Dans le monde sans en être

De l’urgence de faire (re)découvrir le sacrement de la confirmation

Un sacrement peu connu

Le vendredi 28 août, jour de la Saint Augustin, j’admirais la nature en rejoignant en voiture la maison de famille à la campagne. Je rendais grâce à Dieu pour ce moment de plénitude quand soudain je me suis souvenu de tout le temps que j’avais perdu après que Dieu m’ait appelé à l’âge de 21 ans. J’avais bien essayé à l’époque, après avoir vainement tenté d’oublier cet appel, de rejoindre des groupes d’Eglise, mais (presque) tout avait avorté. Ce n’est que lorsque je me suis résolu à demander le sacrement de confirmation que les choses se sont accélérées. Quel gâchis d’avoir attendu si longtemps avant d’embrayer la vitesse supérieure ! ai-je pensé.

Je me suis remis en mémoire la célèbre apostrophe de Saint Augustin : « Tard je t’ai aimée, ô Beauté ». Non pas que ces paroles s’appliquassent vraiment à mon cas (excusez le subjonctif), mais il est vrai que j’avais tardé à m’intégrer dans l’Eglise. La raison en est que je ne connaissais pas alors de chrétiens pratiquants. Il m’a fallu rejoindre une institution qui était devenue une « chose » étrangère pour moi au fil du temps, assimiler ses codes, vaincre des résistances.

C’est ainsi que l’Esprit, qui m’avait révélé dans un premier temps l’amour de Dieu, me donna ensuite l’énergie pour aller rejoindre mes frères dans la foi. Cette démarche n’était pas évidente pour moi. D’ailleurs elle ne l’est pas toujours pour certaines personnes qui restent sur le seuil, pour les chrétiens « du parvis ». Cette situation devrait nous inciter, à nous qui sommes « à l’intérieur », « de la maison », à soigner davantage l’ accueil de ceux qui poussent avec circonspection, voire appréhension, les portes de l’Institution .

Si je rappelle ce passé personnel, ce n’est pas pour me livrer à des confidences, mais afin de faire prendre conscience que la sacrement de la confirmation n’est pas nécessairement connu des jeunes chrétiens. Un des plus grands dangers qui guette le responsable d’une communauté, quelle qu’elle soit, est de s’imaginer que tout le monde a intégré son système de référence. Or, c’est rarement le cas. Ainsi, il peut arriver que certains prêtres s’imaginent que les jeunes qui ont vécu dans un foyer chrétien (et que dire des autres !) connaissent l’existence de ce sacrement. Ils se trompent. Cette erreur devient dommageable pour les nouvelles générations dès lors qu’elle pousse les responsables ecclésiaux à attendre passivement que l’on vienne frapper à leur porte pour leur demander de recevoir la plénitude de l’onction baptismale. Comment désirer recevoir ce dont on ignore l’existence ?

Il serait d’ailleurs intéressant qu’un titre de la presse chrétienne, avant d’interroger les croyants sur leur opinion au sujet du FN, fasse un sondage auprès des jeunes à propos de ce sacrement.

Lorsque je travaillais en banlieue parisienne, j’ai fait partie d’une équipe d’aumônerie. Avec un ami (qui était plus bouddhiste que chrétien !), nous avions la responsabilité d’un petit groupe de lycéens Plusieurs d’entre eux se préparaient à la confirmation. Cependant l’idée ne m’est jamais venu que ce sacrement pouvait me concerner moi aussi ! Car je n’étais pas encore confirmé !

Ce témoignage démontre, s’il en était encore besoin, que la confirmation ne fait plus partie du paysage de notre foi telle que l’appréhendent les chrétiens « exculturés » d’aujourd’hui, c’est-à-dire privés des rudiments de la culture religieuse (pour employer un terme de Danièle Hervieu-Léger). C’est la raison pour laquelle il y a urgence à le remettre en valeur, ou du moins à rappeler son existence, aux parents, aux jeunes comme aux moins jeunes. Il y va tout simplement de la vie et de l’avenir de l’Eglise. Plusieurs générations sont déjà passées au travers de la réception de ce sacrement. Comment s’étonner dès lors du reflux des vocations, et de l’avancée concomitante de la sécularisation (même si leurs causes en sont diverses) ?

L’évangélisation est d’abord une question de désir et d’amour

Il fut un temps où des responsables de pastorale s’interrogeaient sur la meilleure stratégie d’évangélisation à adopter. C’était aller vite en besogne. En effet, la première mesure à prendre en ce domaine ne consiste-t-elle pas à inviter d’abord les communiants à aller jusqu’au bout de leur démarche d’initiation afin de recevoir l’Esprit de mission et de force, de telle sorte qu’ils deviennent à leur tour les plus fervents vecteurs de la Bonne Nouvelle ? Avant de penser communication ou force de frappe de proposition, il n’est pas superflu de se rappeler que le meilleur « propagandiste » de Dieu est …Dieu Lui-même ! Rien ne pourra suppléer l’absence de l’Esprit Saint en ce domaine.

Loin de consister en une campagne de publicité, aussi sophistiquée et bien montée qu’elle soit, puissante en suggestions et déroulé argumentatif, l’évangélisation est d’abord une affaire de désir et d’amour. Désir de faire connaître l’Inouï de l’amour de Dieu pour les hommes, de faire aimer l’Amant, désir de Celui qui a saisi notre coeur. Et preuve d’amour pour Celui qui a nous révélé son Cœur, preuve se concrétisant dans l’annonce à l’extérieur de cette bonne nouvelle, comme les amoureux qui ne peuvent s’empêcher de tracer leurs prénoms sur les arbres… Cette flamme de désir et d’amour, c’est l’Esprit qui l’allumera chez les nouveaux évangélisateurs – cette flamme qu’il est lui-même !

Aller jusqu’aux périphéries du monde

Il y a d’autant plus urgence à faire redécouvrir le sacrement de la mission, la confirmation, que le pape François nous demande de sortir « aux périphéries », selon son expression. Mais comment y parvenir sans avoir reçu auparavant l’onction de l’action qui prolonge l’onction de l’être ? En effet, par le baptême nous sommes fils de Dieu. Par la grâce de la confirmation, nous agissons en tant que tels.

Ainsi, si nous désirons rejoindre nos frères aux périphéries du monde, le plus urgent est de demander l’Esprit Saint en sa plénitude, de même que Jésus a démarré sa vie publique après que l’Esprit ait fondu sur lui au Jourdain, lors de son baptême par Jean-Baptiste. Dira-t-on que l’Esprit n’était pas avec lui, sur lui, avant cet événement ? Non, bien sûr (de même que nous recevons déjà l’Esprit lors de notre baptême). Pourtant sa mission publique ne débute qu’après cette descente de l’Esprit au Jourdain. Aussi cet épisode de la vie de Jésus constitue-t-il un enseignement précieux. Ce même Esprit qui a porté le Verbe éternel dans le sein de la Vierge, du monde divin dans notre monde à nous. Lui est expert en transport aux périphéries !

Voilà pourquoi notre onction baptismale doit être complétée par la confirmation si nous voulons, à l’instar du Christ, courir la grande aventure de l’évangélisation, après avoir vaincu nos peurs, nos idiosyncrasies, nos réflexes de défense, sauté par-dessus nos réseaux affinitaires, afin de rejoindre nos frères les plus éloignés.

La confirmation n’est pas une option facultative

Enfin, la confirmation n’est pas seulement une condition de possibilité de l’action. La vie chrétienne n’épuise pas ses possibilités dans un activisme forcené. L’Esprit Saint nous permet surtout d’accueillir divinement Dieu Lui-même. La Trinité n’est pas à la mesure des capacités humaines. Dans le but de préparer notre humble demeure à sa visite, il est recommandé de prier l’Esprit de telle sorte qu’il dilate notre coeur à la démesure d’un séjour aussi inouï. Dieu en nous ! Comment est-ce possible ? Dieu y pourvoira !

La confirmation n’est pas une option facultative dans le parcours d’un croyant. Ni un sacrement pour chrétiens d’élite. Ou bien encore la cerise sur le gâteau pour ceux qui auraient persévéré jusqu’au bout. Elle fait partie au contraire du kit nécessaire et indispensable à la vie de la foi. Sans elle, le chrétien ne devient jamais vraiment adulte. C’est la raison pour laquelle il est vital que les croyants lui rendent l’importance qu’elle possède.

Par exemple, elle ne devrait pas constituer une activité parmi d’autres dans les aumôneries. Déjà, beaucoup de pasteurs s’interrogent pour savoir s’il ne faudrait pas l’administrer plus tôt qu’on ne le fait actuellement, de telle sorte qu’elle touche le plus de communiants possibles, avant qu’ils ne disparaissent dans la nature, et qu’un silence radio ne succède au parcours de catéchèse. Le sacrement agit. Même à retardement. Il n’est jamais perdu.

Nous désirons tous donner carte blanche aux jeunes, et leur témoigner ainsi notre confiance. Quel meilleur moyen de le faire que de les associer à la mission de l’Esprit ? Pareillement, nous désirons pour eux les meilleurs exemples et les meilleurs enseignants. Quel meilleur compagnon de route leur donner à cette fin que le Maître de l’impossible ? Un bon conseil pour cette rentrée qui concerne aussi les aumôneries.

Surtout, souvenons-nous que plusieurs générations sont passées à côté de ce sacrement. Alors n’ayons pas peur d’interroger autour de nous, d’en parler, voire de proposer de recevoir ce couronnement de l’initiation chrétienne. Nous servirons ainsi l’évangélisation en témoignant du premier des évangélisateurs, l’Esprit Saint en personne ! Sans borner notre sollicitude aux jeunes personnes : comme pour le baptême et l’amour, il n’y a pas d’âge pour demander la plénitude de la grâce baptismale !

 

Jean-Michel Castaing

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