Insensés qui chassent celui qui leur apportait le salut ! Jésus-Christ, qui a enseigné à ses Apôtres par son exemple à se faire tout à tous, ne repousse aucun de ceux qui ont bonne volonté, mais il ne s’empare de personne malgré lui ; il ne résiste point à ceux qui le chassent, et il ne fait jamais défaut à ceux qui l’appellent[4]… » La balle est dans notre camp. A nous de voir ces signes et ces miracles et de répondre aux appels incessants de Dieu. Parce qu’il nous respecte infiniment, Dieu ne veut pas faire notre bonheur sans nous.

« Puis il ajouta :Amen, je vous le dis, aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays…’ » Combien ces paroles résonnent en moi et me font penser à d’autres paroles du Seigneur : « quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre[5]? » Désirons-nous vraiment le connaître et l’aimer? Prenons-nous vraiment les moyens de le faire en écoutant sa Parole, en l’adorant et en le recevant présent dans l’Eucharistie, en recevant les sacrements ? Voulons-nous vraiment qu’il soit connu et aimé de tous ? Désirons-nous de tout notre être son retour glorieux ? Et désirons-nous vivre éternellement auprès de lui?

Désormais, la Bonne Nouvelle sera annoncée aux païens

Citant un passage de l’Ecriture, Jésus cherche à retrouver, renouer le lien avec sa créature, il veut susciter en nous un sursaut : « En toute vérité, je vous le déclare : Au temps du prophète Élie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Elie n’a été envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien vers une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. Au temps du prophète Elisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien » Ici encore, le Seigneur nous parle des pauvres, des veuves et des lépreux qui plus est de païens. Les veuves sont du nombre des pauvres qui pleurent dans les Béatitudes. Elles sont seules, sans soutien humain et sans argent. Les veuves qui ne pouvaient pas se remarier ou retourner dans leurs familles n’avaient souvent pas d’autre solution que de chercher et trouver refuge dans le Temple, en Dieu… Les lépreux étaient de facto frappés de l’infamie de l’impureté légale, ils n’avaient aucun lieu où trouver refuge… Pourtant, c’est eux, les pauvres d’entre les pauvres[6], qui ont entendu la Bonne Nouvelle : « … la Bonne Nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la liberté et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année que le Seigneur agrée. » Comme en filigrane, Jésus invite son auditoire à comprendre que désormais la Bonne Nouvelle sera annoncée aux païens. L’endurcissement du cœur de quelques-uns inaugure la mission… Sans mérites de notre part, aujourd’hui encore nous en sommes les bénéficiaires…

« A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » L’annonce de la bonne nouvelle révèle instantanément les cœurs de ceux qui l’entendent… Certains son furieux comme des démons. Aussi nous pouvons dire que l’heure de la Passion est proche ; de l’escarpement de la haine de quelques Nazaréens à celui du Golgotha il n’y a qu’un pas… la Bonne Nouvelle du salut, la libération que Dieu annonce en son Fils est insupportable pour ceux qui se croient parfaits, libres, riches… Elle est douce aux oreilles de ceux qui sont ou qui se reconnaissent : pauvres, doux, pleurant, assoiffés de justice, miséricordieux, purs, artisans de paix, persécutés, insultés, calomniés et injustement condamnés… L’annonce de la canonisation du jeune martyr cristero José Luis Sánchez, nous rappelle que comme disciples nous sommes appelés à la suite de notre maître et Seigneur à passer au milieu des dangers et à aller notre chemin où librement Dieu nous veut et nous conduit.

Bonne semaine à tous.

Pod

[1] 6, 2-3.

[2] Sermon XLVIII.

[3] Commentaire de l’évangile selon saint Luc IV 45.

[4] Commentaire de l’évangile selon saint Luc IV 49.

[5] Lc 18, 8.

[6] Cf la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta.

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