Dans le monde sans en être

Glorifié par tous…

Duccio, 1308-1311.

Après les noces de Cana où Jésus « manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui… », nous voici de nouveau en Galilée, mais cette fois-ci avec saint Luc dont nous lirons l’Evangile tout au long de notre année liturgique[1]. Le passage de se jour est un patchwork où sont mis bout à bout un extrait du premier chapitre et un autre du quatrième.

Dans son ‘Histoire ecclésiastique’, Eusèbe de Césarée résume les motifs qui ont conduit saint Luc à entreprendre son œuvre : « Beaucoup se sont mêlés de raconter inconsidérément des choses qu’il a examinées à fond. Aussi bien, juge-t-il nécessaire de nous débarrasser des conjectures douteuses qu’ils enseignent, et de nous donner, en son évangile, le récit fidèle des événements dont il a acquis une connaissance certaine, dans la compagnie et la fréquentation de Paul, ainsi que dans les entretiens qu’il a eus avec les autres apôtres[2] » Les première lignes de l’Evangile sont très émouvantes, car à leur lecture nous pouvons découvrir combien est grande la liberté que Dieu donne à chacun pour rendre témoignage au monde. Aussi saint Luc bénéficie de cette même liberté. L’inspiration divine, comme toute grâce, n’annihile pas la volonté, la culture, la psychologie… de l’homme qu’elle touche, mais elle s’en sert en les exhaussant, en les élevant…

Pourvu que nous voulions être amis de Dieu

Saint Luc n’adresse pas son récit à une foule anonyme, mais à une personne : l’excellent Théophile. Excellent est le titre dont on honorait les hauts fonctionnaires. Théophile signifie, en grec, ami de Dieu. Pourquoi personnaliser ainsi ce récit ? Pour être reçu et compris, l’Evangile comme toute parole d’importance se transmet de personne à personne, dans l’intimité d’une rencontre comme le disait le bienheureux John-Henry Newman dans un cor a cor loquetur[3]. Voilà pourquoi au final personne ne sait si le destinataire de l’évangile est un personnage de haut rang ou bien tout chrétien ami de Dieu. A titre personnel avec saint Ambroise je pense que saint Luc « dédie son évangile à Théophile, c’est-à-dire à celui que Dieu aime. Mais il l’a également écrit pour toi, si tu aimes Dieu… [4]» Autrement dit, l’Evangile, la bonne nouvelle du Salut en Jésus-Christ, est pour chacun de nous, pourvu que nous voulions être véritablement amis de Dieu.

Enfin, le prologue de l’Evangile est écrit à la manière des historiens et des médecins, dans le plus pur style grec classique. En bon médecin qu’il était, saint Luc expose l’occasion, la méthode et le but de son ouvrage[5].

Coopérer à l’annonce de la bonne nouvelle

« Et Jésus retourna en Galilée avec la puissance de l’Esprit, et sa renommée se répandit dans toute la contrée à son sujet. Et il enseignait dans leurs synagogues, glorifié par tous… » Commentant ces verset, Origène adresse un avertissement à ses lecteurs, afin qu’ils ne se méprennent pas : « Gardez-vous de n’estimer heureux que ces gens-là, et de vous croire privés de son enseignement (…) Le Seigneur n’a pas seulement parlé en ce temps-là, dans les assemblées juives, mais il parle également aujourd’hui dans notre assemblée. Et Jésus enseigne non seulement dans la nôtre, mais dans d’autres encore, et dans le monde entier. Et il cherche des instruments pour répandre ses enseignements[6]… » Dieu ne veut pas agir seul, aussi il souhaite que nous coopérerions tous à l’annonce de la bonne nouvelle du salut en son Fils.

« Et il vint à Nazareth, où il avait été élevé, et entra selon sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe… » Toujours à la suite d’Origène nous pouvons comprendre que « ce n’était pas par un pur hasard mais par une disposition de la divine Providence que ce passage s’était rencontré… » Aussi nous pouvons dire avec assurance que l’Ancien Testament annonce le Christ et révèle de manière voilée le mystère du Dieu fait homme.

« … et déroulant le livre, il trouva le passage où était écrit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la liberté et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année que le Seigneur agrée. » Pour l’instant, Jésus ne dit à son sujet rien d’autre que ce que les prophète avait annoncé. Ce qui fait dire à saint Athanase : « Il ne craint pas de reconnaître, lui qui en tant que Dieu envoie l’Esprit Saint, qu’il est conduit pour l’accomplissement de sa mission par l’Esprit Saint, et qu’il chasse les démons dans la vertu de l’Esprit Saint. Lui qui est le Fils de Dieu, il est le fils de l’homme, par conséquent le vrai Messie, l’envoyé attendu[7]… » Par ailleurs, une question s’impose: sommes-nous les destinataires de cette bonne nouvelle annoncée par Jésus aux pauvres, aux captifs, au aveugles…? Oui nous le sommes, mais nous n’en bénéficierons que si comme dans les béatitudes nous ne mettons pas notre cœur dans les richesses de ce monde. Que si nous nous reconnaissons pauvres et pécheurs ayant besoin du pardon et de la miséricorde de Dieu qui seul peut nous relever…

Notre Dieu est le Dieu de la Pâque, le Dieu du passage de l’esclavage à la vraie liberté

« Et les yeux de tous, dans la synagogue, étaient fixés sur lui. Il se mit à leur dire :Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles cette Ecriture’. » Comme aumônier d’une antenne de l’association Aux Captifs la Libération et d’une opération Hiver solidaire, je rends grâce à Dieu pour des chaines rompues, pour la solidarité, pour l’amour et la miséricorde vécus au quotidien. Je souhaite aux personnes accueillies, visitées, ainsi qu’aux salariés et aux bénévoles de l’association une très bonne fête en ce dimanche où est proclamé l’Evangile qui inspira le fondateur.

En outre, voilà un bel Evangile pour aborder l’Année Sainte de la Miséricorde voulue par Notre Saint-Père le Pape François. Aujourd’hui par son Eglise et avec elle, Dieu le Père éternel veut que nous tirions du trésor des mérites de la Passion de son Fils le salut: la libération de nos péchés et de leurs conséquences temporelles… N’oublions pas que notre Dieu est le Dieu de la Pâque, le Dieu de la libération, du passage de l’esclavage à la vraie liberté donnée par l’Esprit Saint. La liberté d’accomplissement par le don de soi, le pardon, l’amour de Dieu et du prochain… Dans l’aujourd’hui de notre vie, Dieu veut rompre les amarres, les poids morts qui nous empêchent de vivre pleinement et de le glorifier …

Bonne semaine à tous.

Pod

[1] Excepté les Temps du Carême et de Pâques.

[2] Histoire ecclésiastique, III 24, 15.

[3] Le cœur parle au cœur…

[4] Commentaire de l’évangile selon saint Luc.

[5] D’après l’abbé Christian-Philippe Chanut (+)

[6] Trente-deuxième homélie sur l’évangile selon saint Luc, I.

[7] Deuxième discours contre les Ariens.

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