Dans le monde sans en être

[Edito] Les papes, ces grands nuisibles

C’était il y a quelques semaines déjà : du haut de sa superbe, un expert de la chaîne nord-américaine Fox News désignait un brave argentin de 79 ans se promenant en soutane blanche dans un jardin italien, comme « homme le plus dangereux du monde ».

Le pape François, en dénonçant « la soumission de la politique à la technologie et aux finances » dans l’encyclique Laudato si, ou en épinglant violemment lors de son dernier road-trip Équateur-Bolivie-Paraguay, le « capital idole » et « la logique du profit à tout prix », parachève sa caricature bolcho-catholique et s’attire les foudres des puissants cols blancs. « Nous n’avons aucun conseil à recevoir de votre part, merci de vous mêler de ce qui vous regarde », lui rétorquent-ils, menacés dans leurs certitudes. Un article de Contrepoints qualifie encore le Saint Père “d’irresponsable” et “d’incompétent”, l’auteur peinant à donner plus de fond à sa diatribe. Et à son catholicisme.

Laudato si vient briser un attelage boiteux”

Rappelons qu’en d’autres temps, d’autres papes ont su s’attaquer aux forces alors en présence, au risque du mépris, voire de leur vie. Léonid Brejnev n’aurait-il pas cité Jean-Paul II s’il on lui avait aussi demandé de désigner l’homme le plus dangereux de la planète ? Parce que dans une URSS agonisante, le saint avait su faire comprendre au peuple polonais que la liberté était en marche. Parce qu’il incarnait cette liberté.

Et voilà l’Eglise bousculant les chantres du capitalisme, trente ans après ceux du communisme. Parallèle audacieux ? Pas tant que ça, à en croire le philosophe Fabrice Hadjadj commentant Laudato si : « pour des raisons historiques, notamment la lutte contre le communisme, de nombreux catholiques ont eu tendance à s’allier fortement au monde technolibéral de la croissance illimitée. Cette encyclique vient briser cet attelage boiteux. François ose parler de mythe du progrès et il va jusqu’à demander d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties » 1Entretien à retrouver sur le site de Famille chrétienne.

En bon apôtre, « le pape pose problème, analysent dans une tribune nos amis Gaultier Bès et Foucauld Guiliani 2“Le pape François est-il un gauchiste ?”. Parce qu’il est hors du champ clos de nos dérisoires petits clivages, de nos polémiques bavardes, de notre manichéisme creux. Parce qu’il est dans le monde, mais pas du monde. Parce qu’il ne travaille ni à sa popularité ni à sa réélection » . Salutaire nuisible.

Joseph Gynt

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