Dans le monde sans en être

Edito : De petits gestes pour un peu d’humanité

La photographie du jeune Aylan Kurdi, mort, sur une plage, a ému le monde entier. Difficile de dire ce qui fait qu’une conscience se réveille. Il semble que cette photographie ait été un électrochoc. Et puis tout de suite on cherche à attribuer la faute à quelqu’un. Tantôt l’Europe, tantôt la famille, tantôt les politiques, tantôt les migrants en général. Quelle importance ? A quoi bon se préoccuper de la responsabilité d’un drame alors que le drame se déroule encore ?

Les migrants / réfugiés sont là. On ne peut pas le nier. Ils meurent aussi, on ne peut pas le nier. Et même si on ne se considère pas la cause du drame, on peut tout faire pour soulager ce drame. Et ce serait faire preuve d’un peu d’humanité, que de préserver ce bout d’humanité qui s’échoue sur nos côtes.

Alors certains diront que le meilleur moyen est de refuser les migrants, qu’à force ils comprendront et ne viendront plus mourir à nos portes. Fermer la porte et détourner le regard donc, ce n’est pas du courage. Et cela n’empêchera pas les migrants de mourir. Non, ils iront mourir ailleurs. Fermer les portes à celui qui souffre, ce n’est pas résoudre son problème, c’est transférer le problème ailleurs, pour préserver son confort.

C’est leur droit à la vie contre notre droit (s’il en est) à garder le même niveau de vie.

On peut trouver tous les prétextes du monde pour ne pas les aider, ils sont là et meurent à nos portes. Aucun raisonnement autour du prochain-plus-proche-parce-qu’il-a-la-même-couleur-de-peau ne changera cela. Il y a des gens qui viennent s’échouer sur les côtes françaises. Ils sont nos voisins de palier maintenant, et s’il faut ça pour qu’on s’occupe aussi des SDF en bas de chez nous, ça sera déjà ça de pris.

Alors que faire ?

« Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez » a dit le Christ (Mat. 25, 40)

Le pape propose à chaque paroisse d’accueillir une famille. Ce n’est rien à porter pour une communauté, une seule famille. Et c’est déjà beaucoup pour chacune de ces familles. Si chacun fait une petite bonne action, une petite initiative, le tout mis en commun fera un grand bien.

Donner un peu de nourriture aux associations d’accueil, proposer un peu de temps pour apprendre le français aux arrivants, donner ce vélo plutôt que de le revendre sur Ebay, proposer un toit à ceux qui n’en ont pas… Il y a mille et un moyens d’aider ceux qui en ont besoin. Pour ceux qui ne savent pas quoi faire, il y a des initiatives comme CALM ou proposer son aide au secours catholique. Tout le monde peut aider, un peu.

Mais si on aide, autant le faire bien. Les premiers à savoir ce dont ils ont besoin, ce sont les réfugiés eux-mêmes. C’est aussi en projetant sur eux ce qui ne leur correspond pas qu’on crée des tensions. Et il faut aider dans la durée. Parce que les problèmes ne se résolvent pas en une semaine.

Les problèmes liés à l’immigration existent justement parce qu’on a abandonné en cours de route ceux qui auraient dû être accueillis. Avoir peur de voir son identité menacée par un afflux de réfugiés est une peur compréhensible, même si sa légitimité est discutable. Mais le meilleur moyen de faire en sorte de préserver le calme et la beauté de notre culture, c’est de la transmettre. Accueillir les réfugiés, essayer de les comprendre et les accompagner sur plusieurs années et les aider matériellement si on peut, c’est le meilleur moyen de leur faire aimer la France et de vouloir participer eux aussi à l’embellir.

Personne n’a dit que ce serait facile. Mais un peu de confort contre une vie, ce n’est pas cher payé.

Fol Bavard

7 réponses à “Edito : De petits gestes pour un peu d’humanité”

  1. Père Louis de Villoutreys

    Merci Fol Bavard pour ce simple éditorial plein de bon sens.
    Espérant pouvoir discuter avec toi.
    En union de prière (toujours).

  2. Hervé de Labriolle

    Permettez-moi une remarque en 3 points ! Et puisque c’est le jour dédié à illettrisme, en 3 citations.

    1- Saint Paul : “Charité bien ordonnée commence par soi-même.”
    Les gens ne sont pas fait que de besoins physiologiques. Les gens ont besoin d’identité, d’histoire commune, de nation. Ne jugez pas trop sévèrement ceux qui pensent à leur art de vivre et à leur société avant de penser aux autres. Un afflux migratoire massif est particulièrement violent pour des gens qui sont là depuis mille ans et qui espèrent être toujours là dans mille ans. Il ne s’agit pas là de confort ou de luxe dans un pays déjà si cruellement touché par d’innombrables crises : la nation est le seul bien des pauvres (si vous me permettez de citer Jaurès)

    2- Trouver un coupable n’est pas forcément trouver un bouc-émissaire. C’est aussi un moyen de réparer une erreur, car comme disait Einstein, “on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré.” Si la faute incombe à l’Europe, cela m’étonnerais que celle-ci soit la mieux placée pour “soulager ce drame” (si vous me permettez que je vous paraphrase.) Or, c’est exactement ce qu’on nous explique aujourd’hui.

    3- Chesterton enfin : “Le monde est plein d’idées chrétiennes devenues folles.” Au nom de “l’ouverture”, penchant angélique de la fermeture, mal absolu de notre époque, nous créons un trou d’air qui n’appelle pas que les réfugiés syriens, mais tous les clandestins d’Europe de l’Est, tous les “migrants économiques”, comme l’est le père d’Aylan qui est parti de Turquie et non de Syrie, venu se faire refaire les dents et France et non fuir la guerre. Combien seront-ils à l’arrivée ? Qui va payer ? Comment les aider convenablement s’ils viennent à flots constants ? A partir de quel taux de chômage arrêteront-nous ? Allons-nous vers une société “brésilianisée” avec une effervescence de bidonvilles comme à Calais ou à Vintimille ?

    Ne nous interdisez pas de nous poser ces questions, si peu légitimes qu’elles soient à vos yeux.

  3. Fol Bavard

    1. Je ne vois pas le rapport entre la citation de Saint Paul et la suite du message. Mais passons. Pour la suite, je pense que si, justement, quelqu’un qui préfère un “art de vivre” à son prochain a un sérieux problème de priorités. Quant à la population là il y a 2000 ans, c’est un fantasme. La France est un carrefour qui a vu un nombre incalculable de peuples passer, surtout depuis 2000 ans. Et la citation de Jaurès, c’est mignon, c’est de la poésie, mais ça fait une belle jambe au SDF / réfugié.

    2. Eh bien ça tombe bien, je n’ai absolument pas suggéré que c’était à l’Europe d’agir, mais à chacun, dans sa petite vie privée. Mais pour comprendre ça il aurait fallu me lire sans a priori. Et je maintiens : c’est absurde de chercher un responsable quand des gens sont en train de mourir. L’urgence est ailleurs. Et toute solution manichéenne type “C’est la faute de l’Europe” est bonne à jeter tant elle nierait la complexité de la réalité.

    3. Un appel d’air… comment dire. Si les gens fuient leur pays, ce n’est pas de gaité de coeur. Ce sont des gens qui fuiraient quoi qu’il arrive. Penser que devenir intransigeant va faire disparaitre ces migrants, c’est se voiler la face. La France a eu une longue histoire de Bidonvilles : des bidonvilles plein de français “de souche”. Ils sont dus à l’absence d’accueil / assistance des personnes dans le besoin plus qu’aux différences géographiques. Donc encore une fois, mauvaise identification des causes.

  4. Benoît

    Pour info la phrase “charité bien ordonnée commence par soi-même” n’est pas de saint Paul (ou alors d’une épitre apocryphe cachée depuis la nuit des temps par une société secrète ?).

    Si vous voulez lire ce qu’a écrit saint Paul sur la charité -> 1 co 13 : “la charité ne cherche pas son intérêt” (1 Co 13, 5)

  5. Edel

    “Charité bien ordonnée commence par soi-même” est de sainte Catherine de Sienne, dans le Livre des Dialogues. C’est ce que le Christ dit à la sainte pour lui expliquer qu’elle ne devait à aucun prix commettre un péché, fût-ce pour sauver les âmes du monde entier. Rien à voir avec saint Paul, donc. Et cette citation est un parfait exemple de citation chrétienne détournée de son sens premier : elle signifie qu’on ne peut pécher, à aucun prix, pas qu’on peut sauvegarder une part d’égoïsme, même (ou surtout) culturel.

    L’histoire des dents du père du petit Aylan ne circule que sur des sites d’extrême droite assez peu fiables qui se reprennent l’information les uns aux autres et ne repose que sur les allégations d’une femme habitant le Canada, qui déclare être sa soeur. Testis unus, testis nullus. Honnêtement, sachant à quel point la traversée est dangereuse, qui voudrait risquer sa peau et celle de sa famille pour se faire juste refaire les dents ? En outre la famille est visiblement originaire de Kobané, zone de guerre pendant des mois cette année et dont un grand nombre d’habitants ont fui, ce qui rend peu probable l’histoire des dents.

  6. Père Louis de Villoutreys

    Hervé.
    “Charité bien ordonnée commence par soi-même” n’est pas de saint Paul. Merci Edel pour l’info.
    “Des gens qui sont là depuis mille ans et qui espèrent être toujours là dans mille ans.” Non, ce ne sont pas de fait les mêmes gens. Et un peuple qui n’existe qu’isolé du reste du monde, sans apport extérieur, ce n’est pas le cas de la France. Nous sommes un peuple brassé (mon arrière grand-mère est américaine).

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