Dans le monde sans en être

Imams jureurs, imams réfractaires

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Depuis la proclamation de l’état d’urgence, trois mosquées ont été fermées et des dizaines de musulmans « radicalisés » arrêtés, plusieurs en possession d’armes en tout genre. L’état d’urgence fait son travail, et sa légitimité n’est pas exactement le thème de mon propos. Il suffit de voir que l’efficacité est là, que des vies ont été sauvées pour pencher en sa faveur.

Autre chose me chiffonne, qui est plutôt d’ordre spirituel cette fois. Tour à tour, les politiques clament qu’il faut que l’islam se plie aux règles du vivre-ensemble, des droits de l’homme, des valeurs de la République, etc. En clair et plus particulièrement, les musulmans sont sommés d’obéir à la loi, celle qui soumet la religion aux vents la volonté générale. L’urgence, justement, de la situation et le fait que de nouveaux actes terroristes aient vraisemblablement été évités en partie grâce à ce discours nous empêchent de voir une chose : nous assistons à la soumission d’une religion aux diktats de la République. L’histoire se répète. Comme les prêtres catholiques appelés « obscurantistes » et « radicalisés », pour être seulement intègres et cohérents avec leur foi étaient poursuivis autrefois, la République et ses valeurs font la chasse aux imams « prêchant la haine ». Mais qui, qui définit ce qu’est la haine ? Est-ce que, dans la bouche de ces mêmes politiques, proposer une alternative à l’avortement n’est pas précisément de l’obscurantisme ? Quand il s’agit d’appels évidents au meurtre, la réaction est certes légitime, mais si un jour les politiques décident que proclamer qu’Allah est grand est perçu comme un cri de haine ? Que des aspects entiers de la foi musulmane sont déclarés hors-la-loi ? Déjà aujourd’hui, porter un voile (qui ne couvre que les cheveux) est passible de sanctions. Est-ce que les musulmans de bonne foi n’auront pas raison de se sentir agressés dans leur croyance, tout comme l’étaient les catholiques à qui on interdisait d’assister à la messe, et à qui on interdit encore aujourd’hui de porter des signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires publics? Est-ce que la révolte catholique n’était que le fait des plus extrémistes, ou plutôt d’une large part des croyants ? Est-ce que, si j’étais musulman, je ne me poserai pas la question d’une réaction face à l’outrecuidance des politiques qui entendent m’imposer ce qui, dans ma foi, est acceptable ou non ? Est-ce que le plus modéré des musulmans n’aurait pas raison de s’interroger ?

Ou alors, et c’est ce que je ne souhaite pour rien au monde aux musulmans, d’autant que c’est le mal qui a frappé et qui frappe encore l’immense majorité des catholiques, les autorités musulmanes finiront par accepter de revoir leurs discours, fabriquant à terme une religion républicano-compatible, vidée de sa substance, reléguée à la sphère privée et soumise à la loi. Que l’on n’aille pas me dire que je suis en train de justifier les actes terroristes en affirmant qu’il faut laisser libre cours à la religion et laisser les radicalisés tuer à leur guise, si c’est leur foi. Je dis simplement que le rôle de l’Etat est celui-ci : anticiper les menaces, en surveillant les mosquées s’il faut, en menant des perquisitions si la situation l’impose, bref, il peut cibler les menaces à son aise. Mais en aucun cas son rôle n’est de se prononcer sur le contenu de la foi. D’ailleurs, approcher l’intégrité de la foi amène la situation inverse, c’est-à-dire qu’elle entraîne un sentiment (légitime) d’agression de la part du croyant, le même qui a mené le plus modéré des catholiques à prendre les armes sous la Révolution et qui mène le catholique moderne à ne pas obéir à la loi dans certains cas.

D’aucuns proposent comme alternative aux musulmans français de s’approprier l’héritage d’un Louis XIV, d’un Napoléon ou de la Révolution Française. Autant de personnages et d’évènements qui ont très précisément conduit à la destruction de la foi chrétienne ou, pour mieux dire, à son affadissement jusqu’à l’évanescence. Raison d’état, gallicanisme, impérialisme guerrier et mépris religieux, haine assumée de la religion, puis enfin culpabilité. Est-ce là ce que nous avons à proposer comme critères d’intégration à des gens qui, déjà, s’inquiètent de leur sort en tant que croyants ?

Je devine ici une nouvelle objection : d’accord, alors ouvrons grand les bras et laissons tranquillement l’Islam prendre la place que la République ne prendrait plus! Nullement. Il y a bel et bien une France à défendre, mais celle-ci est bien réelle, elle n’est pas qu’une idée : c’est la France chrétienne, celle qui n’est pas dans nos idées mais sous nos pieds et dans notre âme. Aujourd’hui, il faut défendre le christianisme avant de défendre la chrétienté. La meilleure façon de défendre nos églises, c’est encore d’y entrer, d’y prier, et d’y investir toute sa vie, jusqu’à mourir pour elle. S’il faut défendre une âme de la France, ce n’est pas celle de Louis XIV, parce qu’elle avait déjà presque cessé d’exister, c’est celle de saint Louis, France humble et enracinée, garante des libertés et sereine quant à son identité. S’il y a une guerre spirituelle à mener, ce n’est pas celle qui annihile la foi musulmane pour aboutir à un magma laïco-compatible. S’il y a une guerre spirituelle à mener, c’est celle qui renvoie la foi musulmane à ses contradictions et qui n’a pas peur de proposer le christianisme comme réelle alternative, comme voie de bonheur, de paix intérieure et extérieure, de liberté et de cohérence. C’est celle qui renvoie également les catholiques à leur tiédeur spirituelle, qui sans scrupule voudraient imposer aux autres le mal dont ils ont tant souffert, c’est-à-dire se sentir coupable de tenir sa foi pour vraie et la soumettre à la loi. Nous avons besoin non pas de la tolérance passive et un brin méprisante que l’on se propose trop souvent, mais de choc, de conflit spirituel qui est d’autant plus urgent que s’il n’a pas lieu, c’est un choc physique qui s’imposera. Ou pire, un nouveau pas vers le néant spirituel.

Héront

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