Dans le monde sans en être

Seigneur, donne-nous des prêtres

Le quatrième dimanche de Pâques, en référence à l’Evangile que nous venons d’entendre, est celui dit du bon Pasteur où traditionnellement l’Eglise prie pour les vocations sacerdotales. La semaine dernière, avec l’Evangile des disciples d’Emmaüs, nous avons évoqué le fait que le Seigneur ressuscité nous a laissé sa Parole ainsi que son Corps et son Sang comme signes de sa présence dans le monde. Aussi, afin que sa Parole soit proclamée et expliquée et que l’unique Sacrifice de la Croix soit actualisé, le Seigneur a donné à son Eglise des pasteurs. Voilà pourquoi avec le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous pouvons dire que « l’ordre est le sacrement grâce auquel la mission confiée par le Christ à ses Apôtres continue à être exercée dans l’Église jusqu’à la fin des temps

Pasteur, prêtre, prophète, roi.

Mais venons en à l’Evangile de ce jour dans lequel « Jésus disait aux Juifs : ‘Je suis le bon pasteur, le vrai berger…’ » La tradition juive, assimile le roi au pasteur, du fait que David fut berger … D’autres patriarches et grandes figures bibliques furent un temps des bergers. C’est ainsi que Moïse « faisait paître le petit bétail de Jéthro, son beau-père, prêtre de Madian »1Ex 3,1, lorsqu’il vit le buisson ardent. Les prophètes, Jérémie et Ezéchiel, annoncent aux rois de Juda qui ont failli à leur tâche que Dieu donnera à son peuple de nouveaux bergers qui le paîtront avec sagesse2Jr 3,15 & 23,1-4. En outre Ezéchiel annonce que Dieu se fera lui-même le pasteur d’Israël3Ez 34,11-16, et qu’il suscitera un nouveau pasteur qui sera à tout jamais le roi du peuple élu : « Mon serviteur David sera roi sur eux ; il y aura pour eux tous un seul berger. Ils marcheront suivant mes règles, ils observeront mes ordonnances et les exécuteront. »4Ez 37,24

« Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. » En commentant ce verset, saint Jean Chrysostome dit : « Voilà sa passion prédite ; elle est prédite dans ses fruits, elle sera le moyen d’assurer le salut du troupeau ; elle est prédite dans son acceptation volontaire, preuve de son amour5Homélie LIX sur l’Evangile selon saint Jean, chapitre 3 En Jésus, comme en Melchisédech, les figures, du roi/pasteur et du prêtre se confondent. Comme le dit un cantique : Jésus est l’agneau et le pasteur, (…) le roi, le serviteur… La Tradition rappelle qu’il est le prêtre, l’autel et la victime. Autrement dit, il est le prêtre parfait qui se livre une fois pour toutes pour notre salut. Par le don de sa vie, il nous obtient le salut ; par son exemple il nous montre le chemin du salut et nous nourrit en se donnant lui-même en nourriture.

« Le berger mercenaire, lui, n’est pas le pasteur, car les brebis ne lui appartiennent pas… »

Dans un long développement au sujet des mercenaires, saint Augustin en distingue plusieurs types dont un en particulier qui retient notre attention. Il s’agit du « berger à gages, à la fois coupable et nécessaire … ». A leur sujet, l’évêque d’Hippone dit que « leur amour pour le Christ n’est pas désintéressé ; ce n’est pas pour Dieu qu’ils cherchent Dieu : ils poursuivent des avantages temporels… » Cependant il remarque que le Seigneur peut d’un mal faire un bien, c’est pourquoi il ajoute : « Apprenez maintenant pourquoi les bergers à gages sont nécessaires. Il y a dans l’Eglise beaucoup de gens qui recherchent des avantages temporels (…) Pourtant, ils prêchent le Christ ; par eux la voix du Christ se fait entendre: les brebis les suivent. Ce n’est pas le berger à gages qu’elles suivent, mais la voix du pasteur à travers la sienne . »6Tractatus in Johannis evangelium, XLVI, 5-8

Nous avons vu qui est le berger à gages qui « s’il voit venir le loup, abandonne les brebis et s’enfuit… », il nous reste à voir qui est le loup … Saint Augustin dit qu’il s’agit du Démon. S’ensuit une diatribe au sujet des mercenaires qui abandonnent par leur silence coupable les brebis aux prises avec le péché : « Eh quoi ! le loup saute au cou d’une brebis, le démon entraîne un fidèle dans l’adultère, et tu te tais, tu ne lui fais pas de reproches: berger à gages, tu as vu venir le loup et tu t’es enfui. Il répond peut-être: Non, je suis ici, je n’ai pas fui. — Tu as fui, puisque tu as gardé le silence; c’est la crainte qui t’a poussé à te taire. La crainte, c’est la fuite de l’âme. Tu es resté là physiquement, mais tu étais absent par l’esprit… »

« Moi, je suis le bon pasteur : je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. » Dans la Bible, le verbe « connaître » désigne l’union conjugale et par extension l’intimité existante entre des personnes. Connaître implique une relation de réciprocité, une unité profonde et l’amour. Le dynamisme de la connaissance pousse à l’union qui n’est possible que dans l’engagement au service de l’autre qui désormais n’est plus un inconnu, mais notre prochain, notre ami… Cette relation trouve son origine et sa fin en Dieu où les trois Personnes de la Trinité se connaissent en vérité, totalement. C’est parce que Jésus connaît le Père en vérité, qu’Il aime le Père et qu’il connaît l’amour du Père pour chacun de nous qu’il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme. Par Lui nous comprenons que Dieu le Père nous connaît individuellement. En effet, ainsi que le dit saint Jean, le Bon Pasteur connaît ses brebis et les appelle « par leur nom », il prend soin d’elles jusqu’à livrer sa vie par amour pour elles…

« J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. Personne n’a pu me l’enlever ; je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père.» Les brebis « qui ne sont pas de cette bergerie », c’est l’humanité tout entière. En effet, si dans un premier temps, Jésus est venu pour les brebis perdues de la Maison d’Israël, désormais, depuis la Pentecôte, le rôle essentiel du pasteur est de conduire vers le ciel, notre unique bercail, les brebis venues de partout …

Le fidèle dit : « Je sais que cette parole est bonne » ; L’étranger dit : « Il n’y a rien … »

C’est dans l’Eglise que les brebis peuvent écouter sa voix. Dans la Bible, écouter signifie beaucoup plus que la simple audition. Ecouter est l’attitude fondamentale du croyant face à Dieu. Cela nous rappelle le « Credo » d’Israël : sh’ma israel adonai eloheinu adonai echad : écoute Israël, le Seigneur est avec nous, le Seigneur est Un… L’Eglise a pour mission de permettre à l’homme d’entendre, d’écouter et de recevoir la Parole de Dieu, le Christ lui-même. Car comme le dit Jésus : « Celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle. » Ecouter devient très vite synonyme de faire confiance, mais aussi de croire, ce qui fait dire à saint Augustin : « L’âme qui appartient à Jésus Christ entend sa voix, comprend sa parole : l’étranger n’entend pas. L’étranger et le fidèle peuvent se trouver à l’égard de la même parole de l’Evangile dans une même situation, ils peuvent ne pas la comprendre. Le fidèle dit : « Je sais que cette parole est bonne, encore que je ne la comprenne pas » ; et parce qu’il a foi à la parole de son Maître, il pousse à la porte pour qu’on lui ouvre ; et s’il persévère, il méritera qu’on lui ouvre. L’étranger dit : « Il n’y a rien … »7Tractatus in Johannis evangelium, XLV, 7

Ce qui permet de croire, outre le don de Dieu qu’est la foi, c’est que le Christ a vécu dans sa chair ce qu’il a dit. En lui la parole et l’agir sont unifiés. Entre le jeudi saint à la Cène où le Seigneur livre sa vie et le vendredi saint où il nous aime jusqu’au bout, c’est la même parole, la même volonté, la même action, le même don de Lui-même tout entier par amour du Père et de nous… En outre, lorsque Jésus dit à propos du don de sa vie : « Personne n’a pu me l’enlever ; je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père », il nous rappelle que Dieu est le Dieu de la vie et que la vie est victorieuse de la mort… C’est ainsi que Benoît XVI dit à propos des prêtres : « Le prêtre est l’homme de l’avenir : il est celui qui a pris au sérieux les paroles de Paul : « Vous êtes ressuscités avec le Christ : recherchez les choses d’en-haut ! ». Ce qu’il fait sur terre est de l’ordre des moyens ordonnés à la Fin ultime. La messe est ce point unique de jonction entre les moyens et la Fin, puisqu’elle nous donne déjà de contempler, sous l’humble apparence du pain et du vin, le Corps et le Sang de Celui que nous adorerons dans l’éternité. »

On ne comprendra le bonheur qu’il y a de dire la messe que dans le ciel !

En ce jour où nous prions pour les vocations sacerdotales, je ne résiste pas au fait de citer le saint curé d’Ars : « On ne comprendra le bonheur qu’il y a de dire la messe que dans le ciel ! ». Et Benoît XVI de nous exhorter : « C’est pourquoi je vous encourage à fortifier votre foi et celle des fidèles dans le Sacrement que vous célébrez et qui est la source de la vraie joie ». Le saint d’Ars s’écriait : « Le prêtre doit avoir la même joie (que les apôtres) en voyant Notre Seigneur qu’il tient entre ses mains ». Humblement je peux affirmer que cela est vrai.

Un vieil adage dit que : l’Eucharistie fait l’Eglise. Or nous savons que sans prêtre il n’y a pas d’Eucharistie ; par conséquent sans prêtre il n’y plus d’Eglise… Alors, prions le Seigneur, afin qu’il nous donne des prêtres, des pasteurs selon son cœur. Prions-le d’appeler dans nos familles, dans nos communautés paroissiales. Demandons-lui la grâce d’aimer le sacerdoce et les prêtres qui nous sont envoyés. Demandons la grâce de bien parler des prêtres8Ce qui n’empêche pas la correction fraternelle si d’aventure les prêtres en avaient besoin !!! et du sacerdoce, entre nous et devant les non croyants. Enfin, prions, priez pour que vos (les) prêtres soient de saints prêtres qui vous indiquent le chemin du ciel…

Seigneur donne nous des prêtres, Seigneur donne-nous de saints prêtres…

Bon dimanche du bon Pasteur.

Pod

Notes :   [ + ]

1. Ex 3,1
2. Jr 3,15 & 23,1-4
3. Ez 34,11-16
4. Ez 37,24
5. Homélie LIX sur l’Evangile selon saint Jean, chapitre 3
6. Tractatus in Johannis evangelium, XLVI, 5-8
7. Tractatus in Johannis evangelium, XLV, 7
8. Ce qui n’empêche pas la correction fraternelle si d’aventure les prêtres en avaient besoin !!!

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