Dans le monde sans en être

Salafiste n’est pas terroriste !

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Fermer les mosquées prêchant un islam « radical » et perquisitionner les salafistes, voilà la solution du gouvernement pour lutter contre le terrorisme de Daesh sur le territoire français.

“Nous avons un ennemi, et il faut le nommer : c’est l’islamisme radical. Et un des éléments de l’islamisme radical, c’est le salafisme” Manuel Valls

Depuis la proclamation de l’état d’urgence plus de 1 200 perquisitions ont eu lieu. Tout “barbu” (ou presque) ayant une femme voilée et étant investi de près ou de loin dans une mosquée dite “radicale” y a eu droit. Les policiers déboulant en grand nombre, armes et boucliers en main, défonçant les portes, renversant les meubles. Parfois en pleine nuit, parfois devant les enfants.

Certains se réjouissent que le gouvernement prenne enfin les choses en main et se confronte au « problème » de l’islam.

Mais le point commun des terroristes qui ont frappé notre pays ces dernières années est qu’ils n’étaient pas insérés dans ces communautés salafistes !

Alors pourquoi ces perquisitions ? Espérons qu’il ne s’agisse pas d’un simple opportunisme électoral, espérons qu’il ne s’agisse pas seulement de trouver un bouc émissaire, de faire croire que l’on contrôle la situation.

Attention, il ne s’agit pas de dire que le salafisme ne pose pas de problème. Le frère dominicain Adrien Candiard, dans un récent article sur sa page Facebook (ici) pointe très bien les dangers inhérents au salafisme. Le salafisme relève en effet du dogmatisme et du rigorisme. Dogmatique, car son rapport au Coran est d’une telle verticalité que l’interprétation ne peut être que littérale et que tout effort théologique et philosophique est étouffé. Rigoriste, car sa morale se réduit à une liste de permis/défendu étouffant tout élan spirituel. Il y a donc un véritable problème avec le salafisme. Mais on ne lutte pas contre le dogmatisme et contre le rigorisme avec des perquisitions ! Que faut-il donc faire pour répondre à cet islam simpliste, caricatural et étouffant ?

  • Favoriser l’émergence d’intellectuels musulmans. Aucune ignorance n’est bonne. Il faut donc encourager toutes les études islamiques. On a beaucoup d’islamologues – étudiant le phénomène social de l’islam –, mais l’on manque affreusement de théologiens musulmans ! Il faut mettre de la pensée là où il n’y a que récitation dogmatique.
  • Éduquer la jeunesse. Si vous regardez de près l’argumentaire des salafistes (cf. notre article “Islamisme, éducation et évangélisation“) vous serez affligés par son indigence. Et pourtant : ça marche. Beaucoup de jeunes se convertissent. C’est donc qu’il y a une grande indigence intellectuelle de notre jeunesse.
  • Évangéliser les musulmans. “Car il n’y a sous le ciel aucun autre nom [que le nom de Jésus] qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés.” (Ac 4,12). En tant que chrétiens, nous avons une immense responsabilité quant au salut des musulmans.

Une fois clarifié le problème du salafisme, il faut le distinguer du problème du terrorisme islamique. Prenons l’exemple de Rachid Abou Houdeyfa, imam à Brest (cf. l’article de Libé). Ce prédicateur, très présent sur youtube, est un pur exemple du salafisme étouffant pour la raison et pour le cœur. Il suffit d’écouter 30 secondes de ses prêches pour s’en convaincre. Et pourtant, tout fondamentaliste qu’il est, il a condamné, en janvier et en novembre, les attentats de Daesh en France, au point qu’il fait même l’objet d’une menace de mort de la part de Daesh.

Voyez, le plus étroit de nos imams radicaux est en réalité un ennemi de Daesh. Le salafisme français, ce que Valls appelle les « mosquées radicales », est en effet un « salafisme quiétiste » refusant absolument la voie « jihadiste » prônée par Daesh. Les « jihadistes » ne sont pas les bienvenus dans les mosquées radicales de salafistes français, ce n’est pas là qu’on les trouve ! Un des points communs des terroristes ayant frappé la France est qu’ils n’étaient pas intégrés dans les mosquées françaises, même dans les mosquées salafistes !

Certes, le dogmatisme peut conduire au fanatisme. Certes le salafisme peut conduire au jihadisme, il y a un fond idéologique commun aux deux (fond qui consiste en fait en un certain renoncement à la pensée critique). Certes la dissimulation est une des stratégies des terroristes. La vigilance est donc de rigueur, et quand il le faut, selon un cadre légal précis, la police doit perquisitionner, surveiller, etc.

Certes, mais il serait absurde de faire de tous les dogmatiques des terroristes, de tous les salafistes français des jihadistes ! L’immense majorité des salafistes français, tout dogmatiques et rigoristes qu’ils soient, derrière des signes communautaires forts (barbe, voile intégral, …) vivent en citoyens paisibles : métro, boulot, dodo. Ils sont mariés, ont des enfants, travaillent pour nourrir leur famille, paient leurs impôts. Or ce sont ces salafistes lambdas, certes dogmatiques mais pas le moins du monde terroristes, qui depuis quelques jours subissent des perquisitions violentes et injustifiées.

Il me semble donc qu’il est de notre devoir de dénoncer la manière dont ces musulmans sont actuellement traités. On peut n’être d’accord avec eux sur rien et pourtant aujourd’hui prendre leur défense ! Prions pour eux, signifions leur notre solidarité. Leurs barbes et leurs voiles peuvent ne pas être à notre goût, cela n’autorise cependant pas à en faire nos boucs émissaires.

Quelle sera la conséquence de cet amalgame entre dogmatiques (salafistes) et fanatiques (jihadistes) ? Une division croissante entre français musulmans et français non-musulmans. C’est exactement ce que veut Daesh.

Encore une fois, il ne s’agit pas de donner dans l’angélisme et de croire que les mosquées radicales sont de hauts-lieux de spiritualité et de théologie. Il s’agit simplement de distinguer les problèmes. Fermer les mosquées dites radicales ne résoudra ni le problème du terrorisme (car les jihadistes ne sont pas là), ni le problème du salafisme (car c’est seulement par une politique éducative et une politique sociale digne de ce nom que l’on luttera contre le fondamentalisme). Une pensée et une pratique religieuse, si étroites soient-elles, ne sont pas un délit !

Il faut dénoncer, traquer et arrêter l’ennemi.

Mais faut-il encore ne pas se tromper d’ennemi.

Antoine

Pour aller plus loin :

L’entretien de Alain Finkielkraut avec Pierre Manent au sujet de son récent essai, Situation de la France, dans lequel il prône l’intégration politique des musulmans.

La Croix“Les musulmans face à l’islamisme. Dissoudre les mosquées radicales, un vrai casse-tête”.

Le Monde, “Pourquoi il ne faut pas confondre le salafisme et le takfirisme“.

L’Express, “Pourquoi il ne faut pas confondre djihadistes et salafistes“.

 

4 réponses à “Salafiste n’est pas terroriste !”

  1. Entr'aperçu

    Je ne comprend pas la notion de “salafisme quiétiste”. Elle me semble oxymorique.

  2. Vieil imbécile

    Je suis bien d’accord avec le point central : en mettant l’accent sur le mal dans l’islam, on radicalise ; alors qu’en en montrant les beautés, on adoucit. Nous sommes tous pareils : accusés d’être des salopards et de porter sur nos frêles épaules la responsabilité de tous les malheurs du monde, nous avons tendance à faire croître en nous notre moi belliqueux 🙂
    Dans une société qui compte la liberté dans ses fondamentaux, il y a quand même un point qui ne me semble pas “négociable” pour pouvoir qualifier d'”acceptable” l’islam : que celui-ci (ou certains de ses courants…) reconnaisse à tout musulman la possibilité de le quitter. Sans cela, le hiatus me semble trop prononcé pour envisager une cohabitation sereine.

  3. abu madikera

    Comment Est-ce possible qu’en 2015 , des gens de votre “hauteur” ne puissent comprendre l’islam au delà des poncifs digne des beaux temps de la colonie .
    On ne peut ne pas être d’accord avec l’islam mais il faudrait avoir l’honnêteté de l’expliquer sans le déformer .
    Le salafisme n’est autre que l’islam orthodoxe , donc l’islam du juste milieux qui se base sur l’interprétation non pas passionnelle de l’islam , mais méthodique .
    La porosité entre salafis de France et gamins de daesh est comparable à celle qui existerait entre les partisans de chambre à gaz et vous .
    Les salafi veulent pratiquer l’islam comme il se doit non pas comme valls ou autres le voudraient : cela fait-il d’eux des extrémistes ?
    Salafi vient du terme salaf en arabe qui renvoie aux anciens , aux pieux prédécesseurs : Donc rien de nouveaux , puisque toute connaissance religieuse revient sur ses fondements pour appréhender le présent .
    – le jihadisme n’existe pas : c’est une dérive sémantique occidentale .
    Daesh et autres groupes ne pratiquent pas le jihad en conformité avec l’islam , mais la terreur .
    Le jihad militaire est un concept dont le socle est l’état musulman appliquant les lois de l’islam dans sa totalité .
    Daesh n’a aucune compétence étatique musulmane . il n’y a donc pas jihad .

    ps : je suis musulman ,orthodoxe donc pas terroriste .

    fraternellement .

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