Dans le monde sans en être

Sa consolation

Apotres

En ce quinzième dimanche du Temps Ordinaire, nous entrons dans la deuxième phase du ministère public de Jésus qui « appela les Douze, et pour la première fois il les envoya deux par deux. » Commentant ce verset saint Jérôme dit : « … il leur donne tout ce qu’il possède lui-même ; il n’y aura entre eux et lui que cette seule différence, ce que Jésus faisait par lui-même, les apôtres le feront par lui[1]. » Cette courte explication résume parfaitement l’agir chrétien, mais aussi bon nombre des révoltes qui parfois émaillent la vie chrétienne. Le Seigneur veut que nous agissions par lui, que nous le laissions agir à travers nous. Il sait ce qui est bon et connaît notre nature. Il agit par nous dans la mesure où nous acceptons de lui faire confiance. C’est ainsi que nous pouvons coopérer pleinement à son œuvre de miséricorde…

« Il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton ; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture. » Saint Jean Chrysostome dit à propos de ce verset que le Seigneur veut délivrer ses apôtres «  de tout souci, afin qu’ils soient tout entiers à la parole de Dieu, et enfin il leur fait connaître en cela sa puissance et le soin qu’il aura d’eux. Et en effet, la veille de sa mort, il leur disait : Quand je vous ai envoyé sans vêtements et sans chaussures, vous a-t-il manqué quelque chose ? » (…) Après les avoir munis des pouvoirs nécessaires à leur mission, il leur commande de laisser tout ce qui n’est pas nécessaire[2]…’ » C’est non sans émotion que je me souviens qu’en année de fondation spirituelle, à la veille de partir un mois en expériment, le supérieur nous avait dit que chaque mission était accompagnée d’une bénédiction et que la bénédiction est le « rocher » sur lequel nous pouvons nous appuyer pour vivre la mission qui à vrai dire nous effraie un peu… Comment ne pas penser à tout les appels et les envois en mission que nous voyons dans la Bible, en particulier la figure emblématique d’Abraham notre père dans la foi ? Pour vivre notre vocation de baptisé, manifester notre amour de Dieu et rayonner sa présence autour de nous, chacun de nous dans le respect de son état de vie est invité à quitter ses certitudes, ses légitimes attaches humaines : pays, famille… les petits assurances humaines … pour aller « dans le pays que je te montrerai. » Le Seigneur éprouve en nous la foi, l’espérance et la charité. Nous le savons, nous le croyons, nous ne quittons pas tout cela pour rien, mais pour un centuple promis par Celui qui de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais s’est anéanti … En vue du rachat, du salut des multitudes et de la joie éternelle auprès de Dieu.

“Les chrétiens refusent la compromission avec le mal et les idées mondaines”

« Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage.» Prendre au sérieux de notre vocation baptismale de prêtre, de prophète et de roi, suivre radicalement le Christ dans la consécration religieuse ou sacerdotale nous fait expérimenter ce dont parle saint Hilaire de Poitiers : « Il y a une certaine communion qui s’établit entre ceux qui foulent le même sol. En secouant la poussière de leurs pieds, les apôtres témoigneront donc qu’ils ne veulent avoir rien de commun avec la faute et la condamnation future de ceux qui les repoussent[3]. » Les chrétiens refusent la compromission avec le mal et les idées « mondaines » tout en étant à l’image du Christ miséricordieux, compatissants envers les brebis perdues, pour lesquelles le Seigneur a donné sa vie sur la Croix.

« Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. » S’appuyant sur cet Evangile ainsi que sur l’Epître de saint Jacques[4], l’Eglise reconnaît dans ces onctions d’huile faites par les Douze les prémices du sacrement des malades. L’onction des malades est à la fois un sacrement de guérison spirituelle et physique, une consolation que le Seigneur veut donner à ceux qui souffrent avec lui et en lui, enfin un moyen de conversion. C’est ainsi qu’au numéro 1532 le Catéchisme de l’Eglise Catholique enseigne que « La grâce spéciale du Sacrement de l’Onction des malades a comme effets : l’union du malade à la Passion du Christ, pour son bien et pour celui de toute l’Eglise ; le réconfort, la paix et le courage pour supporter chrétiennement les souffrances de la maladie ou de la vieillesse ; le pardon des péchés si le malade n’a pas pu l’obtenir par le sacrement de la Pénitence ; le rétablissement de la santé, si cela convient au salut spirituel ; la préparation au passage à la vie éternelle. »

“La pire des maladies est la maladie de l’âme”

Dans tout les cas, c’est la guérison qui est visée, mais avec un primat de la guérison spirituelle en vue de l’union à Dieu. En effet comme l’enseigne saint Ignace dans le prologue ou le principe et fondement des exercices spirituels : « L’homme est créé pour : louer, honorer, et servir Dieu, notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son âme… » De tout cela nous pouvons déduire que la pire des maladies est la maladie de l’âme, la mort spirituelle qui nous coupe de Dieu et de la vie qu’il veut nous donner en plénitude. Cependant, comme Dieu nous aime corps et âme et que par son Incarnation il a connu notre condition d’homme excepté le péché, il n’est absolument pas indifférent aux maladies du corps. D’une manière mystérieuse, dans la chair de son Fils il a connu nos souffrances… Voilà pourquoi il a envoyé les Apôtres et leurs successeurs auprès des malades. Comme le remarque saint Hilaire de Poitiers : « Voici qu’ils sont mis en participation de la puissance de leur maître. Voici que se réalise le dessein de Dieu quand il avait créé Adam et qu’il avait voulu le former à son image et à sa ressemblance ; ils sont formés à la ressemblance du Christ. Ils se relèvent de la servitude où les avait entraînés la faute d’Adam ; se revêtant de la ressemblance du Christ, ils ont part à sa puissance… »

En ce temps de vacances qui est aussi parfois celui de la dispersion, souvenons-nous des membres souffrants et visitons les malades de nos familles et de nos communautés… Souvenons-nous qu’ils sont les premiers vers lesquels Jésus nous envoie. Souvenons-nous aussi de Vincent Lambert à qui il semble que l’on dénie le droit d’être compté parmi les vivants. Prions pour ceux qui n’arrivent plus ou qui ne veulent pas reconnaître l’immense dignité de nos frères malades. Enfin, sachons proposer le passage des prêtres au chevet des malades et surtout ne le différons pas. Le Seigneur veut par leurs mains donner sa Consolation à ceux qui peinent et qui souffrent.

Bon dimanche à tous.

Pod

[1] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu.
[2] Homélie XXXII sur l’évangile selon saint Matthieu, 4.
[3] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, X 10.
[4] « Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les presbytres de l’Eglise et qu’ils prient sur lui, après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient, et le Seigneur le relèvera. S’il a commis des péchés, ils lui seront remis » (Jc. 5, 14-15).

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