Dans le monde sans en être

Le Souffle : “montrer que la terre est le chemin du Ciel”.

Une bénédictine de l'abbaye Notre Dame de Fidélité, à Jouques. (c) C. Besnault

Une bénédictine de l’abbaye Notre Dame de Fidélité, à Jouques. (c) C. Besnault

Elles sont quarante-et-une, données à Dieu, vivant la règle de saint Benoit. Une vie peu ordinaire, mais qu’ont pourtant choisies les bénédictines de l’abbaye de Jouques, près d’Aix-en-Provence. Une vie que Cécile Besnault, étudiante en art du cinéma à l’Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière, souhaite porter à l’écran.

Cahiers Libres : Cécile, vous vous apprêtez à vivre aux côtés des bénédictines pour les rencontrer et saisir ce qui fait leur vie. Mais ce projet est sans doute plus ancien : comment est-il né ?

Cécile Besnault, étudiante en art du cinéma, réalisatrice du documentaire (c) C. Besnault

Cécile Besnault, étudiante en art du cinéma, réalisatrice du documentaire. (c)

Cécile Besnault : A Noël dernier, j’ai fait une retraite de quelques jours à l’Abbaye Notre Dame de Fidélité, à Jouques, et j’ai été très marquée par la force et la joie simple et profonde qui se dégageaient des moniales de cette abbaye. J’ai alors pris conscience que c’était quelque chose que je voyais peu autour de moi, dans ma petite vie d’étudiante parisienne.
A Pâques, ce projet de documentaire s’est imposé à moi comme une nécessité : il me fallait chercher à exprimer une réponse aux questions “Comment éprouver cette joie ? Comment être heureux ?”. Et j’ai l’intime conviction qu’à ce moment de ma vie, c’est en filmant ces femmes que je pourrai trouver quelques éléments de réponses qui, peut-être, réconforteront ceux à qui je montrerai le film.

CL : Pour ce genre de projet, les thèmes ne manquent pas. Les genres non plus, entre films d’action, comédie, art & essais,… Vous avez pourtant choisi de réaliser un documentaire sur un sujet peu commun. Pourquoi ce choix, à la fois du genre et du sujet ?

CB : La forme du documentaire s’est imposée à moi. Avec ce film, je vais chercher à trouver des réponses à des questions sensibles qui me touchent beaucoup et qui sont pour moi cruciales. Pour que mon film puisse vraiment toucher, il est important que je ne mente pas et que j’utilise donc une forme d’expression qui puisse se construire au rythme de mes rencontres avec les sœurs. Ainsi, je ne peux pas faire une fiction pour exprimer mon propos car je n’ai pas de “prêt-à-penser” à donner ; c’est en filmant les moniales de Jouques que des réponses viendront.
Enfin, si j’ai choisi de filmer ces religieuses dans leur vie monastique, c’est parce que, tout en étant hors du monde, elles sont pleinement au cœur du monde par leurs prières pour toute l’humanité, nuit et jour : elles sont ainsi, en quelque sorte, la lumière du monde. Je tiens à ce que ce film soit un appel à la contemplation pour chaque spectateur, qu’il ait la foi ou non. C’est pourquoi je souhaiterais que ce documentaire puisse transmettre une expérience de relation à Dieu pour inviter à une relation personnelle à Dieu.

CL : Pourquoi ce titre, “Leur Souffle” ?

CB : Avec mon équipe, nous avons eu de longues discussions pour parvenir à caractériser ce qui me fascinait tant chez ses religieuses. Pourquoi m’étais-je arrêtée sur leur force à elles ? Sur leur joie à elles ?
Au final, nous tournions autour des thèmes évoquant leur façon d’être, leur façon d’exister, leur rapport à la vie, etc. Et à un moment, Ivan Marchika, mon chef opérateur, a évoqué leur respiration. Il avait le sentiment que tout pouvait se ramener à cet acte simple que tous les êtres vivants partagent et que c’était peut-être là qu’elles rayonnaient d’une façon si particulière. Et partant de là, nous sommes arrivés sur le titre Leur Souffle qui nous semblait évoquer le mieux ce que je cherchais à fixer en images pour l’offrir aux autres. Et j’ai trouvé cette expression très belle car elle évoque la vie qui nous été insufflée par les narines, au commencement, par l’Esprit de Dieu. Et en m’intéressant plus particulièrement à leurs âmes à elles et donc à ce qui les fait vivre, je voudrais amorcer une réflexion sur ce qu’est l’Homme et ce qui le fait vivre.

CL : La vie bénédictine, retirée dans la pauvreté, rythmée par le travail et la prière, l’Ora et Labora de la Règle, est riche d’enseignement pour le monde. Comment comptez-vous l’aborder ?

CB : La belle devise de l’Ordre de Saint Benoît « Ora et Labora » qui signifie « Prie et travaille » se prête parfaitement à établir une structure pour mon film.
En effet, je souhaite notamment filmer d’une part les offices divins où les bénédictines louent le Seigneur et intercèdent pour l’humanité et d’autre part les moments où elles travaillent à leurs emplois respectifs, aux champs, à l’atelier d’enluminure, à la cuisine, etc. Ceci, pour faire le lien entre ces moments où, travaillant, elles sont pleinement rattachées au concret de la terre et ceux où, fidèles à l’office divin, elles prient pour le monde présent et annoncent déjà le Royaume de Dieu par leurs chants.
C’est pour moi la grande beauté de la vie bénédictine que de montrer ainsi que la terre est le chemin du Ciel.

CL : Quel est votre but, à travers cette réalisation ? Quel message voulez-vous adresser à ceux qui verront le film ?

CB : Je voudrais, en filmant la vie de ces moniales qui rayonnent de joie et de force, offrir une réflexion sur ce qu’est l’homme et ce à quoi il aspire. Je voudrais aussi montrer en quoi on est chacun appelé à devenir pleinement soi, pleinement homme, en allant vers une joie profonde et sereine. Je serais très heureuse si ce film pouvait aider à fortifier notre espérance et vivifier notre joie d’être sauvés.
J’ai beaucoup de désirs et d’espoirs pour ce film et j’espère qu’il pourra faire beaucoup de bien aux âmes.

CL : Pour entreprendre le tournage, vous avez besoin de soutien. Comment peut-on vous aider ?

CB : Ce film a une histoire très particulière : il est très rare que l’on monte un projet de film en aussi peu de temps.
En effet, ce projet s’est imposé à moi à Pâques et, depuis, tout s’est enchaîné très vite et de manière incroyable : j’ai d’abord eu l’intuition forte qu’un très beau film était à faire, puis j’ai reçu l’autorisation exceptionnelle de la communauté de Jouques pour venir filmer en clôture. Ensuite, en confiant cette idée de documentaire à Ivan, étudiant très talentueux de ma promo et grand ami, j’ai reçu son enthousiasme sans limites et son aide inestimable pour construire ce projet ; je l’ai choisi comme chef opérateur.
Ont suivi les repérages nous permettant de rencontrer les moniales et de débuter l’écriture du film ; le choix de l’ingénieur du son, Jonas Orantin, un étudiant en son tout juste diplômé de Louis-Lumière et que j’estime beaucoup ; la grande aide de mon parrain d’école, Robert Fraisse, chef opérateur de talent, pour la préparation technique.
Puis nous avons lancé une campagne de communication, avec l’aide de l’agence Le Messager, ainsi qu’un financement participatif sur le site Ulule.fr pour collecter les fonds nécessaires à la réalisation du film : très vite, nous avons eu beaucoup de soutiens et de dons généreux nous permettant d’obtenir plus de 60% de notre budget minimal.
Mais il y a plus qu’un seul obstacle pour que ce film existe : il nous faut réunir encore des dons pour parvenir à atteindre notre budget minimal de 6.000 €. Plus encore, si nous parvenions à dépasser ce premier palier de budget, nous pourrions bénéficier d’un matériel exceptionnel, ouvrant de nouvelles possibilités pour avoir une image et un son d’une haute qualité.
Nous voudrions être à la hauteur du magnifique cadeau que nous font les sœurs en acceptant d’être filmées en clôture et offrir aux autres un beau film.
Pour nous aider, vous pouvez nous faire un don sur notre page Ulule où vous trouverez une description détaillée de mon projet de documentaire : https://fr.ulule.com/leur-souffle/ Chaque don, même modeste, compte et nous aide beaucoup.
Vous pouvez aussi aimer notre projet sur Facebook ici : https://www.facebook.com/LeurSouffle

CL : Quand sera-t-il terminé ?

CB : A la fin de l’été 2016 car nous souhaitons prendre le temps d’avoir un grand travail de montage qui est une étape majeure pour un documentaire : il s’agit d’une seconde écriture qui laisse la possibilité de diverses options de narration. Ensuite, nous passerons à l’étalonnage qui achèvera de donner toute sa splendeur à nos images. Enfin, le mixage sera réalisé en 5.1 pour une bande-son de haute qualité en projection puisque ce film est destiné à être envoyé en festival.

Propos recueillis par FPitois

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