Dans le monde sans en être

Prix Ozanam : Gaudete !

PRIX_OZANAM

Homélie de la messe précédant la remise du Prix Frédéric Ozanam, samedi 12 décembre par le pere Eric Salobir op. Il s’agit de la messe du troisième dimanche de l’Avent.

Bon, on l’aura compris, il faut qu’on soit joyeux. Gaudete ! Et chaque texte nous le redit à longueur de verset. On risquerait presque l’overdose de joie, si ce n’était le contexte sécuritaire, les politique, économique voire climatique… qui fait que même à l’approche de Noël, nos concitoyens affichent plutôt une joie à la Droopy, disons… assez discrète. Ca déborde pas vraiment ! Dans ce contexte, ne risquons-nous pas de passer pour les ravis de la crèche ? (Enfin là où elle n’a pas encore été proscrite comme dangereux outil d’endoctrinement sectaire !) Ne risquons-nous pas de passer aussi pour des marchants de bonheur au rabais, de joie à bon marché… Alors, que devons-nous faire ?

C’est, de fait, la question que tout le monde pose à Jean-Baptiste, sans conteste le héros de ce jour : la foule les soldats et les publicains lui demandent : « que devons-nous faire ? » Peut-être, alors, nous faut-il écouter les réponses du Baptiste, s’en remettre à lui et nous laisser ainsi guider.

Et la première consigne de Jean-Baptiste, c’est de partager : la nourriture, les vêtements, les biens matériels. Que chacun le fasse en regard de son patrimoine, de son état de vie. Et ce faisant, nous sommes appelés à partager notre joie. Une façon d’éviter d’arborer la joie parfois arrogante de ceux qui profitent de la vie. Ou la joie un peu candide de ceux qui semblent toujours dire « réjouissez-vous », mais qui n’apportent pas grand chose de plus ; comme les photos des calendriers des postes de jadis, et les vidéos de chattons qui font « miaou ».

De fait, si nous sommes ici rassemblés, blogueurs et twittos chrétiens, c’est que nous avons la ferme intention de patager notre joie. Et, à l’époque du Web, l’heure et au partage : on « share » comme « like », on retweete comme on respire. Mais quelle part de ces partages sont de vrais partages : quand partageons-nous plus que notre point de vue, les photos de notre vie de rêve ou notre image soigneusement marketée ? A nous tous, le Baptiste lance un appel : celui de partager nos moyens, notre audience, note tribune numérique, ce qui fait notre trésor au fond, avec ceux qui ont quelque chose à dire, une cause à défendre, mais n’en ont pas les capacités. Et plus nous avons d’audience, plus notre réputation est forte, plus ce devoir est impérieux : « un grand pouvoir implique une grande responsabilité » (Spiderman).  

Jean Baptiste appelle ensuite les publicains, à ne pas tricher, à travailler en toute honnêteté. Là aussi, la responsabilité est grande, quand on est très écoutés, ou très lus, et que l’on porte publiquement un regard, sur des situations explosives. C’est le difficile équilibre entre la liberté d’expression d’un blog est, par nature un média d’opinion, et la responsabilité du chrétien qui doit être ferment d’unité et porteur de paix. La consigne du Baptiste aux soldats de ne pas faire un usage excessif de la force va dans le même sens : qui d’entre nous ne s’est jamais trouvé impliqué dans une controverse sans fin et parfois rageuse ? Qui n’a pas éprouvé un jour, la violence que peut véhiculer le web. Une violence parfois soigneusement emballée dans le papier de soie d’un discours policé et ficelée par une démonstration tirée au cordeau. Mais qui reste une violence quand même !

Alors, tout cela peut paraître un peu négatif, à l’approche de Noël, mais pas du tout ! Ces consignes du Batiste balisent un chemin dans le maquis de nos pratiques, de nos tentatives pour être authentiquement chrétiens en ligne. Elles aplanissent une route pour nous conduire au plus important : ne pas seulement faire ce que dit le Baptiste, mais être comme lui.

Etre la voix qui crie dans le désert, ou maintenant plutôt dans le brouhaha. Et dans ce tumulte de pages et de mots, la voix du messager de la Bonne Nouvelle est plus importante que jamais. Et son secret, pour aplanir la route, c’est d’accepter de n’être que la voix et de laisser le Verbe de Dieu être la parole. Accepter de ne fais que le porter, d’être indignes de délier la courroie de sa sandale, mais d’être son messager. Alors, la Parole transcende nos voix, nos éditos et nos posts. Quand la voix s’est tue, que nos tweets sont descendus bien bas dans la TL de nos followers, la Parole reste : la joie subsiste. Cette joie qui ne vient pas de nous, cette joie qui nous précède et nous attends, qui nous submerge « Pareille à une autre vie dans la vie », disait Bernanos.

Alors, à la suite du Baptiste, laissons-nous guider vers celui qui vient, vers l’enfant Dieu, vers la source de toute joie.

Pére Eric Salobir op

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