Dans le monde sans en être

Nostalgie de la Fête-Dieu

Jésus au milieu de son peuple

Je suis né trop tard pour connaître l’âge d’or de la Fête-Dieu. Je me suis laissé raconter que dans le village d’où ma famille est originaire, toute la population était de la partie à l’occasion de la célébration de cette solennité. Bien sûr, tous ne croyaient pas. Et peut-être une pression insidieuse s’ exerçait-elle sur certains habitants. Toujours est-il que le Saint-Sacrement, exposé sous un dais d’honneur, processionnait solennellement dans les rues du centre du bourg. Des demoiselles vêtues comme des premières communiantes, véritable garde d’honneur, l’escortaient en lançant des fleurs devant lui. Quel spectacle ! Quelle beauté ! Ensuite le prêtre plaçait Jésus-Hostie sur le reposoir.

C’est une personne non-croyante qui m’a relaté ces faits. Ce qui ne l’empêchait d’être en bon terme avec Monsieur le curé (qui m’a baptisé).

Moi, ce que j’ai connu dans ma jeunesse, c’étaient les concours de pétanque qui se déroulaient le dimanche après-midi sur la place du village au bord de laquelle se trouve le presbytère – où ne réside plus aucun prêtre depuis longtemps. Puis, un jour, ils ont cessé. Depuis, la place est vide le dernier jour de la semaine (le premier (jour) pour les chrétiens). Un monde commun s’en est allé. L’univers extérieur s’est invité à nos domiciles avec la télévision, et maintenant Internet. Ce qui explique que nous ayons beaucoup de peine à rencontrer notre voisin, à converser avec lui, et pourquoi pas faire une partie de pétanque ensemble.

Pour en revenir à la Fête-Dieu de jadis, si j’en suis nostalgique (bien que ne l’ayant pas connue), la raison en est qu’ à cette époque, Dieu était chez lui parmi nous ! Les chrétiens (et les autres) lui faisaient faire le tour de leurs habitations, un peu comme un propriétaire fait le tour de ses domaines. Mais la comparaison est mal choisie. Car nous n’étions pas les « choses » du bon Dieu, ni ses laquais. Non, simplement Dieu « était avec nous », ce qui est la traduction d’ « Emmanuel », le nom de Jésus dans l’évangile selon Saint Matthieu (Mt 1,23). Avec nous pour de bon, pas seulement en métaphore ou « en esprit ». Réelle présence. Présence réelle.

Une foi publique et sans honte

C’est-à-dire que l’époque ne connaissait pas encore la problématique de la « privatisation de la foi ». Celle-ci était encore une affaire publique (malgré la loi de 1905). La France ne rougissait pas de Jésus-Christ, du moins les classes moyennes et populaires.

Le peuple était fier de se mettre sur son trente-et-un afin de l’escorter. Le fait de savoir si la théologie scolastique « chosifiait » ou non l’Eucharistie n’affleurait pas ses pensées. Jésus était présent au milieu de son peuple, c’est tout. La fête ! A faire pâlir d’envie homo festivus de Philippe Muray !

La foi n’était pas cantonnée entre quatre murs, recluse comme une captive. Elle était plutôt aérée, en consonance avec la vie (même s’il ne faut pas trop idéaliser à ce sujet). Du coup, les chrétiens se trouvaient moins schizophrènes.

Et puis, tout à disparu subitement. L’ouragan de la sécularisation a tout emporté. J’en faisais un jour la remarque à Monseigneur Marcus, l’ancien archevêque de Toulouse, venu célébrer dans le Comminges, la partie méridionale du département de la Haute-Garonne.

Jésus cherche à agrandir son cercle de relations

Connaîtrons-nous d’autres Fête-Dieu comme jadis ? Pour l’instant, c’est peu probable. Comme je le disais plus haut, la procession rassemblait presque tout le village. Pas de communautarisme à l’époque ! Le croyant, le tiède, l’indifférent, le sceptique, tout le monde venait, était de la partie, et pour finir si tous ne récitaient les vêpres, tous du moins y assistaient.

Maintenant, les chrétiens fervents se retrouvent entre eux. Il y a peut-être moins de tièdes. Les hypocrites et les m’as-tu-vu ont déserté les églises : s’y montrer n’est plus un gage de respectabilité. Les indécis leur ont emboîté le pas. L’Église renoue avec les catacombes ! Les rangs sont clairsemés (c’est le moins qu’on puisse dire !). La messe n’est plus « obligatoire ». On pourrait croire que c’est là un progrès, que l’ « authenticité » individuelle a pris le pas sur le holisme de la communauté villageoise de jadis.

Ce constat n’est pas faux. Cependant, on ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est une terrible perte. Car Jésus n’est mal à l’aise avec personne. Il lui tarde de sortir de nouveau à travers les rues, comme il le fit jadis à Jérusalem le Jour de ses Noces ! Il désire tellement agrandir son cercle d’amis, et ne pas rester dans l’entre soi des croyants réguliers ! (C’est une façon de parler, car il continue à frapper à toutes les portes, et garde l’initiative ; mais qu’est-ce qu’une amitié à sens unique ?). Entendrons-nous son désir des âmes : « J’ai soif » ?

Jésus se morfond dans son Temple. Faisons-le sortir !

Jean-Michel Castaing

2 réponses à “Nostalgie de la Fête-Dieu”

  1. Mr frédéric

    Loué soit Jésus-Christ ,
    Joli texte empreint de nostalgie , de notre douce France
    celà ne reviendra plus !
    ce fut un temps
    l époque matérialiste , du paraître et de l image éfface Dieu de la conscience
    mais ce qui resterons fidels à la foi en Jésus , ceux-là connaitront la joie divine et la vraie liberté
    notre devoir est de partager cette connaissance du Christ à temps et à contre-temps
    ce trésor inestimable et inépuisable est à distribuer sans retenu
    que le Saint Nom du Seigneur Jésus soit béni pour les siècles des siècles !

  2. Charles Vaugirard

    Très beau texte cher Jean-Michel ! J’ai moi aussi un vrai désir de procession eucharistique.
    Un signe d’espérance : certaines paroisses font à nouveau des processions de la Fête-Dieu, et pas seulement des paroisses tradis. Cela semble, petit à petit, revenir avec la nouvelle génération de prêtre.

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