Dans le monde sans en être

La gloire et la croix

velasquez

De nouveau, nous voici à la suite de Jésus en Galilée. Dimanche dernier, le Seigneur interrogeait les Douze : « Pour les gens qui suis-je (…) et vous que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » Par cette question Jésus attend de nous bien plus qu’un acte d’intelligence.  Il veut susciter en nous un acte plus profond, il demande notre adhésion. Pierre répond : « Tu es le Messie ». Nous le savons, cette réponse fort juste est loin de dire la totalité du mystère qu’est Jésus. C’est pourquoi, lorsque Jésus annonce pour la première fois sa passion, sa mort et sa résurrection, Pierre refuse de tout son être l’idée que le Messie puisse souffrir et mourir. Devant ce refus, Jésus prend vivement Pierre à partie : « Arrière Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes… »

Au passage, nous pouvons admirer la belle pédagogie divine. Jésus a pris soin de nous aider a discerner entre ce que l’on dit de lui (les gens) et ce que nous disons et croyons de lui… L’altercation avec Pierre participe de cette pédagogie. Jésus invite ses disciples à vivre selon la loi de Dieu et non pas selon les idées du monde… De cette réponse personnelle à la question de Jésus découle toute notre vie… et une suite plus radicale aussi. Jésus nous invite à comprendre que si le Messie triomphe de nos ennemis, il ne s’agit pas des ennemis temporels, mais d’adversaires bien plus grands : le péché, la souffrance et la mort. Il les vainc en livrant sa vie pour nous sur le bois de la Croix…

“Pour être glorieux, le Messie doit être aussi serviteur et souffrant”

Dans l’Evangile de ce jour, Jésus annonce pour la deuxième fois que « ‘le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera.Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. » Commentant ces versets, saint Cyrille d’Alexandrie dit que « toutes ces choses avaient été prédites par les prophètes, mais ils ne comprenaient pas les Ecritures, jusqu’à ce que Jésus, après sa résurrection, eut ouvert en eux un sens nouveau afin qu’ils comprissent1« Catenæ Græcorum Patrum », commentaire de l’évangile selon saint Luc. Le prophète Isaïe annonçait déjà la venue d’un Serviteur souffrant… Figure énigmatique et complexe dans laquelle le peuple Juif se reconnaît au long des âges. En annonçant sa passion, Jésus nous révèle que le Messie pour être glorieux doit être aussi serviteur et souffrant. Splendide paradoxe où la gloire et la croix se confondent… Origène souligne que cette scandaleuse annonce du Christ souffrant est si difficile à entendre que les disciples n’osent pas interroger Jésus, plus encore ils craignent « d’entendre des choses plus attristantes encore2Commentaire de saint Matthieu, 16, 2.… »

« Ils arrivèrent à Capharnaüm et, une fois à la maison, Jésus leur demanda … » Tout d’abord, une remarque très personnelle. J’aime beaucoup lire ce passage : « une fois à la maison », en effet, à Capharnaüm se trouve la maison de Pierre qui est celle aussi de Jésus… la maison de Pierre est un peu l’Eglise. Jésus ne réside pas chez ses parents à Nazareth, mais chez Pierre… C’est là, qu’il s’arrête entre deux missions et se repose avec ses disciples.

“La vraie grandeur est intérieure”

« … ‘De quoi discutiez-vous en chemin ?’ Ils se taisaient, car sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. »  » C’est à la maison, loin de la foule, que Jésus interroge les Douze de la même manière qu’il le fera pour les Pèlerins d’Emmaüs. Il les prend là où ils en sont de leur compréhension de l’annonce qu’il vient de leur faire. Sans attendre leur réponse, il leur déclare : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Je ne résiste pas au fait de vous livrer le commentaire qu’en fait saint Jean Chrysostome : « La vraie grandeur est intérieure : elle n’est pas dans le nom ou dans les hommages du dehors. La grandeur extérieure s’impose par la violence et la crainte : la vraie grandeur est semblable à la grandeur de Dieu ; elle existe même quand on ne la connaît pas : et le superbe, même quand il reçoit des hommages, demeure avec toutes ses misères (…) L’âme humble ne se laisse captiver par aucune passion, ni par l’amour de la gloire, ni par l’envie, ni par la jalousie, ni par la colère ; l’âme orgueilleuse, au contraire, est sans cesse en proie à ces vices : laquelle est la plus grande ? (…) Que peut-il y avoir de plus grand pour l’homme que d’offrir un sacrifice à Dieu ? C’est l’âme humble qui offre à Dieu un sacrifice que Dieu agrée. »

Puis, « prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : ‘Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille…’» Ne nous méprenons sur ce geste. En effet, l’attitude de Jésus qui consiste à prendre un enfant pour le placer au milieu de ses disciples et l’embrasser contraste avec les mœurs de son temps, car les enfants étaient réputés ignorants de la Loi et moins au centre de toutes les attentions. Saint Jérôme de dire : « Cet enfant placé au milieu d’eux ne leur rappelait-il pas le Dieu qui s’est fait enfant, non pour être servi, mais pour servir ? (…) Ce qu’est l’enfant par son âge, il faut qu’ils le deviennent par leur volonté et leurs efforts (…) Le petit enfant n’a point de rancune, il ne garde pas le souvenir des offenses ; il ne s’arrête point dans les convoitises de la chair ; il ne dit point le contraire de sa pensée… »

« ‘… Et celui qui m’accueille ne m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a envoyé.’ » Ici, Jésus affirme à ses disciples qu’il est l’Envoyé de Dieu, plus encore son égal… Voici que Jésus manifeste, révèle la plénitude de son être : Messie, Serviteur souffrant et Dieu … Saint Bède le Vénérable dit que Jésus « veut que l’on sache que dans ses abaissements il est aussi grand que le Père3Commentaire de l’évangile selon saint Luc.…» Pour accueillir cette annonce, plus encore pour accueillir Jésus, mais aussi nos frères : malades, pauvres, refugiés…, il nous faut apprendre avec délicatesse à être attentifs, à écouter, à voir la misère et enfin à agir. Voilà sans doute une belle invitation à la prière. La prière est le lieu où nous apprenons à écouter, à recevoir et à accueillir la parole que Dieu nous adresse pour la mettre en pratique. Enfin, c’est dans l’intimité de la prière que nous apprendrons à connaître la véritable gloire pour laquelle nous avons tous été créés…

Bon dimanche à tous.

Pod

Notes :   [ + ]

1. « Catenæ Græcorum Patrum », commentaire de l’évangile selon saint Luc.
2. Commentaire de saint Matthieu, 16, 2.
3. Commentaire de l’évangile selon saint Luc.

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