Dans le monde sans en être

[Edito] De la cathosphère aux périphéries

PapeFrançoisInternet

“Si la possession de la foi oblige à la recherche de la vérité, la possession de la vérité oblige à la communication” disait Frédéric Ozanam en 1843 dans les Devoirs littéraires des chrétiens, un article qu’il qualifie d’examen de conscience pour les gens de lettres catholiques. Ce texte d’Ozanam se voulait une profonde réflexion sur le rôle et l’attitude que doit avoir un auteur catholique dans le monde. Il parle même de “vocation laïque” pour désigner la mission d’écriture de l’intellectuel catholique. Écrit dans une époque où la presse chrétienne était troublée par des polémiques violentes et des articles au verbe corrosif, ce document est un appel à la mesure et à la charité envers nos contradicteurs : “Il ne faut point compromettre la sainteté de la cause par la violence des moyens”, écrivait-il.

Le chemin dessiné par Ozanam est une voie droite évitant les excès d’une vérité annoncée sans charité, et les dérives d’une charité mettant sous le boisseau la vérité. Et il ne s’est pas contenté de tracer un chemin, il s’est engagé dans cette voie en créant le journal chrétien l’Ere nouvelle en 1848. Ce titre était l’exemple d’une presse chrétienne fervente dans la communication de la vérité et respectueuse du contradicteur lors des controverses.

La réflexion sur la mission de communication des chrétiens continue, et ces derniers jours les Cahiers Libres ont ajouté leur pierre à l’édifice. Deux interviews sont venues nourrir le débat : l’entretien avec Erwan Le Morhedec, alias Koz, pour les dix ans du blog KozToujours, et l’entrevue avec le père Renaud Laby à l’occasion de son enquête sur les sites Internet diocésains.

Ces deux rencontres exceptionnelles apportent une vraie réflexion sur le web chrétien et nous avons retenu deux points abordés par ces deux personnalités : la question de la qualité des débats et celle de l’écho du web chrétien au delà du public chrétien, autrement dit de la “cathosphère”.

Koz a soulevé une question importante sur l’impact de Facebook et Twitter sur la blogosphère : Je crois que, malheureusement, ils ont tué les blogs et, en grande partie, l’idée d’une démocratie numérique. Ils ont asséché les blogs, noyé des vocations dans la masse anonyme de Twitter ou le cercle communautaire de Facebook. Finalement, le citoyen qui tenait une occasion d’exister, au moyen d’une position étayée, a vu cette occasion lui échapper. Ce qui portait la promesse d’un débat un peu structuré s’est perdu dans des saillies éphémères.”

Sa remarque est juste et les réseaux sociaux ont en grande partie transformé des débats de fond en polémiques stériles… Voire violentes comme au temps de Frédéric Ozanam.

L’autre constat est fait par le père Renaud Laby et concerne les sites webs diocésains et paroissiaux : “Les personnes non-croyantes ou en recherche ne visitent pas ces sites, sinon de manière très accidentelle.” Et plus loin il précise : “Mon étude montre que le web reproduit en fait les marqueurs du groupe social des catholiques (…) Internet n’apparaît pas comme un monde à part, mais comme un prolongement du réel et donc, en ligne, les défis de l’évangélisation sont les mêmes qu’hors ligne : il s’agit de sortir de l’entre soi pour porter l’évangile hors des cercles qui en vivent déjà.”

Ce constat est pertinent surtout quand il dit : “En outre, les mots de la foi, comme « Jésus » et « Résurrection » sont quasiment absents de ces sites.” Ces sites, même quand ils affirment vouloir évangéliser sont, de fait, visités et utilisés par les catholiques pratiquants. C’est déjà positif car les pratiquants ont besoin d’information. En revanche, on note un loupé sur l’évangélisation, ce qui s’explique en partie par une trop faible expression du kérygme : le fondement de la foi.

Le constat de Koz et celui du père Laby ont en commun qu’ils invitent à une remise en question du travail des chrétiens sur Internet. L’un appelant à une blogosphère catholique préférant la réflexion de fond aux polémiques sur Twitter, l’autre à un “renouveau kérygmatique” repensant l’évangélisation sur le web autour des fondamentaux de la foi.

Renouveler la communication sur le web nous permettra de sortir de notre cathosphère pour aller vers les périphéries, là où se trouve ceux qui ne connaissent pas la bonne nouvelle. C’est là notre mission qui accomplira encore un peu plus notre “vocation laïque” d’auteurs sur la Toile.

Charles Vaugirard

2 réponses à “[Edito] De la cathosphère aux périphéries”

  1. [Edito] De la cathosphère aux pér...

    […] tinent surtout quand il dit : “En outre, les mots de la foi, comme « Jésus » et « Résurrection » sont quasiment absents de ces sites.” Ces sites, même quand ils affirment vouloir évangéliser sont, de fait, visités et utilisés par les catholiques pratiquants. C’est déjà positif car les pratiquants ont besoin d’information. En revanche, on note un loupé sur l’évangélisation, ce qui s’explique en partie par une trop faible expression du kérygme : le fondement de la foi. Le constat de Koz et celui du père Laby ont en commun qu’ils invitent à une remise en question du travail des chrétiens sur Internet. L’un appelant à une blogosphère catholique préférant la réflexion de fond aux polémiques sur Twitter, l’autre à un “renouveau kérygmatique” repensant l’évangélisation sur le web autour des fondamentaux de la foi. Renouveler la communication sur le web nous permettra de sortir de notre cathosphère pour aller vers les périphéries, là où se trouve ceux qui ne connaissent pas la bonne nouvelle. C’est là notre mission qui accomplira encore un peu plus notre “vocation laïque” d’auteurs sur la Toile. Charles Vaugirard  […]

  2. perlapin

    Le constat du père Laby sur l’absence des mots clés de la foi comme Résurrection ou Jésus ne me semble pas être stricto sensu une preuve d’entre soi, mais est plus un marqueur de codes de l’ancienne génération, pour laquelle évoquer les mots importants en public (les mots de la foi, en somme) ne “se fait pas”, même dans le cercle paroissiale ou diocésain, entre chrétiens (vocation des sites institutionnels).

    Vous retrouverez ce trait culturel par exemple dans certaines interventions d’évêques d’âge mûr, même face à un public exclusivement composé de chrétiens, où les références à l’Évangile ou au dogme sont très peu présentes et où le vocabulaire est plutôt celui de l’animation pastorale. C’est logique que ce trait se retrouve sur les sites institutionnels. Je ne sais pas si cela fait des acteurs de ces sites des frileux de l’évangélisation, je me risque à penser que ce sont plutôt les codes d’une époque, avec ses qualités et ses défauts.

    En somme, le travail de réexplicitation du Kérygme entrepris par la Nouvelle Évangélisation passe par le net, mais pas seulement, le net n’est qu’un symptôme parmi d’autres.

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