Dans le monde sans en être

“Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu”

Baptême du Christ, Georges Rouault.

Le temps de Noël se clôt par une troisième « épiphanie ». En effet, après celle de Noël où Dieu se manifeste aux bergers, puis celle de l’Epiphanie où Il se révèle aux nations, voici qu’en ce jour où nous faisons mémoire du baptême du Seigneur, il nous est donné d’assister à la révélation de Dieu comme Trinité : Père, Fils et Saint-Esprit. Désormais nous pouvons entrer dans le temps ordinaire ou temps de l’Eglise pour méditer ce mystère de vie et le transmettre aux hommes de notre temps qui cherchent désespérément le salut sans savoir toujours où le trouver…

Personnellement j’aime lire ce verset où saint Luc dit : « Comme le peuple était dans l’attente… » Il nous rappelle que nous sommes dans l’urgence : l’humanité a besoin d’entendre l’annonce de Jésus Emmanuel, du Dieu qui nous sauve en étant parmi nous, à nos côtés… Aujourd’hui comme hier, des prophètes de malheur pullulent profitant des crises, des peurs, des angoisses, des soubresauts de l’histoire… Beaucoup, comme au premier siècle, se demandent dans leur cœur si ces prophètes ne sont pas le Christ…

La part de Dieu

Dans l’Evangile de ce jour Jean-Baptiste ne profite pas de la faiblesse des hommes. Il sait qui il est, voilà pourquoi il déclare  «… moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. »

Afin que nous puissions comprendre la différence de nature entre les deux baptêmes et la radicale nouveauté du baptême chrétien, saint Ambroise dit : «  Faire pénitence de ses fautes, c’est l’œuvre de l’homme; faire descendre la grâce, c’est la part de Dieu[1]… » Saint Grégoire le Grand dit au sujet du baptême de Jean qu’il « lavait le corps mais ne purifiait pas l’âme; il n’apportait pas le pardon[2]» A la différence du baptême du Christ, dans l’eau et l’Esprit, où la grâce est donnée sans condition du fait des mérites de la Croix, dans le baptême de Jean, la purification est accordée par Dieu du fait des dispositions intérieures de celui qui le reçoit. Ce qui fait dire à saint Hilaire de Poitiers que « le rôle des Prophètes était d’éloigner du péché ; le rôle propre du Christ de sauver ceux qui croiraient en lui[3]… »

Rendant un très bel hommage à saint Jean-Baptiste, saint Augustin dit qu’ « il était si grand qu’il pouvait passer pour le Christ… Mais cet humble ami de l’époux, rempli d’amour pour l’époux, ne veut point se substituer à l’époux  (…) Voulant être aimé de l’époux, il a horreur d’être aimé à la place de l’époux… Il préférera rendre témoignage au Christ, s’humilier devant le Christ, que de passer pour le Christ[4]… » Voilà un bon exemple pour nous qui sommes appelés à être prêtres, prophètes et rois et ainsi à annoncer non pas nous-mêmes, notre vie, notre oeuvre mais Jésus-Christ, l’unique Sauveur de l’homme…

“C’est toi, mon Fils, le Bien-aimé ; tu as toute ma faveur”

Le Baptiste de poursuivre : « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu… » Nous le savons, par le baptême nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ, nous avons été régénérés par l’eau et l’Esprit Saint et faits fils de Dieu… Mais qu’entend Jean-Baptiste lorsqu’il parle du feu ? Ne fait-il pas allusion au jugement à l’heure de notre mort ? Le jugement est l’ultime purification. Le feu de l’amour de Dieu détruira toutes les scories qui nous défigurent encore et qui nous empêchent d’être pleinement à lui.

« Or donc, comme tout le peuple avait été baptisé, et que Jésus, baptisé lui aussi, était en prière, le ciel s’ouvrit, et l’Esprit Saint descendit sur lui sous un aspect corporel, comme une colombe. Et une voix advint du ciel : « C’est toi, mon Fils, le Bien-aimé ; tu as toute ma faveur. » Commentant ces versets et les replaçant dans le contexte de Noël, saint Proclus de Constantinople dit : « La fête précédente nous montrait un pauvre nourrisson qui manifestait notre pauvreté. La fête d’aujourd’hui nous le fait voir dans sa perfection, elle nous suggère qu’il est l’Être parfait, issu de l’Être parfait (…) Aujourd’hui, au baptême, celui qui est la Source, est enveloppé par l’eau du fleuve. » Le Seigneur se révèle en plénitude : il est l’Alpha et l’Oméga, le Créateur et le Rédempteur… Et Proclus de poursuivre en faisant le lien avec le déluge : « Allons, regardez ce stupéfiant déluge, bien supérieur à celui du temps de Noé. Alors, l’eau du déluge fit mourir le genre humain ; aujourd’hui, l’eau du baptême, par la puissance de Celui qui a été baptisé, ramène les morts à la vie. ~ Alors, une colombe, portant dans son bec un rameau d’olivier, a préfiguré la bonne odeur du Christ. Aujourd’hui le Saint-Esprit, en survenant sous l’apparence d’une colombe, nous montre combien le Seigneur est miséricordieux. »

Puisque nous sommes en plein mois des vœux, j’en formule trois. Qu’en cette Année Sainte de la Miséricorde nous puissions tous approfondir la compréhension de la sainteté du baptême que nous avons reçu. Que nous implorions la miséricorde divine pour nos manquements à la vocation sainte qui est la nôtre… Que renouvelés par le feu de son Esprit, nous vivions pleinement de cette grâce pour la gloire de la Sainte Trinité et le salut des hommes…

Bonne fête du baptême du Seigneur à tous.

Pod

[1] Commentaire de l’évangile selon saint Luc.

[2] Homélie VII sur les péricopes évangéliques, 3.

[3] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, 2,4.

[4] Sermon CCLXXXVIII, 2.

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