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[Edito] Crise des migrants : l’échec de l’Etat social ?

Centre d’accueil des demandeurs d’asile (Cada) de Paris – Crédit JDD/Maxppp

“Migrants, bienvenue!” La population allemande s’est mobilisée massivement pour répondre au soudain afflux de réfugiés fuyant le Moyen-Orient. Au point même que les autorités ont dû demander l’arrêt (temporaire) des dons, faute de moyens de stockage. Très visible, vu et relayé en Allemagne, ce phénomène a aussi eu lieu aux quatre coins de l’Europe.

La population s’est donc massivement mobilisée. Encouragée en celà par bon nombre de personnalités. Parmi les catholiques, on a beaucoup écouté l’invitation du pape François à ce que toutes les paroisses accueillent deux migrants. Mais plus généralement, c’est toute la classe politique européenne – et ailleurs aussi – qui y est allé de son appel à la générosité. Ou à tout le moins, à son appel à l’aide.
Car l’intervention populaire est devenue nécessaire, voire même impérative. Les structures en place se sont avérées incapables de gérer l’abondant flux de personnes. Toute la machinerie européenne d’accueil/gestion des migrants est en surchauffe : plusieurs Etats ont fait valoir la clause d’exception pour restreindre les effets des Accords de Schengen, et les Accords Dublin II sont sciemment ignorés par toutes les parties concernées. Même schéma au plan national : le système d’accueil des demandeurs d’asile, déjà surchargé et vivement critiqué par les ONG pour son inhumanité, est incapable d’assimiler cette demande supplémentaire.

Mais on ne parle pas ici de chiffres, mais bien de personnes. Elles n’ont plus rien, sinon leur vie. Maigre bagage… Surtout à l’approche de l’hiver, que l’on sait pouvoir être rude au coeur de l’Allemagne comme dans les Carpathes hongroises. Des personnes qu’il faut, a minima, nourrir, vêtir et loger. Hors même ça, nos structures ne peuvent plus le proposer… Elles n’en ont plus les moyens. Et ce sont donc les citoyens de base qui se mobilise. Massivement. Efficacement. Discrètement.

Ce besoin de recourir à la masse populaire pour palier les déficiences du système publique d’accueil des demandeurs d’asile, et plus largement du système social, montre – à nouveau – ses faiblesses intrinsèques. L’Etat, déjà mis en difficulté par la gestion d’un petit nombre de réfugiés1Oui, petit nombre. Voyez le ratio de demandes d’asile annuelles rapportées à la population totale dans l’Union européenne, en Suède, en Allemagne,…, se trouve de plus incapable de proposer une réponse à la hauteur de l’urgence présente. Et c’est finalement l’initiative privée qui se trouve de facto chargée de la défense d’un des principes fondamentaux de la République, de la France, de l’Europe, de l’humanité : l’accueil de l’étranger dont la vie est injustement menacée.

Les citoyens, qui payent leurs impôts pour que cette mission soit prise en charge par la collectivité, voient la collectivité renoncer – officieusement – à l’exercer pleinement. Or s’agissant d’un principe fondamental, ils ne peuvent se résoudre à ce que personne ne porte assistance aux nécessiteux… La situation n’est pas tenable. Soit l’Etat assume son retrait de la fonction sociale et cesse par conséquent d’imposer ses contribuables à ce titre; soit il prend effectivement en charge la mission sociale qu’il se targue de remplir et doit alors cesser de se reposer autant sur l’initiative citoyenne.

FPitois

Notes :   [ + ]

1. Oui, petit nombre. Voyez le ratio de demandes d’asile annuelles rapportées à la population totale dans l’Union européenne, en Suède, en Allemagne,…

3 réponses à “[Edito] Crise des migrants : l’échec de l’Etat social ?”

  1. Kaliste VENNUCZ

    Il n’y a rien de mieux que l’initiative citoyenne pour accueillir des réfugiés. Elle est plus humaine et plus apte à intégrer des personnes provenant d’horizons culturels et religieux différents. Le rôle de l’Etat ne devrait pas être de se substituer aux citoyens mais de les aider dans cette fonction et éventuellement, en cas de carence citoyenne, d’assurer l’accueil des personnes que les citoyens ne peuvent pas traiter.
    L’idée de dire que l’Etat assure toute la solidarité et toute la fonction sociale me semble désastreuse car déshumanisante et déresponsabilisante. L’idée de dire que si l’Etat ne le fait pas, il ne doit rien faire dans ce domaine me semble aussi désastreuse. Il faut un juste partage des choses et de la nuance.

  2. Benoît

    Votre remarque me semble très intéressante. Es-ce qu’une décentralisation de l’État Social ne serait pas la meilleure solution ?
    Cela permettrait de maintenir l’imposition comme solidarité nationale (ainsi être citoyen resterait : faire partie d’un réseau se solidarité via l’impôt), tout en assurant une utilisation de ces ressources plus personnalisés, adaptés aux circonstances (via des structures publiques locales ou via des associations).

    État social / Société civil
    … l’articulation de ces deux choses est difficile.

  3. FPitois

    @Kaliste :
    Mon principal reproche à l’Etat, c’est de prétendre assurer toutes les missions collectives, et de ponctionner ses citoyens par les impôts pour remplir ces missions. A juste titre, dès lors que les missions sont effectivement accomplies. Fut-ce d’ailleurs par des citoyens concernés, rassemblés en association, comme le fait très majoritairement le système actuel de gestion des demandeurs d’asile.
    Or ici, non seulement l’Etat est en échec, mais il veut même se reposer, se décharger d’une de ses missions sur ses citoyens, sans pour autant abandonner la ponction fiscale y afférant. Un échec admissible et admis ici, en temps de crise, mais échec également en temps normal : MSF a mené jusqu’en 2013 un programme en France, au même titre qu’en Afrique!
    Si l’Etat se veut effectivement social, alors qu’il l’assume et prenne efficacement en charge sinon la crise migratoire actuelle, du moins le flux habituel de réfugiés.

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