Dans le monde sans en être

Et tout être vivant verra le salut de Dieu

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Nous voici pour la deuxième semaine sur le chemin de l’Avent qui nous mènera à Bethléem, en passant par désert de Judée et Aïn Karem. Aujourd’hui nous faisons halte au désert pour nous mettre à l’école de saint Jean-Baptiste.

« L’an quinze du règne de l’empereur Tibère,
Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée,
Hérode étant alors au pouvoir en Galilée,
son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide,
Lysanias en Abilène,
les grands prêtres étant Hanne et Caïphe,
la parole de Dieu fut adressée dans le désert
à Jean, le fils de Zacharie. » Tout comme dans l’évangile de la nuit de Noël, l’évangéliste manifeste l’historicité et par conséquent la réalité de son récit en l’insérant dans une chronologie et une « géographie » très précises. Dit autrement, le Christ s’incarne dans un lieu, dans l’histoire et dans la vie des hommes. C’est aujourd’hui que « la promesse faite à nos pères en faveur d’Abraham et de sa race à jamais » s’accomplit. En outre, par une très belle construction littéraire, il nous permet de comprendre l’itinéraire spirituel qui nous conduit jusqu’à Jésus. Cet itinéraire est celui de la kénose, de l’abaissement… C’est ainsi que par un effet de zoom inversé, nous passons de Rome, son empereur et sa gloire, à Jean dans le désert de Judée…

Mais venons-en aux différents protagonistes cités par saint Luc : à tout seigneur tout honneur, Tibère règne depuis la mort d’Auguste en l’an 14, Ponce Pilate est son procurateur pour la Judée. Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand, est tétrarque de Galilée et le futur meurtrier de Jean-Baptiste. Philippe, son demi-frère, est tétrarque de Batanée et d’autres lieux… Lysanias est le gouverneur d’Abilène. Après les autorités civiles païennes et leurs associés, nous passons aux autorités religieuses, au Temple et à ses grands-prêtres, Hanne et Caïphe. Le premier fut fait grand-prêtre par les romains et déposé par eux. Le second, son gendre, fut fait grand-prêtre en l’an 15 et fut déposé en 36. Tous participèrent d’une manière ou d’une autre au procès de Jésus. Enfin, ainsi que le dit saint Luc : « La parole de Dieu fut adressée dans le désert
à Jean, le fils de Zacharie… » Comme au matin du monde, à la création, Dieu intervient de nouveau par la parole. Le grec verbe « egeneto » signifie avoir lieu, se produire. La Parole de Dieu fait irruption dans le monde. Elle bouleverse tout, y compris l’empire et son admirable organisation. Elle annonce un monde nouveau, un royaume éternel qui dépasse toutes les frontières et rassemble tous les peuple sous la houlette du Christ Roi de l’univers.

Qu’est-ce que le désert ?

« Il parcourut toute la région du Jourdain,
en proclamant un baptême de conversion
 pour le pardon des péchés… » Jean le Baptiste est un prophète, le dernier et le plus grand : son nom veut dire Dieu fait grâce. Par son ministère de prédication il annonce le Messie qui vient et nous donne les moyens humains et spirituels pour préparer sa venue et surtout pour l’accueillir. Afin que sa prédication soit inspirée, l’Esprit Saint le conduisit au désert où il fut purifié par la prière, le jeûne et l’ascèse. C’est ainsi que saint Grégoire de Nysse commente ces versets en disant : « Il avait dû se former au désert, celui qui devait venir dans la vertu et l’esprit d’Elie ; il avait dû se séparer de tout commerce avec les hommes, afin de se séparer de leurs erreurs et de leurs préjugés, et d’être tout entier à la contemplation des choses invisibles. Et parce que toutes ses pensées et ses désirs étaient tournés vers Dieu, il arriva à posséder la grâce plus que tous les autres prophètes[1]… »

Qu’est-ce que le désert ? C’est un lieu loin de l’agitation du monde, un endroit privilégié pour rencontrer Dieu. C’est là que Dieu se révèle à Moïse dans le buisson ardent. C’est au désert qu’Il conduit son peuple après la sortie d’Egypte. C’est là que le peuple a été comme émondé, purifié de ses habitudes païennes, de son idolâtrie, de ses péchés … Le désert est le lieu où Jésus aime prier le Père dans le secret. C’est au désert qu’il conduit ses disciples à l’écart pour leur apprendre à prier, à se reposer et à reprendre des forces en Dieu… C’est dans le désert de notre chambre, de nos églises, de la nature… qu’il veut nous parler, nous retrouver, nous aimer, nous façonner toujours plus à son image, pour faire de nous ses fils et ses filles bien-aimés et nous envoyer dans le monde pour y révéler son amour et sa puissance de salut…

La première étape de la conversion consiste à connaître nos péchés

Afin de nous préparer à l’avènement du Royaume qui vient, Jean a prêché sur les bords du Jourdain. Jean ne fait rien de lui-même, il est la voix et se place dans les pas des prophètes. Dans l’histoire d’Israël, le Jourdain est un lieu de passage, le passage à une vie nouvelle dans la Terre donnée par Dieu en signe d’une autre patrie, d’une réalité invisible : celle des cieux… Ce fleuve prend sa source au pied du Mont Hermon et court sur près de trois cents kilomètres pour se jeter dans la mer Morte en passant par le lac de Tibériade. Son nom dérive de la racine yrd qui signifie descendre. Ici comme en écho j’entends le Psaume 133 : « C’est comme la rosée de l’Hermon, qui descend sur les sommets de Sion. Car c’est là que Seigneur a établi la bénédiction, la vie, pour toujours… » D’une certaine manière on peut dire qu’en descendant de l’Hermon le Jourdain assainit la « mer morte » de nos péchés…

La première étape de la conversion consiste à connaître nos péchés, à reconnaître que nous sommes pécheurs, que nous avons besoin d’être pardonnés et enfin à demander pardon. Remarquons au passage que si la religion juive préconise l’immersion comme moyen de purification légale : pour les lépreux guéris[2], pour l’impureté sexuelle[3]et pour celle contractée en touchant un cadavre…[4], le baptême de Jean est donné pour la conversion morale en vue d’accueillir le Royaume de Dieu qui vient. A la différence du baptême dans l’eau et l’Esprit où la grâce est donnée sans condition du fait des mérites de la Croix, dans le baptême de Jean, la purification intérieure est accordée par Dieu du fait des dispositions intérieures de celui qui le reçoit. Ce qui fait dire à saint Ambroise : « Faire pénitence de ses fautes, c’est l’œuvre de l’homme; faire descendre la grâce, c’est la part de Dieu[5]… »

« Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits ses sentiers.
Tout ravin sera comblé,
toute montagne et toute colline seront abaissées ;
les passages tortueux deviendront droits,
les chemins rocailleux seront aplanis ;
 et tout être vivant verra le salut de Dieu. » Pour finir, je laisse la parole à Origène qui souligne que « le mystère de Jean s’accomplit dans le monde jusqu’à maintenant. Quiconque est destiné à croire au Christ Jésus, il faut qu’auparavant l’esprit et la puissance de Jean viennent en son âme pour préparer au Seigneur un peuple parfait et, dans les aspérités du cœur, aplanir les chemins et redresser les sentiers… » Voilà pourquoi il est bon en ce temps de l’Avent que nous fassions halte auprès du Baptiste : pour accueillir le Seigneur dans nos vies et nous préparer à son second avènement. Il nous invite, à nous laisser, raboter, travailler par sa Parole et la puissance de son Esprit. Il veut préparer nos intelligences, nos bouches, nos cœurs et nos âmes à l’annonce du Salut en son Fils. C’est à cette condition que nous n’annoncerons pas au monde un Dieu conforme à la conception que nous en avons, mais le Dieu vivant et vrai qui nous anime de l’intérieur, comme il animait le Baptiste… C’est seulement ainsi que s’accomplira la prophétie : « … Tout être vivant verra le salut de Dieu. »

Bon deuxième dimanche d’Avent à tous.

Pod

[1] De virginitate, VI.

[2] Lv 14, 8.

[3] idem, 15, 16-18.

[4] Nb 19, 19.

[5] Commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 79.

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