Dans le monde sans en être

La vierge Marie, une personne inépuisable

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Les catholiques auraient tort de s’étonner de l’étonnement, de la perplexité que suscite leur piété mariale chez nos frères chrétiens séparés1ndlr: les protestants. Pourquoi accorder une telle place à une créature, fut-elle la mère du Seigneur ? N’est-ce pas déraisonnable ? A ces légitimes interrogations les dévots de Marie répondent généralement que telle est la volonté de Dieu. En quoi ils sont dans la vérité. C’est bien une disposition divine qui en a décidé ainsi. Les Ecritures corroborent d’ailleurs cette disposition, ainsi que la piété populaire. Vox populi, vox Dei.

Le christianisme est une religion personnaliste

D’autre part, le culte marial est en quelque sorte solidaire de celui rendu à son Fils, quoiqu’à un niveau différent. Or, il ne s’agit pas ici d’un culte de la personnalité similaire à ceux dont sont coutumiers les régimes totalitaires. En mettant en avant la figure personnelle de Jésus, le christianisme ne verse pas dans l’idolâtrie ; il se fait simplement le promoteur de la personne, en plus de souligner cette vérité essentielle : Dieu Lui-même est une personne, ou plutôt trois Personnes. Autrement dit la religion chrétienne est personnaliste. Ce qui compte pour elle, c’est la promotion de l’être humain, non la simple récitation d’ articles de foi. Il en va de même avec Marie. Le Dieu en trois Personnes fonde la dignité personnelle des hommes.

La personne est au centre. Au centre des préoccupations, mais aussi au centre du dispositif du salut – ce qui fait de la promotion de l’homme en son unicité quelque chose de fondamental. Cette caractéristique rend le christianisme particulièrement singulier dans le concert des religions.

 « Le message chrétien est en effet porteur d’une rare prétention : il annonce que le sens dernier de l’existence de tout homme et de tous les hommes, hier, aujourd’hui et demain, et que leur salut, c’est-à-dire leur bonheur parfait et leur libération totale, leur sont apportés par un homme, pris entre des milliards, dont l’existence obscure dans un coin du monde et de l’histoire est en même temps revêtue d’une importance décisive pour tous les peuples de l’univers. »2B. Sesboüé, L’Evangile et la Tradition, Bayard, Paris, 2008, p. 22.

Jésus est unique, Marie est unique, nous sommes tous uniques. Reste à savoir en quoi consiste l’unicité de la mère de Jésus. C’est ce que je vais essayer de démontrer de façon partielle.  Je ne braquerai en effet le projecteur que sur trois points précis de cette unicité. Je ne me lancerai donc pas ici dans une vaste justification du culte marial : elle demanderait un livre ! Je n’en relèverai que trois motifs, qui sont loin d’épuiser, comme on s’en doute, toutes les convenances de cette piété.

Ce court exposé ne prétend pas énumérer toutes les raisons du culte marial ; toutefois il n’est pas facultatif de connaître, ou inutile de redécouvrir si elles ont été oubliées, celles que je vais tenter d’exposer brièvement, et bien imparfaitement, ci-dessous.

Je tiens à préciser que le culte rendu à la Mère de Dieu est un culte de vénération – de dulie – et non d’adoration – de latrie. Celui-ci n’est dû qu’à Dieu seul. Les chrétiens prient la Vierge de prier pour nous le Seigneur, d’intercéder en notre faveur. La Vierge est toute relative à Dieu. Aussi faut-il plutôt parler pour elle de culte d’hyperdulie, supérieur à celui que l’on rend aux autres saints et aux anges, mais différent non seulement par degré, mais aussi par nature, de l’adoration due à Dieu seul.

La Vierge est un don de Dieu

Le premier motif concerne la source d’où émane l’honneur qui a été fait à la Vierge, honneur qui justifie l’attachement des croyants à sa personne. Cette source, c’est bien sûr Dieu Lui-même. Je ne dis pas cela pour étayer la piété mariale d’un argument d’autorité, du genre : « Nous devons respect et dévotion à Marie parce que Dieu en a décidé ainsi ! Point barre. » Il y a bien longtemps que les chrétiens ne se contentent plus de ces justifications unilatérales ! Non, si j’insiste sur la provenance divine du culte dû à la Vierge, ce n’est pas pour couper court à toute discussion, tout débat.

Je désire plutôt faire toucher du doigt par là que la dignité de l’Être qui nous donne la Vierge rejaillit sur elle. Car Dieu n’institue pas Marie comme Mère de l’humanité, pour ensuite s’éclipser, en nous demandant de nous débrouiller tous seuls avec elle ! Tous les actes de Dieu, parce qu’il est Dieu et éternel , sont également éternels et infinis comme Lui. Autrement dit, la donation de Marie est un acte infini, éternel, dont les effets sont loin d’être épuisés à l’heure actuelle. Marie reste un don qui nous vient d’un au-delà dont nous pouvons pas soupçonner toute la richesse. Et cette richesse concerne également cette donation par le Seigneur de sa mère.

Ainsi, l’infinitude de Dieu rejaillit-elle sur la Vierge – non pas que Marie soit infinie, comme Dieu. Cependant la source divine dont elle provient nous laisse deviner que nous n’en aurons jamais fini d’énumérer tous les trésors que recèle la personne de la Vierge en tant que don fait aux hommes par Dieu Lui-même.

« De Maria numquam satis » dit l’adage : « De Marie on ne parlera jamais assez ». Pourquoi ? Parce que Celui qui en a décidé ainsi, qui est éternel et infini, restera éternellement Celui-Qui-nous-donne-Sa-Mère.

La Vierge est née de la miséricorde divine

La seconde raison que je soulignerai du culte marial réside  dans l’innocence dont est parée la Vierge. Or cette innocence n’est pas celle des origines. C’est l’innocence née de la Rédemption issue de la Pâque du Christ. Marie est la première sauvée. Sauvée dès les premiers instants de son existence en prévision des mérites de son fils Jésus. Telle est l’une des significations de son Immaculée Conception.

Si j’insiste sur ce point, c’est afin de souligner que la Vierge Marie n’est pas située sur un autre plan d’humanité que nous. Elle-même est née du flanc transpercé du Christ sur la Croix. Même si elle mère de l’Eglise, elle en fait également partie, elle est membre du Corps du Christ comme chacun de nous, bien qu’ à une place suréminente.

La Vierge est issue de la miséricorde Dieu. Ainsi, en lui rendant un culte, les croyants contemplent en sa personne ce que la bonté du Seigneur a fait de plus grand dans la Création. En aimant la Vierge, les chrétiens louent Dieu, et Le remercient de ce qu’Il a fait pour l’humanité. En effet, tout ce qui est dit de la Vierge peut être dit de l’Eglise, et donc de nous autres.

Le culte marial ne constitue donc pas une aliénation, ni un rajout mythique. Même sil est hors de question de rendre un culte à l’humanité en honorant Marie, en revanche nous nous souvenons de la grandeur de notre vocation en évoquant sa figure sans pareille. Les grandeurs mariales sont les nôtres, même si les unes comme les autres  ont leur source en Dieu. Le culte de la Vierge reste de la sorte un excellent antidépresseur, un bon antidote à la dépréciation de soi !

La bonté sans égale de Marie

Enfin, le troisième motif de la piété mariale que je relèverai concerne la générosité de la Vierge. Si Marie est appelée la nouvelle Eve, ce n’est pas seulement parce qu’elle est la mère du nouvel Adam, Jésus-Christ. Cela tient également à ce que, contrairement à Eve au jardin d’Eden, elle n’a pas fait main basse sur l’arbre de vie, comme l’épouse du premier Adam a désiré s’approprier le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Au contraire la Vierge s’est dessaisie de l’arbre de vie : Jésus, en acceptant que le salut s’opère au détriment de Celui qu’elle chérissait plus qu’elle-même. C’est-à-dire que Marie a accepté de mourir avec son fils (sa compassion et sa souffrance acceptée à la Croix équivalent à tous les martyrs) afin de nous obtenir le salut. Au rebours d’Eve, qui a succombé à la tentation de garder pour elle seule le fruit de l’arbre (qui n’était pas celui de vie, mais de la connaissance).

Pour cette raison, pour son abnégation suprême manifestée sur le Calvaire, Marie mérite d’être honorée comme notre mère et reine.

Je pourrais dérouler bien d’autres motifs à la piété mariale. La Tradition accorde à la Vierge, entre autres qualités, celle de rendre les hommes éloquents ! Je me contenterai ici de ces trois raisons. Aux lecteurs d’en trouver d’autres ! Elles ne manquent pas. Ainsi que je le soulignais plus haut, Celui qui nous l’a donnée est infini dans l’acte même de cette donation. Nul doute qu’il reste bien d’autres richesses à découvrir dans ce sublime testament !

Jean-Michel Castaing

 

Notes :   [ + ]

1. ndlr: les protestants
2. B. Sesboüé, L’Evangile et la Tradition, Bayard, Paris, 2008, p. 22.

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