Dans le monde sans en être

Edito : Soyons des Saints, même en politique

By Edgar Jiménez from Porto, Portugal (Papa rock star) [CC BY-SA 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons

« Si le Seigneur t’appelle à cette vocation, vas-y, fais de la politique, cela te fera souffrir, peut-être cela te fera-t-il pécher, mais le Seigneur est avec toi. Demande pardon et va de l’avant. »  Pape François

Nous sommes tous appelés à la Sainteté. Tous. Même toi. Même moi. Même lui. Et je suis même sur qu’IL a très envie que François Hollande soit saint. Et pour ceux qui douteraient de l’appel à la sainteté, il suffit de relire un peu Lumen Gentium : “L’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur état” (Lumen Gentium 40). Car oui, tous sont appelés à la sainteté : “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait” (Mt 5, 48). Tous, même les politiques donc.

Mais la politique salit, corrompt, c’est bien connu. C’est sûrement pour ça que bien des catholiques s’en tiennent éloignés. Mais le pape nous rassure : « Faire de la politique est important, la petite comme la grande ! On peut devenir saint en faisant de la politique. » C’est une chose de le dire, c’en est une autre de le faire.

Car la politique, c’est aussi faire des compromis, affronter des adversaires qui ne jouent pas toujours selon les règles. Dès lors, se posent la question de la fin et des moyens. Quand on veut défendre ce qu’on estime bon, beau et vrai, on est parfois tenté de faire des compromis qui frôlent la compromission. Et la tentation est alors grande de déconnecter complètement la politique du rapport au Christ. En politique, on prendrait sa part nécessaire de mal, et en religion, il s’agirait de s’en défaire.

Mais c’est une attitude schizophrène. Car sans chercher l’avènement d’une Chrétienté politique, on peut s’interroger sur la nécessite d’une unité de vie. Et le discernement n’est pas évident. Encore un motif possible de découragement. Mais encore une fois « Un catholique ne peut se contenter de regarder du balcon » dit le pape. Et on peut s’investir en politique avec l’espoir de ne pas se salir les mains, et tout faire pour. C’est une exigence forte, mais suivre le Christ c’est exigeant. C’est possible, comme il est possible de vivre sa vie en espérant ne pas pécher. Il faut discerner.

Et c’est là où ce que dit le pape, sans être révolutionnaire, donne des indications pratiques sur la conduite à tenir. Il distingue la grande et la petite politique. Nous ne sommes pas tous appelés à faire campagne pour acquérir des responsabilités, mais nous sommes tous appelés à ajouter une pierre à l’édifice. Dans une association, par de petites bonnes actions tournées vers le bien commun, on pose déjà des actes politiques. Participer à la vie de la cité, dans tous ces aspects, c’est déjà un acte politique. Il ne faut pas dénigrer cette politique là, elle est d’ailleurs plus simple à assumer et sûrement moins au prises avec des dilemmes moraux.

Servir la soupe aux plus démunis, donner des cours de langue à des étrangers, ce sont des actes politiques. Parce qu’on refuse de laisser les choses se faire sans agir. S’investir dans le conseil municipal, quel que soit la taille de la ville, c’est aussi un moyen de sanctification, parce qu’on tente d’aller vers le bien commun à un échelon local. Prendre une cause et la défendre, s’y investir en donnant du temps, c’est un acte politique. Que ce soit la cause des chrétiens d’Orient, l’habitat des oiseaux nicheurs ou la préservation de patrimoine oublié, c’est de la politique.

Quant à la grande politique, celle des élections et des débats télévisés, il ne faut pas non plus s’en séparer. Car si les catholiques n’y vont pas, d’autres iront à leur place. Et là encore, le pape rappelle que le fait d’avoir les mains sales n’est pas une fatalité. Sur le chemin de la sainteté, bien des Saints sont tombés. Mais ils se sont toujours relevés. Par la grâce des sacrements, nous pouvons avoir la certitude que nous sommes pardonnés. Et alors nous pouvons nous relever.

Faire les choses à notre mesure, prendre les moyens d’agir selon notre conscience, ne pas tourner le dos à l’unité de vie. Et avancer, se relever quand on tombe. Vivre en Chrétiens, en fait. Se tenir éloigné de la politique c’est, pour paraphraser Peguy, “avoir les mains pures, mais ne pas avoir de mains”. A quoi servent ces mains si on ne peut s’en servir ?

Alors pour devenir des saints, prenons le risque de la politique, si nous y sommes appelés. Peut-être qu’il faudra mettre les mains dans le cambouis, peut-être que des mains en seront salies, mais il faudra se relever, et ne pas s’y noyer. Sans cela, qui relevera la politique elle-même ?

Fol Bavard

3 réponses à “Edito : Soyons des Saints, même en politique”

  1. Charles Vaugirard

    Très bon édito !

    J’ai toujours été marqué par le sous-titre de la biographie de Robert Schuman par René Lejeune : “La politique, chemin de sainteté”. C’est très juste, la politique peut être un chemin de sainteté, et nous avons quelques bons exemples, Robert Schuman en tête.

  2. Vieil Imbécile

    C’est exactement ce que je disais à tes géniteurs samedi dernier : t’es un chouette type 🙂

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