Dans le monde sans en être

Le soleil s’obscurcira…

Nous approchons à grands pas de la fin de l’année liturgique, aussi l’Eglise nous fait entendre un Evangile où Jésus parle de sa venue : lorsqu’ « il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. » Cet Evangile appartient au genre apocalyptique où le monde présent, avec son lot de souffrances, d’injustices, de persécutions et de détresses prélude au monde futur qui sera un règne de justice, de paix et d’amour. Même écrasé par l’épreuve, le croyant sait qu’un jour il lui sera rendu justice et qu’il verra et un monde nouveau dans lequel il entrera. Les épreuves du temps présent sont en quelque sorte le chemin qui nous mène vers la gloire[1].

« Mais ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera pas sa clarté, et les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées. » Détresse, obscurcissement du soleil et de la lune, chute des étoiles, ébranlement des puissances célestes … voilà un bien étrange présage qu’il nous faut décrypter. Commentant ces versets saint Jean Chrysostome dit que la venue de Jésus « sera une grande tribulation, à cause de la grande multitude des maîtres de l’erreur ; mais elle ne durera pas longtemps[2]. » L’Antéchrist, aux discours : mielleux, trompeurs et pour finir homicides, précédera sa venue ainsi que de faux prophètes… C’est ainsi que l’Evangile de saint Matthieu rapporte ces paroles du Seigneur : « Prenez garde que personne ne vous égare. Car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi le Christ’ ; alors ils égareront bien des gens[3]… » Mais revenons au texte : « Le soleil s’obscurcira ». Pourquoi ? Saint Jérôme répond à cette question en disant : « A l’apparition de la vraie lumière, tout le reste paraîtra ténébreux[4]… » Qui sont les puissances célestes dont on nous dit qu’elles seront ébranlées ? Il s’agit des anges et des esprits bienheureux. Devant le Christ en majesté ils apparaîtront pour ce qu’ils sont : des êtres de lumière pour les hommes, de belles mais simples créatures devant le Créateur… En effet, ils ne font que recevoir de Dieu la lumière qui semble émaner d’eux.

“Je reviendrai vous prendre avec moi, afin que, là où je suis, vous soyez vous aussi”

« Et alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec beaucoup de puissance et de gloire. Et alors il enverra ses anges et il rassemblera ses élus des quatre vents, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel. » Il nous faut maintenant définir les notions de Fils de l’homme et de nuée afin de comprendre la portée de ce texte. L’expression « le Fils de l’homme »  vient du mot hébreu : Ben-adam ou ben-enosh qui désigne les membres de la race humaine. Les commentateurs précisent que ce mot contient une nuance de faiblesse. Durant l’exil à Babylone, au contact des païens, ce mot prendra un sens nouveau et désignera l’homme libre de condition supérieure. Dans le livre de Daniel[5] ce mot prendra tout son sens. Le Fils de l’homme est roi, il a été annoncé par les prophètes et a reçu pouvoir sur toutes les nations de la terre…

La nuée accompagne les manifestations divines[6]. La nuée nimbe le Christ lors de sa Transfiguration et le cache lors de son Ascension[7]. Aussi lors de son retour glorieux, le Christ reviendra dans la nuée. C’est ce qui fait dire à saint Grégoire le Grand : « Les hommes verront dans sa puissance et sa majesté celui qu’ils n’ont point voulu écouter dans son abaissement[8]… »

« Et alors il enverra ses anges et il rassemblera ses élus des quatre vents, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel. » Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu commande à ses anges de rassembler[9] les Juifs de la Diaspora. Ici Jésus annonce que tous les élus seront rassemblés pour entrer en pleine communion avec Dieu : « Je reviendrai vous prendre avec moi, afin que, là où je suis, vous soyez vous aussi[10]» Jésus veut que nous soyons toujours prêts, en tenue de service, pour l’accueillir. Il veut nous préparer à rester fermes et fidèles dans la foi pour faire face aux événement avant-coureurs de la fin des temps, ainsi qu’aux aux discours des faux prophètes. Il veut nous aider à ne pas céder au découragement, afin que nous continuions à l’aimer et à espérer.

“Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas”

Afin d’illustrer son enseignement, Jésus va établir une comparaison entre le figuier et son avènement glorieux. « Du figuier, apprenez cette comparaison. Dès que sa branche devient tendre et que poussent ses feuilles, vous comprenez que l’été est proche. Ainsi de vous : lorsque vous verrez cela arriver, comprenez qu’il est aux portes. » Le figuier est un des arbres qui symbolisent l’abondance, la sagesse et la connaissance, notamment de la Thora. Dans l’Ancien Testament, il symbolise l’été et la récolte, mais aussi l’annonce de la fin des temps, de la délivrance finale et du jugement dernier[11]. Saint Grégoire le grand de commenter en disant : « Ceux qui aiment Dieu doivent donc accueillir la fin du monde avec joie et allégresse, puisqu’ils doivent bientôt rejoindre Celui qu’ils aiment (…) Le fidèle qui désire voir Dieu ne doit donc pas s’affliger de tout ce qui ébranle ce monde, puisqu’il sait qu’il doit finir sous ces coups[12]… »

« En vérité, je vous dis que cette génération ne passera pas avant que tout cela ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. » Arrêtons-nous, si vous le voulez bien, sur le mot génération. En hébreu, ce mot exprime le lien, la solidarité qui unit des hommes entre eux dans la bénédiction ou dans le péché. L’homme naît dans une génération ; il en hérite les bénédictions et les promesses divines, mais aussi le péché des générations précédentes. C’est ainsi que Jésus dans l’Evangile de saint Matthieu[13] dénonce la « génération perverse et dévoyée », spécialement les Pharisiens que parfois, il qualifie d’« engeance de vipères ». Ceux qui adhèrent au Christ sont par le baptême nés de Dieu[14] et appartiennent à une génération nouvelle purifiée dans le sang de l’Agneau.

« Quant à ce Jour et à cette Heure-là, personne ne les sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais seulement le Père. » Cette ignorance du Christ, aussi surprenante soit-elle, est le signe de son abaissement pour nous sauver. En effet, Jésus le Verbe de Dieu sait tout mais par amour de nous et pour notre salut il veut vivre en toute chose notre condition d’homme, afin qu’unis à lui nous apprenions à vivre la confiance totale au Père. Saint Jérôme dit que Jésus souhaite que ses disciples ignore l’heure de sa venue afin qu’ils « vivent chaque jour comme s’ils devaient être jugés le lendemain[15]…» Que peut-on tirer de ce texte pour nous aujourd’hui ? Le Seigneur nous dit n’ayez pas peur. Le monde passe mais mes paroles demeurent. Unis à lui et à son Eglise nous ne craignons rien. Etre toujours prêts est l’état d’esprit, la disposition de cœur et d’âme qu’il attend de nous, afin que lorsque le soleil s’obscurcira, nous puissions sans nous troubler l’accueillir Lui le Vrai Soleil sans déclin.

Bon dimanche à tous.

Pod

[1] Rm, 5, 3-5.

[2] Homélie 79 sur l’évangile selon saint Matthieu, 3.

[3] Mt, 24.

[4] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, V.

[5] 7, 13-14.

[6] Gn, 9, 13 et Ex, 19, 9.

[7] Ac 1 ,9

[8] Homélie I sur les péricopes évangéliques, 2.

[9] Ps 18, 11 et 104, 4 ; Dn 7, 10.

[10] Evangile selon saint Jean, 14, 3.

[11] Jl 4, 17 ; Am 8, 1; Is 28, 4 ; Jr 8, 20.

[12] Homélie IV sur les péricopes évangéliques.

[13] Mt 12, 34 et 23, 33.

[14] Idem.

[15] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, V.

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