Dans le monde sans en être

Le christianisme défend-il des valeurs ?

Valeurs ?

Valeurs ?

Quand j’entends des responsables politiques catholiques proposer des « valeurs chrétiennes » à la société, je m’interroge. Si la doctrine chrétienne n’est qu’une valeur parmi d’autres, elle n’est pas légitime, et encore moins réelle. Les autres « valeurs » (celles qui nient l’aspect spirituel de l’homme, qui identifient des sous-hommes ou imposent la destruction progressive de la planète, et tant d’autres) se valent donc entre elles, et proposer des « valeurs chrétiennes » n’est qu’une proposition, peut-être la plus gentille, mais pas la plus légitime.

Une valeur est créée, le Bien est incréé

Jouons sur les mots. Une valeur se rapporte à une idée, elle est donc créée et par définition n’appartient qu’à ceux qui la partagent. C’est l’orgueil de l’homme, qui veut fabriquer son propre bien en s’émancipant de la réalité de la Création. L’orgueil de l’homme politique qui propose ses propres valeurs, l’orgueil de l’Occident qui exporte ses idées au Moyen-Orient, l’orgueil du chrétien non-convaincu qui se bat pour des idées mais n’ose jamais appeler sa foi « réalité ». Une valeur, donc, divise les hommes puisqu’elle ne peut être universelle. Se battre pour ses idées, c’est donc se battre essentiellement pour soi-même et contre quelqu’un d’autre. Un homme qui défend ce qu’il appelle ses idées ou ses valeurs, nécessairement, n’y croit pas quand il n’admet pas qu’elles sont l’unique réalité.

Or le Bien, lui, est immuable et surtout universel. Le Bien est le même partout, en tout temps et pour tous. Pour les croyants, le Bien, c’est Dieu, qui se révèle dans sa Création et fait connaître Sa réalité. Le Bien, comme Dieu, est incréé. Il ne dépend d’aucun homme, d’aucune contingence d’aucune sorte. Il n’est qu’à découvrir. Il suit que le Bien n’est rien d’autre que la réalité du monde, de la nature, de la profondeur de l’homme. Il s’ensuit qu’une valeur issue d’une « idée » humaine est un mal, quand elle ne prend pas appui sur la réalité la plus élémentaire, puisqu’elle n’est pas un bien. Une idée géniale mais qui s’appuie sur une négation de la réalité constitue un mal. Il peut y avoir simultanéité entre le Bien et le Mal, mais jamais mélange et encore moins identité. Le Blanc et le Noir se côtoient, mais rien n’est jamais gris. Tuer l’un pour sauver l’autre n’annule ni le meurtre ni le sauvetage, là sont à la fois la simplicité et la complexité du monde.

Défendre la réalité

Un homme politique qui tonne « je veux défendre des valeurs » ne défend que lui-même, et d’ailleurs ses valeurs changeront, puisqu’il n’a pas dit « je veux défendre la réalité, qui est une et qui ne peut pas changer, que je cherche avec un maximum d’honnêteté ». Celui qui cherche réellement le Bien cherche ce qui est réel, et ne défend pas ce dont il doute lui-même. Le chrétien, qui professe sa foi comme absolument réelle régulièrement au cours de sa vie, est d’autant plus tenu de tenir ses propos comme ce qui est Vrai et non plus comme ce qui pourrait fonctionner, ou comme ce qui parait le plus acceptable. Le chrétien ne défend qu’une chose : la réalité, en s’oubliant lui-même au maximum. C’est le message du Christ : renoncer à soi-même et L’annoncer comme le Chemin, la Vérité et la Vie. Les solutions aux crises ne se trouvent pas dans les idées, mais dans la réalité.

Héront

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS