Dans le monde sans en être

Ainsi soient-ils : faire l’autruche ou évangéliser ?

En saison 3, un nouveau conclave permet l’élection du plus conservateurs des cardinaux… évidemment !

« Soyez toujours prêts à répondre de l’espérance qui est en vous, faites-le avec douceur et respect » (1 P 3,15)

Ce soir sont diffusés les deux derniers épisodes d’Ainsi soient-ils sur Arte, dont l’audience est restée stable en saison 3 : 870 000 téléspectateurs puis 826.000 jeudi dernier. Après 24 épisodes et notre initiative en éclairage www.ainsisoientils.com, l’heure est au bilan.

Premier élément : une série que certains journalistes décrivent comme « une imposture »

Ainsi soient-ils se veut porter « un regard humaniste » sur l’Eglise. Mais prétendre donner une vision réaliste de l’Eglise à travers ce prisme, c’est toute l’ambiguité de cette série. En montrant que 2/5 des séminaristes sont homosexuels, que la totalité des religieuses sont stupides, que le pape est un vieux chnoc sénile, que les évêques ne pensent qu’au pouvoir et les prêtres qu’au sexe – éclate aussi une affaire de pédophilie – la série est une belle caricature, digne des plus belles caricatures sur l’Eglise 1 Lire à ce sujet l’excellent dernier numéro d’Histoire du Christianisme Magazine, Caricatures, le sacré en procès. L’exemple le plus frappant de la saison 3 est la déclaration d’amour de Soeur Antonietta au Père Abel, avec la prière de Charles de Foucault, en lui tenant la main : « Père, mon père, je m’abandonne à toi, fait de moi tout ce qu’il te plaira ». Tout le reste est à l’avenant. Les affiches de la série (l’une d’elle montre une Sainte Vierge maculée de sang) n’ont d’ailleurs trompé personne.

Deuxième élément : une série dont on connaît désormais l’inspirateur

Un prêtre ayant quitté le sacerdoce au bout de 6 mois pour vivre « librement sa sexualité » est à l’origine de cette série. Communicant et spécialiste du cinéma, son histoire se retrouve tout au long des épisodes, à travers le personnage de Guillaume, séminariste homosexuel devenu prêtre en saison 3. Originaire de Tours, formé au séminaire des Carmes, il aurait mal supporté que deux de ses amis soient renvoyés du séminaire…

Troisième élément : une série qui a bénéficié de nombreux soutiens au sein de l’Eglise

Du moins dans un premier temps : d’abord, la série a reçu en 2012 le prix du film international catholique à Rome au festival Mirabile dictu, fondé par Liana Marabini, sous le haut patronage du Conseil pontifical pour la culture. Mais le jury n’ayant vu que les deux premiers épisodes, le prix a été retiré à la suite… D’autres soutiens, essentiellement dans le diocèse de la Rochelle, qui a accueilli toute l’équipe et prêté ses églises pour le tournage. (La chapelle du séminaire des Capucins est en revanche la chapelle des Spiritains à Paris, comme nous l’a révélé un internaute.) Enfin, on trouvera au générique un curé de deux paroisses dans le diocèse de Nanterre, officiellement « conseiller religieux » de la série…

Quatrième élément : une série qui n’a pas bénéficié du soutien de la presse chrétienne

La presse chrétienne a vu juste dans son ensemble, à l’exception notamment de Pèlerin (note maximale en saison 3) et de La Croix, où la rédaction semble divisée. Mention spéciale à Famille chrétienne qui, sous la plume de Gabrielle Cluzel, avait deviné dès 2014 qu’une affaire de pédophilie éclaterait en saison 3 !

Cinquième élément : notre initative a reçu un accueil mitigé

« A quoi bon se battre puisque la série ne marche pas », ou encore « on n’est pas loin de la réalité ». A gros traits, sur une telle série, les influenceurs catholiques – dont aurait tort de sous-estimer la force de frappe médiatique, en particulier sur les réseaux sociaux – se classent en trois catégories :

  • ceux qui estiment qu’il vaut mieux ne rien dire pour ne pas lui faire de publicité (que l’audience soit en légère baisse leur convient…)
  • ceux qui pensent que la série est réaliste (mais qui, souvent, ne l’ont pas vue !
  • ceux qui croient qu’il faut au contraire en profiter pour évangéliser

Le temps est loin du statu quo des catholiques à l’égard des anti-cléricaux, qui ont l’habitude de ce se cacher derrière de nombreux paravents, comme le rire… ou le drame, au nom de la liberté d’expression. Depuis plusieurs années déjà, dans un monde où tout s’accélère et où le temps médiatique est de plus en plus réduit, il faut prendre conscience que l’Eglise est entrée en communication de crise permanente, par intermittence.

De nombreux phénomènes éclatent régulièrement ça et là et s’en prennent à différents symboles, quand ce n’est pas aux personnes elles-mêmes (dans Ainsi soient-ils, l’archevêque de Paris est clairement visé – tout comme est clairement citée la chaîne KTO sur laquelle le fameux Père Abel « tient une crhonique quotidienne »). C’est un mouvement inquiétant parce qu’il ne trouve devant lui aucun obstacle qui l’aide à se modérer lui-même, pour reprendre les mots de Tocqueville. A cet égard, le cri du cœur qu’avait un jour poussé Mgr Vingt-Trois, « Faut-il retourner dans les catacombes ? », résonne avec une actualité particulière. Malheureusement, avec Ainsi soient-ils, nous sommes loin des doses « homéopathiques », puisqu’en moyenne, presque 1 million de personnes ont été « sensibilisées » à chaque épisode. Il s’en est ressenti directement un certain anti-cléricalisme dans les réseaux sociaux, ainsi avons-pu nous lire des tweets comme « corruption, sexe, hypocrisie… l’Eglise dans toute sa splendeur », de la part d’internautes qui ne semblent pourtant pas habituellement investis sur ce terrain !

Comme le disait Saint Augustin : « à force de tout voir on en vient à tout supporter, à force de tout supporter, on en vient à tout accepter. » La tentation est grande de faire de l’Eglise un camp retranché, sans rendre compte de l’espérance qui est en nous. Aussi notre réponse ne peut être le silence, mais, comme dans toute communication de crise, l’explication. C’est ce que nous avons cherché à faire, dans un premier temps, avec notre site, aujourd’hui numéro 2 dans Google, ce qui assure de récupérer mathématiquement un petit pourcentage de l’audience d’Arte. Ainsi notre rubrique « Questions et débats » passe en revue toutes les questions soulevées dans la série, y compris celles relatives à la pédophilie, mais aussi, plus récemment, « L’Eglise en vrai ». Cette dernière gagnerait à être enrichie d’autres vidéos pour les non-croyants, dans la perspective des (re)diffusions de la série : avis aux amateurs !

Sixième élément : la série va pourtant avoir une seconde vie

Diffusée simultanément en France et en Allemagne, Ainsi soient-ils a déjà été vendue à d’autres pays comme l’Italie ou même les Etats-Unis. Selon nos informations, elle est déjà commandée dans certaines bibliothèques de France alors que le DVD des 3 saisons sort aujourd’hui… Nous ne pouvons donc pas nous contenter de l’arrêt de la série. Et nous devons nous saisir encore de cette opportunité pour davantage témoigner, évangéliser, annoncer la miséricorde, et rejoindre ainsi ces périphéries dans leur relation à l’Eglise, et donc in fine, au Christ.

Septième élément : trouver les conditions d’un dialogue serein et respectueux

Loin des techniques de com’, des polémiques stériles ou des débats sans fin, nous avons cherché aussi, en coulisse, le dialogue. Il n’a jamais été question, bien sûr, d’entrer dans une confrontation stérile avec les auteurs de la série, mais bien au contraire, d’essayer d’entrer en dialogue avec eux. Ce que nous avons essayé, depuis le début, avec notre équipe, avec plus ou moins de succès : en saison 1, sur notre invitation, l’un des acteurs principaux a accepté de passer trois jours en immersion complète dans un séminaire, dans le but avoué de prendre conscience de la réalité. Une expérience dont il s’est dit ravi mais qui ne lui a malheureusement pas permis de mettre de l’eau dans son vin (difficile aussi de renoncer à un tel rôle sur une chaîne publique !). Nous avons également eu des contacts avec deux des scénaristes de la série, dont l’un a abouti sur une discussion sérieuse, qui s’est malheureusement soldée, au bout de deux ans, par une menace d’avocats, en milieur de saison 3 (et Dieu sait si pourtant, nous avons tenté ce dialogue !). Cependant, nous ne désepérons pas de pouvoir rencontrer tel ou tel membre de l’équipe, de la production ou d’Arte, un jour ou l’autre. En ce sens, des journalistes pourraient encore nous apporter une précieuse aide en organisant un débat apaisé.

Huitième élément : le travail collectif

S’il y a bien un point postif à cette aventure, c’est le travail collectif, en équipe, organisé autour de différents pôles. Ainsi, sur la saison 3, nous avons été plus d’une quinzaine de personnes à travailler ensemble. Au final, il est assez difficile de dire combien de personnes au total ont collaboré aux 150 articles publiés sur notre site, sans parler non plus des nombreux partenariats éditoriaux, comme celui noué ces jours-ci avec Vicken productions pour diffuser 16 minutes exclusives de leur film sur les carmélites du Mont des Oliviers. Autre exemple, rien que pour la réalisation de cette vraie-fausse émission « Pas d’accord » (ci-dessus), nous avons organisé deux séances de créativité réunissant une dizaine de personnes à chaque fois ! Et quel plaisir de travailler ainsi pour l’annonce du Christ, comme nous l’avions fait, aussi, en ce temps, avec Inquisitio sur France 2 ! Ce pourquoi d’ailleurs, nous sommes sur le point de mettre en œuvre un projet d’association 100% dédiée à l’évangélisation des non-cathos, à laquelle nous réfléchissons, comme d’autres, depuis déjà très longtemps, et nous reviendrons, je l’espère, vous en reparler ici. En attendant, n’hésitez pas à nous rejoindre et à nous suivre dans les réseaux sociaux ! 

Jean-Baptiste Maillard

Notes :   [ + ]

1. Lire à ce sujet l’excellent dernier numéro d’Histoire du Christianisme Magazine, Caricatures, le sacré en procès

3 réponses à “Ainsi soient-ils : faire l’autruche ou évangéliser ?”

  1. Manuel Atréide

    C’est décidément triste de voir à quel point une partie des catholiques joue au père la vertu. Cette série est bourrée de défauts, c’est vrai. Mais demandez d’une série télé (une oeuvre de fiction, hein, pas un documentaire ou un bouquin comme l’excellent Horsain de B. Alexandre) une vision complète, juste, précise et totalement fidèle à la réalité, c’est être à coté de ses pompes. 3 saisons, 24 épisodes en tout. C’est de ce cadre là dont on parle.

    En face de cela, j’apprends qu’il y a eu un site dédié à la critique de cette oeuvre de fiction, rassemblant 150 articles – environ 6 papiers par épisodes – écrits par une quinzaine de personnes. Wow, impressionnant. Tout ça pour une série ? Une série télé ?

    A un moment, il faudra que cette partie des catholiques français fasse une petite introspection sur ses obsessions, ses angoisses existentielles, sa manière de voir le monde et surtout son envie de l’imposer à toutes et tous. Heureusement, il y en a d’autres, bien d’autres qui vivent et pensent différemment de vous. Si on vous écoutait, vous feriez de cette foi une chose totalement dépendante de votre vision de la société. Alors que le catholicisme se veut universel et vit dans des dizaines de pays aux cultures fort différentes.

    Vous devriez, peut être, un jour réfléchir à ce que vous faites de Dieu dans votre logique. Est-il encore le créateur, libre, ou l’avez vous, lui aussi, instrumentalisé au profit de vos idées sociales, sociétales et économiques ?

    En lisant votre prose, c’est la question que je me pose.

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