Dans le monde sans en être

Dieu règne

En instituant la fête du Christ Roi par l’encyclique Quas primas, le Pape Pie XI motivait sa volonté par le fait qu’il constatait déjà que « ce débordement de maux sur l’univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique… » Avec la promulgation du Missel dit de Paul VI, cette solennité jusque-là célébrée le dernier dimanche d’octobre a trouvé naturellement sa nouvelle place, le dernier dimanche de l’année liturgique, faisant d’elle, selon le mot du Pape Benoît XVI : « le couronnement de l’année liturgique ».

En ces jours tragiques où le sang a coulé à Paris, l’Eglise en célébrant le Christ Roi de l’Univers nous redit le devoir impérieux que nous avons de rappeler au monde les droits de Dieu. En effet, l’affirmation des droits de Dieu permet de fonder de manière absolue la dignité de l’homme et de définir ses authentiques droits et devoirs. Comme créature nous avons des devoirs envers lui et les uns envers les autres.

Le non-respect ou la restriction, même par un Etat, des droits inhérents à notre dignité est une négation de notre humanité

Affirmer les droits de Dieu nous permet de comprendre que l’homme possède une dignité intrinsèque à sa condition car nous sommes créés à son image et comme à sa ressemblance. L’homme est une créature voulue pour elle-même, dotée d’un corps et d’une âme. Nous sommes des êtres de relations, créés  libres et intelligents, faits pour le vrai, le bien et l’union à Dieu. Le non-respect ou la restriction, même par un Etat, des droits inhérents à notre dignité est une négation de notre humanité et par conséquent de Dieu lui-même… In fine, cette négation tend à nous faire croire que nous ne sommes qu’un animal comme les autres…

Mais venons-en à notre Evangile : « Lorsque Jésus comparut devant Pilate… » Un prétoire, quel étrange lieu pour parler de la royauté universelle du Christ. Afin que nous apprenions à nous détourner de nos rêves de gloire, Jésus a voulu que sa royauté soit proclamée au cour d’une parodie de procès, devant un païen, et que son triomphe soit manifesté sur la croix. Commentant ce verset Origène dit : « Celui qui a été établi par le Père juge de tous les êtres vivants était donc là devant cet homme. Il accepte cette humiliation et il répondra aux questions ironiques que Pilate lui posera[1]… » Qui est Pilate ? Selon les sources historiques, nous pouvons dire que Ponce Pilate appartenait à l’ordre équestre de la hiérarchie romaine. Il est le sixième procurateur de Judée, d’Idumée et de Samarie. Comme procurateur, il détenait le pouvoir administratif suprême, l’imperium qui lui donnait une grande autonomie dans son gouvernement. Il avait le droit de condamner à mort et celui de gracier. En outre, on sait qu’il était violent et insensible aux juifs et à leur culture.

C’est donc comme détenteur du pouvoir judiciaire qu’il interroge Jésus : « Es-tu le roi des Juifs? » Commentant cette question Théophilacte dit : « Sa question n’était pas sans doute exempte d’ironie. Il semblait lui dire : ‘C’est donc toi, pauvre, humilié, dénué de tout, qui est accusé de prétendre à la royauté[2]…’ » Oui c’est lui notre roi pauvre, humilié … En vrai fils d’Israël, Jésus lui répond par une autre question : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ? » Par cette question, Jésus sonde le cœur fuyant de Pilate pour savoir s’il reconnaît effectivement sa royauté ou s’il répète les propos de ceux qui l’ont conduit jusqu’à lui. Jésus lui demande, comme à chacun de nous, d’aller jusqu’au bout de son raisonnement, de vérifier ses sources et d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Sans mérite de notre part, nous sommes constitués en un peuple de prêtres, de prophètes et de rois…

Toujours fuyant et ne voulant pas se déterminer devant le Christ, Pilate botte en touche en demandant au Seigneur : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Son heure étant venue et devant cette dérobade qui inclut un grand nombre des nôtres, Jésus va révéler en vérité qui il est : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici.» Commentant ces versets saint Augustin dit : « Voilà la vérité que notre Maître veut que nous sachions. Mais il fallait auparavant détruire la fausse opinion que l’on pouvait avoir au sujet de la royauté qu’il s’attribuait. Il fallait établir que sa royauté ne pouvait occasionner aucun ombrage, et que s’il mourait, ce n’était pas pour avoir prétendu à une royauté temporelle (…) Il avait déjà annoncé que ce royaume serait formé de tous ceux qui croiraient en lui : il avait dit à ses disciples : ‘Vous n’êtes pas de ce monde, comme moi-même je ne suis pas de ce monde[3].’ »  Pourtant ayant aimé ce monde jusqu’au bout, il veut que nous y restions.

Toujours à propos de ces versets saint Jean Chrysostome déclare que «  les royaumes de la terre tirent leur force de l’obéissance de leurs sujets et de leurs soldats : son royaume qui n’est que faiblesse tire sa force d’une source plus haute[4]. » En paraphrasant un psaume je dirai : notre force n’est pas dans le nombre de chars et de chevaux, mais dans le Nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Nous n’avons aucun privilège à conserver, notre royaume n’est pas de ce monde. Avec saint Augustin nous pouvons dire : « Toutes créatures qui demeurent dans le péché d’Adam forment le monde ; tous ceux qui reçoivent la naissance nouvelle dans le Christ constituent ce royaume qui n’est pas de ce monde[5] » Comme dans l’Evangile de la semaine dernière, nous nous souvenons que ceux qui adhèrent au Christ sont par le baptême nés de Dieu et appartiennent à une génération nouvelle purifiée dans le sang de l’Agneau. Sans mérite de notre part, nous sommes constitués en un peuple de prêtres, de prophètes et de rois… Ce qui nous demande d’être témoins de notre Dieu dont la royauté n’est pas de ce monde.

« Ne laissons pas la pensée unique, l’humanisme, prendre la place de Jésus et détruire l’identité chrétienne. »

Passant de l’ironie à la sincérité, mais sans encore entrer dans la vérité, Pilate dit : « Alors, tu es roi ? » Et Jésus de répondre : « C’est toi qui le dis : je suis roi. Moi, c’est pour cela que je suis né, et c’est pour cela que je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix… » Désormais Pilate sait. Il lui faut faire le choix de la vie ou de la mort… Alors que nous vivons des temps difficiles où l’on tue au nom d’une idéologie, d’une fausse idée de Dieu, où la vérité est souvent niée et donc n’est pas recherchée, où le relativisme semble triompher, le Christ notre roi nous invite à vivre en témoins de la vérité. Pour qui ? Pour les hommes de bonne volonté. Pourquoi ? Afin qu’ils puissent chercher la vérité et écouter sa voix  Comment ne pas faire un lien avec le Prologue de ce même Evangile ? : « Le Verbe était la vraie Lumière (…) Il était dans le monde,
et le monde était venu par lui à l’existence,
mais le monde ne l’a pas reconnu (…) A tous ceux qui l’ont reçu,
il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu (…) Et le Verbe s’est fait chair,
il a habité parmi nous,
et nous avons vu sa gloire,
la gloire qu’il tient de son Père
comme Fils unique,
plein de grâce et de vérité. »

Ce lundi, le Pape François nous mettait en garde : « Ne laissons pas la pensée unique, l’humanisme, prendre la place de Jésus et détruire l’identité chrétienne. » C’est du Christ dont notre monde a tant besoin dans cette « guerre » d’un genre nouveau. Si nous demeurons fidèles aux promesse de notre baptême en vivant en enfants de lumière, alors le règne de Dieu est tout proche et nos frères les hommes par-delà les ténèbres verront la vraie lumière : Jésus notre Sauveur et notre Roi de paix.

Bonne fin d’année et bon dimanche à tous.

Pod

[1] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu,118.

[2] Commentaire de l’évangile selon saint Luc.

[3] Tractatus in Johannis evangelium, CXV).

[4] Homélie LXXXIII, sur l’évangile selon saint Jean.

[5] Idem 3.

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