Dans le monde sans en être

Edito : Les ennemis de la République tremblent encore, de rire.

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Juste quand on pense que tout a été dit, le gouvernement se surpasse. Des annonces, du vent, montrer qu’on agit, mais en vain. Car pour agir vraiment, il faudrait que se soit posée la question de la fin et des moyens. Si montrer que l’on agit est vital dans le jeu politique, sur le long terme l’agitation sans action ne mène à rien. Quand on se place sur des sujets aussi graves que le terrorisme ou la cohésion nationale, les mots usés ne suffisent plus.

Ainsi, la dernière idée grotesque est : le livret citoyen. Annoncé lors des voeux à la jeunesse et aux “forces de l’engagement”, il prête à rire autant qu’à pleurer. A rire d’abord, parce qu’après avoir dit que “l’engagement […] ne se décrète pas”, le président déroule un parcours conçu pour que les jeunes s’engagent par un livret avec des cases à cocher et des acquis citoyens à faire valider pour le brevet des collèges. Daesh tremble, et ne contrôle plus son fou rire.

Mais c’est aussi à pleurer, parce que le président y met de la conviction, du temps et de l’énergie. Il y a des gens qui vont passer des heures à concevoir ce livret, et des heures d’enseignement au collège vont être passées à la validation de ce parcours. Encore une fois des moyens sont annoncés, sans discontinuer, sans finalité autre que l’annonce. Prions pour que les dégâts s’arrêtent là et que l’idée meurent oubliée dans un coin du ministère, arrêtons les frais.

Mais que peut on attendre d’autre de notre classe politique quand on voit le débat qu’elle a sur la déchéance de nationalité ? En voilà aussi un moyen sans fin (autre que l’agitation). Qui pense qu’un djihadiste qui brule son passeport va se sentir freiné par une déchéance de nationalité ? Dans la série des menaces qui pésent sur eux il y a déjà : la prison, la mort (lors de l’intervention de la police), la haine publique… A ce niveau là, la nationalité est un détail. On comprend bien qu’on puisse vouloir sortir de la communauté nationale ceux qui la menacent, mais c’est encore une fois une agitation sans fin, sans conséquence utile.  

Sauf que pour la faire passer, les politiques sont près à faire un pied de nez au droit international, a instiller la peur chez tous les binationaux obéissant à la loi (qui eux tiennent à leur nationalité), à nager dans un océan de mauvaise foi entre ceux qui votent pour sans l’être, ceux qui étaient pour mais ne le sont plus… La déchéance de nationalité n’est là que pour soulager la pression politique, en faisant rire ceux qu’elle vise et pleurer ceux qu’elle est censée protéger.

Quand les politiques s’agitent et que le citoyen a mieux à faire, qui a les moyens de rechercher une fin utile ?

Fol Bavard

2 réponses à “Edito : Les ennemis de la République tremblent encore, de rire.”

  1. BMN

    “Agiter le peuple avant de s’en servir, sage maxime”, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

  2. Carnauba

    La decheance de nationalite fait sourire tristement face a la decheance humaine qui conduit a la radicalisation. Celle ci est parfois la consequence de lois qui interdisent a un migrant sans papier de chercher du travail. Ainsi, peut on assister, impuissant , a la lente transformation d’ une famille trop assistee dont le pere sombre chaque jour d avantage dans le desespoir et perd tous ses reperes.
    Son enfer est pave de nos bonnes intentions.

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