Dans le monde sans en être

Tu es bénie…

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Nous voici arrivés à la quatrième étape de notre itinéraire de l’Avent, à Aïn-Karem, la source du vignoble, à six kilomètres à l’ouest de Jérusalem. L’Evangile de ce jour nous fait entrer dans l’intimité d’une rencontre, la visitation. Cette rencontre devrait en quelque sorte être l’archétype de toutes nos rencontres. Cet épisode n’est pas sans nous rappeler celui du transfert de l’Arche d’Alliance à Jérusalem[1]. En effet, nous pouvons dire que de même que l’Arche d’Alliance était le lieu de la présence de Dieu à son peuple, de même Marie qui porte Jésus en son sein est la nouvelle Arche d’alliance en qui Dieu s’est fait chair pour le salut de tous les peuples.

« Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. » A peine l’ange l’eut-il quitté, Marie en hâte se mit en route. La grâce pousse à l’action, la charité urge. Elle ne se replie pas, elle ne s’occupe pas d’elle-même, mais prend résolument la route vers les monts de Judée, la route du service et de la charité. Commentant ce verset, saint Bernard dit : « Marie a disposé dans son cœur des degrés qu’elle gravit aussi bien par sa manière de vivre que par sa prière. Enfin elle s’est hâtée vers les montagnes pour saluer Elisabeth et la servir pendant trois mois environ ; si bien que la Mère de Jésus pouvait déjà dire à la mère de Jean ce que le Fils de Marie dira beaucoup plus tard au fils d’Elisabeth : ‘Laissez-moi faire maintenant, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice[2]…’» Ne nous méprenons pas. Si la Vierge Marie se met rapidement en route, ce n’est pas pour vérifier les propos de l’ange, mais bel et bien par amour, l’amour du prochain, en l’occurrence de sa cousine plus âgée et qui est comme elle enceinte. Celle qui aime Dieu de tout son être et en qui Dieu est présent ne peut qu’aimer son prochain…

“…Et le fruit de tes entrailles est béni”

« Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Or, quand Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle… » Quel spectacle ! l’Ancien et le Nouveau Testament se rencontrent, se reconnaissent et se saluent. Et voici que selon le mot d’Origène : « Encore dans les ténèbres du sein maternel, la sainte âme de Jean (…) tressaille, mais ce n’est pas un simple tressaillement, c’est un tressaillement dans la joie : Jean sentait que son maître était venu le sanctifier avant sa naissance[3]… » Après le dimanche de gaudete, nous entendons un Evangile plein de joie, ici tout est joie ! La joie du salut qui approche, la véritable joie de Noël.

« Alors, Elisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte: ‘Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?’ » Saisi par la même joie, Origène de poursuivre : «  Elisabeth prophétise avant Jean-Baptiste, Marie avant la naissance du Sauveur. La chute avait commencé par la femme, le relèvement commence aussi par la femme[4]Il y a plus que la justice, l’équité et le respect : il y a la charité. Désormais la bonne nouvelle s’accomplit, Dieu est parmi nous.

La première béatitude de l’Evangile

C’est sous l’inspiration de l’Esprit Saint, l’Esprit d’amour et de connaissance, qu’Elisabeth devient prophète et reconnaît la divinité de l’Enfant présent dans le sein de Marie, sa cousine. Voilà pourquoi saint Grégoire le Grand dit qu’« Elisabeth sait que Marie porte en elle le Fils de Dieu ; elle sait qu’il a été conçu du Saint-Esprit, et elle sait ce que l’avenir réserve à sa foi[5]… » Saint Luc précise que c’est d’une « voix forte » qu’Elisabeth prophétise. Ce n’est pas la voix d’une femme âgée et fatiguée, mais la voix d’une personne mue par l’Esprit Saint. C’est la jeunesse de la grâce qui s’exprime à travers elle. C’est Jean qui promptement bondit, saute de joie, tressaille d’allégresse en elle devant le Seigneur qui vient. Comme le dit si bien Corneille : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années… », combien plus cela est vrai pour les âmes mues par l’Esprit Saint… Cela devrait être vrai pour tous les baptisés. Le baptême fait de nous des fils du roi des rois et la puissance de l’Esprit Saint nous communique l’éternelle jeunesse de ceux qui ont en eux la capacité de l’émerveillement et de l’action de grâce. Vivons-nous vraiment de ces dons ? Commentant la rencontre entre ces deux enfants, Pierre de Berulle dit : « Dieu s’étant fait enfant, il veut premièrement être connu et adoré par un enfant (…) Son premier prophète est un enfant, comme tantôt ses premiers martyrs seront des enfants[6]… »

Enfin, Elisabeth au comble de la joie reconnaît la place éminemment centrale de la Vierge Marie, la Mère de Dieu : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur… » C’est la première béatitude de l’Evangile. Elle n’est pas dite par Jésus mais par un être humain. En écho on entend Jésus disant, comme pour confirmer la parole d’Elisabeth : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent… » Heureuse celle qui porte en elle le Verbe de Dieu et qui médite jour et nuit la Parole adressée par Dieu à son peuple, Parole qui est pour tous les peuples. Avec saint Bernard nous pouvons dire : « Marie est bienheureuse, et parce que Dieu l’a regardée, et parce qu’elle a cru, car sa foi est le beau fruit de cette bienveillance divine[7]… » La Vierge Marie est notre modèle, elle est le meilleur exemple du croyant, à nous de l’imiter !

Bon dimanche à tous et saint Noël qui approche.

Pod

[1] 2 Sm 6, 2-11.

[2] Sermon pour la Nativité de la bienheureuse Vierge.

[3] Homélie VII sur l’évangile selon saint Luc.

[4] Huitième homélie sur l’évangile selon saint Luc.

[5] Homélie I sur Ezéchiel, 8.

[6] Opuscules de piété, « de la Visitation »

[7] Sermon pour le dimanche dans l’octave de l’Assomption.

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