Dans le monde sans en être

#Christianbells : pour qui sonnent les cloches ?

Le 15 août. Deuxième fête nationale française. Enfin c’est tout comme. Alors que la plupart des Français s’apprêtent à lancer leur barbecue en tongs et en short au Camping des flots verts – bleus c’est trop cliché – une initiative fait en ce moment le Tour de France… des clochers. Je m’explique. En signe de soutien et de solidarité avec nos frères d’Orient, en particulier ceux d’Irak, chassés de Mossoul et de Qaraqosh il y a tout juste un an, une grande partie des évêques de France invitent les paroisses à sonner les cloches des églises, à midi, le jour de la fête de l’Assomption.

Cette proposition faite par des laïcs s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux en quelques jours via le mot clé #ChristianBells. On ne peut que s’en féliciter (franchement chapeau). Néanmoins cette belle inspiration pose objectivement la question de savoir pour qui réellement les cloches vont-elles sonner ce samedi 15 août. En premier lieu, nous sommes d’accord, elles célébreront la Vierge-Marie, Notre-Dame de l’Assomption, patronne principale de la France. C’est à elle d’ailleurs, que s’adresseront les prières sur les parvis à midi samedi. Ensuite, elles vont évidemment retentir pour exprimer notre soutien, notre compassion dans la souffrance avec nos frères d’Orient, eux qui ne peuvent plus faire résonner leurs cloches. Elles sonneront pour eux, pour que leur génocide cesse d’être passé sous silence. Elles sonneront pour leur donner l’Espérance qu’un jour ils pourront vivre en paix Inch’Allah.

Profitons maintenant des subtilités de la langue française pour voir qui, dans cette histoire, se fait sonner véritablement sonner les cloches.  Il me semble d’abord que cette mobilisation campanaire (tout de suite ça en jette) vise à rappeler à nos politiques le danger que courent actuellement nos frères d’Orient. Ce sont donc nos élus, selon moi, qui sont également visés par cette action. Que font-ils concrètement ? Beaucoup de mots, mais peu d’actions et des réfugiés qui s’entassent. Où en est-on de la question de la traçabilité du pétrole ? De nos liens avec la Turquie et avec les finançeurs du terrorisme ?

Mais s’ils ne font rien, ou si peu, c’est peut-être parce qu’ils ne sont pas mobilisés par leurs administrés, autant dire nous (oui oui, nous en short derrière notre barbecue). N’avons-nous pas à en faire plus pour les solliciter ? Une belle mobilisation a eu lieu cette semaine pour sensibiliser les évêques de France à ce carillon national : ne peut-on pas en faire de même en “harcelant” nos députés et nos sénateurs, en leur écrivant ? Doit-on attendre d’autres exactions, d’autres massacres pour écrire à nos députés et leur dire STOP ? Ce qui cloche, c’est peut-être notre manque de cohérence. Car – à part râler – que faisons-nous concrètement ? Certains prient, et c’est j’en suis sûre le fondement de tout, mais agissons-nous ?  Par des dons, par le soutien de familles réfugiées, par la réalisation d’une petite vidéo etc. Mais peut-être pouvons-nous faire mieux encore : au lieu de parler de solidarité, nous pourrions aussi la vivre. Chacun à notre niveau, il nous est possible de transformer la face du monde. Répandre la charité autour de nous et rayonner d’amour (ça y est vous allez dire elle a disjoncté avec les orages). Non ! Je suis réaliste – quitte à passer pour une cloche. Il n’est pas possible de vouloir faire sonner le tocsin pour les chrétiens d’Orient et d’être mal-aimable toute la journée, de critiquer, de se plaindre, de médire, de voir le verre à moitié vide, de garder son esprit de clocher et tout et tout. Et nous sommes tous pareil (ou presque).

Alors si samedi 15 août ces cloches sonnaient pour nous réveiller de notre indifférence et nous rappeler que notre mission est d’aimer ? Ce serait peut-être le plus beau cadeau que nous pourrions faire à nos frères d’Orient. Le cadeau d’un cœur ouvert à la rencontre, d’un cœur rempli de joie et d’Espérance. Ce serait pour le coup un autre son de cloche à faire entendre au monde.

Sylvie Carnoy

2 réponses à “#Christianbells : pour qui sonnent les cloches ?”

  1. Pierre Huet

    Donc, il faut que les élus se fassent sonner les cloches, en un autre sens de l’expression !

  2. Jean-Pierre

    Bravo tout est dit !
    Espérons que ce soit le début de quelque chose, avant un grand réveil.

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS