Dans le monde sans en être

Louis, ou la fabrique d’un drôle de genre

Louis

Dystopie : Société imaginaire régie par un pouvoir totalitaire ou une idéologie néfaste, telle que la conçoit un auteur donné. Synonyme : Contre-utopie 1Définition du dictionnaire Larousse.

Louis, ou la fabrique d’un drôle de genre de Christine Voegel-Turenne 2Publié aux éditions Téqui. est très clairement un roman dystopique. A l’instar du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, de 1984 de George Orwell ou du Maître de la terre de Hugh Benson, ce roman nous décrit un monde futuriste où certaines techniques et idéologies sont arrivées à leur paroxysme. Dans le livre de Christine Voegel-Turenne, la France de la « nouvelle ère » est un univers où règnent l’hédonisme et l’individualisme le plus libertaire tel qu’il apparaît dans certaines idéologies en vogue actuellement.

La dystopie est sans doute le meilleur moyen pour se représenter la nouvelle société qui risque de naître des nouvelles définitions de la filiation, de la famille, de la vie. Mieux qu’un essai, il nous donne l’occasion d’explorer ce nouveau monde en suivant la vie des personnages. Multiparentalité, trouples, GPA, AMP, hédonisme, euthanasie, éducation non genrée, salles de shoot, tout y passe ! La nouvelle société créée par l’application de ces idées diffusées depuis quelques années se déploie sous les yeux du lecteur de ce roman. Rien n’est inventé par Christine Voegel-Turenne car tout est déjà décrit dans la presse. Rappelez-vous de la nouvelle définition de la filiation, reposant sur la volonté et non l’hérédité, par Caroline Mécary dans Le Monde. Ou encore des propos de Pierre Bergé sur la GPA. Et aussi les articles des Inrocks sur le « polyamour » et autres nouvelles formes d’amour et de famille. Ce ne sont que des exemples, mais ces idées se répandent, se diffusent au grand jour. Au Brésil, des trouples se sont constitués légalement et dans certains pays, on peut déjà commander un enfant par GPA avec dons de gamètes et des écoles à l’éducation indifférenciée existent. Imaginez une société où tout cela serait en place, normalisé, généralisé, banalisé et où les consciences seraient verrouillées. C’est ce que décrit « Louis, ou fabrique d’un nouveau genre ».

Et le résultat est très inquiétant : une société sans repère, des jeunes dont la vie n’a aucun sens. Un monde vide, absurde, cruel, sans compassion ni amour qui prend le chemin d’un transhumanisme deshumanisé. Sans aucun manichéisme, ce roman ne contient pas de « méchants » tant ces personnages semblent être des victimes d’un système totalitaire enfermant les consciences dans des tabous et des mensonges.

À bien des égards la France futuriste de ce roman ressemble au Meilleur des mondes. À la différence notable que « Louis, ou la fabrique d’un drôle de genre » est beaucoup plus proche de nous. Moins sophistiqué, ce roman contient très peu de prouesses technologiques : ce qui l’auteur décrit pourrait-être mis en place aujourd’hui car ce nouveau monde est davantage la conséquence d’évolutions juridiques que techniques. PMA et GPA sont des méthodes déjà appliquées de nos jours. Ce qui rend l’atmosphère de ce roman d’autant plus inquiétante car en le lisant, on a la curieuse sensation que cette nouvelle société est pour demain matin… Et la question qui nous hante est : que faire pour que la France ne prenne pas ce chemin ?

Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1. Définition du dictionnaire Larousse
2. Publié aux éditions Téqui.

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