Dans le monde sans en être

“Et vous aussi mes frères”

(c) P. Lafontan – Scouts d’Europe

Il est de ces formules, apprises mécaniquement, répétées machinalement, dont le sens finit par s’échapper… et réapparaître. Ainsi en fût-il pour moi récemment de cette petite phrase anodine du Confiteor.

“C’est pourquoi je supplie la Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi mes frères, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.”

Et vous aussi mes frères…

Je viens de me reconnaître pécheur, j’implore la miséricorde de mon Sauveur, suppliant sa Mère, ses anges et ses saints de lui porter et de défendre ma cause. Les plus hautes autorités du Ciel sont invoquées. Et tout soudain, ce “mes frères”. L’homme dans sa plus haute simplicité. L’homme dont le seul titre de gloire est de partager la filiation d’un Dieu-Père.

Cet homme, là, sur la chaise d’à côté. Cette femme, là-bas, dans la chapelle. Cette famille, en face. Ce couple âgé, au premier rang. Ces hommes et ces femmes, mes frères et mes sœurs, dont la prière, bien imparfaite à côté de celles des saints, est pourtant requise.

Mais non pas seulement des hommes. Des frères et des soeurs. Pas seulement cette amie que tu retrouves tous les dimanches avec plaisir sur le parvis. Aussi cet inconnu, jamais vu auparavant, connu ni d’Ève ni d’Adam. Mon frère, ma soeur. En Christ. “Quand deux ou trois sont réunis en mon nom…” Des frères, le Christ : une Eglise. Mon Eglise.

La prière adressée à Dieu change de vecteur. Je ne demande plus l’intercession de l’Eglise triomphante, dont les vertus lui ont acquis la grâce de Dieu. Je demande celle de l’Eglise militante, dont la foi, l’espérance et la charité lui valent l’oreille et le cœur de Dieu. Une Eglise d’hommes, une Eglise imparfaite, une Eglise sainte, une Eglise de déglingués.

Je reconnais devant mes frères…

J’implore la prière de mes frères… Mais je suis moi aussi le frère de mes frères : eux aussi implorent ma prière. Moi, le pécheur, on m’implore, on me “supplie” d’intercéder. Ces frères, devant qui je viens de reconnaître ma faute, me “supplient” de prier pour eux. Malgré ma faute. Ou peut-être à cause de ma faute, à cause de cette tare universelle du péché, qui nous abaisse autant qu’elle nous élève.

Pêcheur, je prie pour des pêcheurs. Et je supplie des pêcheurs de prier pour moi, pêcheur. Unis par cet état, mais aussi et surtout par une commune espérance en Celui qui a pouvoir de nous laver de cette tache, ce Dieu qui s’est fait notre frère.

Alors avant de regarder d’un peu haut ce nouveau paroissien ou ce gamin qui braille, souvenons-nous qu’il y a un instant, nous le suppliions de prier pour nous. Et que dans un instant, nous allons partager avec lui la paix.

Le pape François nous a donné l’exemple : à peine élu, il a fait prier en silence toute la place Saint-Pierre pour son prédécesseur et pour lui-même… A nous de prier pour nos frères et sœurs d’un dimanche, puisqu’ils nous supplient!

FPitois

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