Dans le monde sans en être

Surrexit Christus vere, Alleluia !

Il y a quinze jours de cela, nous célébrions le dimanche de Laëtare dont la couleur liturgique est le rose comme l’aurore du matin de Pâques. La liturgie se proposait de nous faire entrapercevoir le terme de notre carême : la Résurrection du Seigneur.

En ce jour de Pâques, nous ne sommes plus dans l’anticipation mais dans l’aujourd’hui de Dieu, celui de la Résurrection de son Fils. La nuit passée, au cours de la Vigile Pascale, avec le Peuple Elu nous avons fui l’Egypte, échappé à Pharaon et à ses armées en traversant la Mer Rouge à pied sec. Par la liturgie baptismale pendant laquelle des catéchumènes ont été plongés dans la mort et la Résurrection du Christ nous avons rendu grâce pour la vie de Dieu présente en nous.

 

Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin…

Aujourd’hui, le « premier jour de la semaine », nous suivons Marie-Madeleine qui se rend « au tombeau de grand matin, alors qu’il faisait encore sombre. » Avec elle, nous sommes les témoins de deux faits : « la pierre avait été enlevée du tombeau » et « on a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Avec elle nous courons « trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait… ». Malgré le reniement de Pierre, Marie-Madeleine va le trouver. Elle reconnaît en lui, malgré sa faiblesse, celui à qui Jésus a donné la mission de confirmer, d’affirmer la foi de ses frères.

« Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il vit que le linceul… » A leur tour, les disciples courent jusqu’au tombeau et ne tardent pas à découvrir le lieu tel que Marie-Madeleine l’avait décrit. Saint Jean Chrysostome en fin limier, dit qu’ « il y avait là une preuve évidente que le corps de Jésus n’avait pas été dérobé. Celui qui l’aurait dérobé n’aurait pas pris la précaution de le dépouiller de ces linges, de ces linges que l’embaumement faisait adhérer au corps. On n’aurait pas pris la précaution de plier les linges avec tant de soin, et de mettre à part le suaire qui avait enveloppé la tête. Tout cela avait été fait avec un grand calme… »

« Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il vit que le linceul était resté là ; cependant il n’entra pas. » D’aucuns s’interrogent : pourquoi l’évangéliste précise-t-il que Jean qui pourtant courut plus vite que Pierre n’entra pas dans le sépulcre ? » La Tradition voit dans le Disciple bien aimé un mystique, celui qui a posé sa tête sur le Cœur du Christ lors de la dernière Cène, alors que Pierre incarne l’Eglise hiérarchique. En attendant et en laissant saint Pierre entrer le premier dans le sépulcre, saint Jean reconnaît sa primauté et respecte le choix de Jésus.

 

Il vit et il crut.

« C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. » Contrairement à Pierre qui « regarda le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. » L’évangéliste dit à propos du Disciple bien aimé : « Il vit et il crut » comment comprendre cette courte incise ? Sans doute que devant le tombeau vide, saint Jean s’est souvenu d’une Parole du Christ. Laquelle ? Bien malin qui pourrait le dire. A titre très personnel, en référence à l’Evangile du troisième dimanche de Carême, je dirais : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai… » ou bien «  Je suis la résurrection et la vie… » Cette parole lui est revenue comme en un flash. La connaissance et l’amour de l’Ecriture est une bénédiction pour nous. Par elle nous pouvons « voir » et « entendre » le Seigneur ressuscité. C’est pourquoi, je ne peux pas m’empêcher de penser à cette parole du Seigneur pour nous : « Heureux (plutôt) ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent[1] ! » Comme la Vierge Marie médite et garde en son cœur la Parole de Dieu, comme saint Jean le témoin fidèle médite et garde en son cœur les Paroles de Jésus, nous aussi méditons et gardons en nos cœurs les parole du Ressuscité, le Christ notre Sauveur et notre Dieu … C’est ainsi qu’au jour du jugement, comme la Vierge Marie, sa Mère et la Mère de l’Eglise, comme l’Apôtre saint Jean, le disciple bien aimé, comme l’Apôtre Saint Pierre, colonne de l’Eglise, comme Marie-Madeleine, l’Apôtre des Apôtres et tous les saints, il nous déclarera heureux d’avoir écouté, gardé et transmis sa Parole de vie …

Enfin : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscitât d’entre les morts. » Combien, la résurrection de la chair est difficile à admettre… Les disciples eux-mêmes pourtant avertis par trois fois par Jésus n’ont rien compris… Récemment, quelqu’un me confiait croire en la résurrection de la chair du Christ, mais seulement en la sienne. Cette personne disait qu’elle croyait à l’éternité de son âme, mais qu’elle ne croyait pas à la résurrection de son corps ! En citant saint Thomas d’Aquin j’objectais que « l’âme séparée du corps est incapable de réaliser la perfection dernière de l’espèce humaine. Aucune âme ne restera donc éternellement séparée de son corps. Il est donc nécessaire que tous les hommes ressuscitent, aussi bien qu’un seul[2]… » La résurrection de la chair apporte une nouvelle perfection à l’âme dans sa perception de la béatitude, de la vision de Dieu. En s’incarnant, en mourant sur la croix et en ressuscitant le troisième jour, Jésus atteste de l’amour de la Trinité pour sa créature. En Jésus, Dieu nous a aimés jusqu’au bout et tout entiers… Enfin, je ne résiste pas à faire miennes et à confesser les paroles de Job : « Je voudrais qu’on écrive ce que je vais dire, que mes paroles soient gravées sur le bronze avec le ciseau de fer et le poinçon, qu’elles soient sculptées dans le roc pour toujours : Je sais, moi, que mon libérateur est vivant, et qu’à la fin il se dressera sur la poussière des morts ; avec mon corps, je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu. Moi-même, je le verrai, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas. »

 

En ce beau jour de Pâques, réjouissons-nous en proclamant que le Christ est vraiment ressuscité et qu’Il a vaincu la mort Alléluia.

 

Pod+

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Lc 11, 27-28.

[2] Somme Théologique, IIIa p., question 75, art. 2, conclusion.

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