Dans le monde sans en être

Mariage gay aux États-Unis: chronique d’une défaite annoncée

USA-gay

La presse européenne était toute émoustillée ce 28 avril dernier. Pensez donc: la Cour suprême des États-Unis commençait les auditions pour étudier la légalité du mariage gay dans les États qui l’interdisent. L’arrêt est prévu d’ici début juin, ce qui laisse un mois de spéculations et de suspense, même si la partie semble largement jouée d’avance.

En effet, la Cour suprême a déjà remis en cause, en juin 2013, le Defense of Marriage Act (DOMA). Votée en 1996 par le Congrès républicain, mais approuvée par le président démocrate Bill Clinton, cette loi imposait l’union d’un homme et d’une femme comme seule définition du mariage au niveau fédéral. Les mariages gays légalisés dans certains États se heurtaient à une non-reconnaissance administrative et fiscale aux yeux de l’État fédéral. La définition nationale du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme fut donc déclarée contraire à la Constitution. Par ailleurs, le référendum de novembre 2008, qui avait abouti en Californie à l’interdiction du mariage gay, la Proposition 8, était également déclaré inconstitutionnel.

A l’époque, cette décision ne changeait que peu de choses, en apparence, à la situation américaine. Seule une dizaine d’États avaient légalisé le mariage gay, essentiellement par décisions judiciaires ou votes parlementaires, alors qu’une trentaine avaient spécifiquement inscrits dans leurs constitutions locales que le seul mariage homme-femme était valide, souvent par référendums. Or, la Cour suprême fédérale ne forçait pas les États fédérés à légaliser le mariage gay. Pourtant, de juin 2013 à janvier 2015, les cours d’appel des États, se basant tant sur une interprétation large de la “non-discrimination”, que sur les conclusions de la Cour suprême, ont fait annuler une à une les interdictions de mariage gay. Les États qui l’interdisent sont désormais minoritaires.

En-dehors des prétoires, se déroule une autre bataille, que les Américains appellent volontiers “guerre culturelle” (culture war), tant il s’agit d’un affrontement de valeurs, et de modes de vie. Dans les États où le mariage gay devient légal, les citoyens exerçant des activités lucratives qui ne souhaitent pas s’y conformer sont pourchassés en justice. En première ligne, les boulangers-pâtissiers, et les photographes, essentiellement protestants évangéliques, qui refusent de servir des couples gays mariés, au nom de leurs croyances. La démocratie américaine se mord la queue: qu’est-ce qui revêt la plus grande importance ? La liberté d’expression ? La liberté de culte ? La non-discrimination ? Pour le moment les juges ont tranché de manière très hypocrite: les associations religieuses, telles que les Églises ou les écoles confessionnelles, peuvent refuser le mariage gay, mais pas les travailleurs, y compris ceux à leur propre compte. En conséquence, certains États gouvernés par les républicains ont commencé à émettre des lois voulant protéger l’objection de conscience des individus. Mais cette manœuvre de la dernière chance a été dénoncée par les groupes militants LGBT, soutenus par les grandes entreprises, telles que Apple, Facebook, Walmart, Amazon, Microsoft ou General Electric, lesquelles ont menacé de boycotter les États en question. C’est donc dans un contexte où le rouleau compresseur du mariage gay paraît s’imposer, malgré les ultimes résistances, que la Cour suprême se prépare à statuer.

On serait alors tenté de dire aux opposants au mariage gay… qu’ils l’ont bien cherché. En effet, leur combat de ces dernières années a été mené quasi-exclusivement sur le terrain religieux. La Bible a été davantage convoqué que la Constitution ou les droits de l’homme. “Je suis contre car la Bible dit que…” est sans doute le leitmotiv le plus courant des militants anti-mariage gay. Certes la culture américaine valorise les références religieuses. Certes cette mobilisation soude la population chrétienne, protestante évangélique, mais aussi catholique pratiquante, et transcende même les appartenances raciales: les Noirs et les Hispaniques sont vent debout contre le mariage gay. Mais pour toute l’Amérique sécularisée, urbaine, jeune et intellectuelle, cet argumentaire religieux ne tient plus. Il aurait été plus judicieux de se battre sur le terrain rationnel, de l’intérêt de la famille, et de l’enfant, pour fédérer davantage, et échapper à la caricature de fanatiques religieux.

Hélas, et c’est la faute des opposants américains au mariage gay, la filiation a été abandonnée depuis des décennies aux revendications LGBT. La PMA et la GPA sont légales partout aux États-Unis, et pour tous les couples. Le Parti républicain lui-même tolère ces pratiques, qui relèvent de la liberté d’entreprendre. Tagg Romney, fils de Mitt Romney, le candidat républicain de 2012, en est à sa deuxième mère porteuse. Déconnecté de la filiation, le mariage n’est plus qu’un mot, un symbole. Une idole, même, comme le disait dans ces colonnes Melinda Selmys. En 2008, certains stratèges républicains avaient perçu l’intérêt de valoriser la question de l’éducation des enfants. Un clip mettant en scène une petite fille rentrant de l’école, où on lui avait enseigné qu’elle pouvait se marier avec une princesse, fit un carton lors du référendum californien anti-mariage gay . Impressionnés par l’exemple français en 2013, les Américains voulurent se rattraper: la March for Marriage de Washington annonce désormais que “tout enfant a besoin d’un père et d’une mère, et la GPA commence à être critiquée. Mais c’est beaucoup trop tard.

C’est trop tard, et pouvait-il en être autrement ? Dans la mesure où la mentalité économique libérale se propage aux moeurs et à la sphère sociale, alors que le libéralisme économique est justement valorisé par les opposants au mariage gay, c’est peine perdue. Le soutien unanime des grandes entreprises en faveur du mariage gay (qui est “du bon business“, comme l’a résumé le PDG de Goldman Sachs Lloyd Blankfein, dès 2012), ainsi que les arguments fallacieux pour sa légalisation (croissance, épanouissement des entreprises, créativité, etc.) démontrent bien que ces revendications dites égalitaires ne peuvent être déconnectées d’une anthropologie, elle-même née d’un système économique.
Le Parti républicain, héraut des valeurs morales, mais aussi du libéralisme économique, se trouve donc pris au piège de ses contradictions idéologiques. Pourtant, la plupart de ses ténors ont déjà choisi: depuis 2012, estimant que le combat est perdu, les pontes du Parti républicain abandonnent un à un la défense du mariage homme-femme. De plus, l’influence du courant libertarien, qui érige la liberté individuelle en dogme absolu (même si son chef de file, Rand Paul, protestant baptiste, n’arrive pas à oublier d’où il vient), est grandissante, alors que celle du courant conservateur social est en déclin.
Mais surtout, un candidat républicain voulant gagner la présidentielle sait qu’il doit jouer les centristes. Donc parler à cette Amérique urbaine qui est acquise au mariage gay. Enfin, une campagne électorale américaine coûte cher, et les sponsors républicains du monde de l’entreprise sont devenus des avocats des revendications LGBT, comme Paul Singer. Dans ce contexte, les ténors du Parti républicain, le favori Jeb Bush en tête, se réjouissent que la Cour suprême tranchera bientôt à leur place. Ils pourront toujours signaler verbalement et formellement leur opposition à leurs électeurs conservateurs, et déplorer la primauté de juges non-élus sur un peuple privé de référendum.
La défaite du camp américain du mariage homme-femme semble donc largement consommée. En revanche, le combat pro-vie se porte bien. L’opinion demeure très divisée, et traite l’avortement comme un sujet distinct  du mariage gay. L’Amérique est une terre de paradoxes.
Pierre Jova

12 réponses à “Mariage gay aux États-Unis: chronique d’une défaite annoncée”

  1. Samengrelo

    Je suis d’accord pour dire que les Etats-Unis sont un pays bizarre… mais pas pour le dire d’une des rares choses à peu près cohérentes qu’il y ait là-bas : c’est ici, en France, qu’est l’absurdité, à savoir que l’on considère l’avortement (le meurtre d’un être humain) comme bien plus sûrement acquis et consensuel que le mariage homosexuel (qui s’attaque plutôt à la santé mentale de l’enfant). Que le respect de la vie humaine soit le dernier rempart à tomber, c’est, à défaut d’être bon, du moins plus logique.

  2. Manuel Atréide

    @ l’auteur

    “Certes cette mobilisation soude la population chrétienne, protestante évangélique, mais aussi catholique pratiquante, et transcende même les appartenances raciales: les Noirs et les Hispaniques sont vent debout contre le mariage gay. Mais pour toute l’Amérique sécularisée, urbaine, jeune et intellectuelle, cet argumentaire religieux ne tient plus.”

    Cette Amérique “sécularisée, urbaine, jeune et intellectuelle” est aussi catholique, protestante, noire, hispanique asiatique, athée … Il n’y a pas d’un coté les “vrais gens” contre les “hipster-bobos” de l’autre. Attention à ne pas rentrer dans la caricature. Un petit tour dans les grandes métropoles urbaines des USA vous fera vite comprendre de quoi je parle.

    Par ailleurs, parler de gens pourchassés en justice à propos des professionnels qui refusent de servir pour le mariage de deux hommes ou de deux femmes est aussi une manière étrange de présenter la chose : aux USA, un commerçant n’a pas plus qu’en France le droit de refuser de servir un client. Un photographe qui refuserait de photographier un mariage afro-américain serait trainé en justice. Les cas là sont similaires, la différence étant que ces professionnels se réfugient derrière une “objection de conscience” de nature religieuse pour justifier leur attitude homophobe.

    Je me permets enfin de signaler que la légalisation de ces objections de conscience de nature religieuse vont potentiellement poser des problèmes insolubles. En effet, pour bon nombre de mouvements évangéliques, les catholiques sont plus sataniques que les païens et le jour où un cardinal se verra refuser le droit d’acheter un hamburger, ça fera tout drôle à un paquet de gens.

    Sans compter qu’avec une telle logique, ce sera peut être l’ambulance privée qui refusera de l’amener aux urgences, toujours pour les mêmes raisons. Vous pensez que je délire ? Renseignez vous donc sur les refus de prises en charge de malades du SIDA dans les années 80, vous comprendrez très vite pourquoi de telles aventures législatives sont dangereuses à l’extrême.

    Heureusement, tout ceci va être très vite remis en place. Tous les commerçants homophobes n’auront pas la chance de bénéficier d’un groupe de presse levant pour eux un demi million de dollars comme ces crétins de pizzaioli de l’Indiana. Quand quelques uns d’entre eux auront fait faillite suite à leur volonté de faire le tri dans leur clientèle, on en reviendra à un comportement plus sain, tant économiquement que socialement.

    Cordialement, M.

  3. Pierre Jova

    @ Samengrelo

    Sur ce point précis, je ne dis pas que c’est une bizarrerie qu’aux USA, l’opinion publique tienne sur l’avortement, et moins sur le mariage gay, je dis simplement que c’est un paradoxe.

    @ Manuel

    Disons qu’il y a un clivage, sur ce sujet, entre une Amérique plus conservatrice (notamment au Sud et dans le Midwest), et une Américaine plus libérale. Par ailleurs, certaines catégories de la population sont assez homogènes sur cette question, notamment les protestants évangéliques. Enfin, se balader dans les métropoles américaines (ce que j’ai modestement fait sur la côte Est) démontre que les Noirs et Hispaniques, souvent très croyants et pratiquants, sont majoritairement hostiles au mariage gay (ou alors indifférents). Dans le paysage religieux américain, seul le protestantisme libéral, certains catholiques progressistes et quelques groupes juifs admettent le mariage gay, mais ils sont minoritaires et souvent en déclin.

    Sur les commerçants traînés en justice, j’estime que les cas d’un couple afro-américain qui se verrait rejeter, et un couple gay marié ne sont pas similaires. C’est une malhonnêteté intellectuelle de mettre sur le même plan le racisme et la contestation du mariage gay (je ne parle pas de l’homophobie. Dans 90 % des cas, les commerçants, pacifiques, ont discuté avec les couples, ne les ont pas insulté, leur ont proposé un compromis). Mais c’est une constante dans le discours US, et cela marche, à cause du passé ségrégationniste.

    Le cas précis des commerçants et du mariage gay n’a également rien à voir avec les ambulances privées, les malades du SIDA, etc. Les lois d’objections de conscience proposées par les États ne concernent que les activités relatives à l’organisation des mariages. On ne parle pas des maires, des services publics, ou d’autres entités, privées ou publiques.

  4. Manuel Atréide

    @ Pierre

    une fois de plus, je crains de prendre un auteur de ce site en flagrant délit d’ignorance. Lea plus récente et la plus controversée des lois dont nous parlons, l’Indiana Senate Bill 101 stipule qu’aucune personne physique ou morale ne peut être poursuivie si elle invoque des convictions religieuses comme explication dans un différent qui l’opposerait à un tiers.

    Cela signifie par exemple que le propriétaire d’un restaurant peut refuser de servir un couple d’hommes ou un couple de femmes puis invoquer sa foi, chrétienne par exemple, pour échapper à des poursuites. Cela signifie aussi qu’une entreprise peut potentiellement mettre en place une politique de discrimination à l’égard de catholiques si cette entreprise ou ses dirigeants estiment qu’en raison de leur convictions religieuses, ils ne peuvent pas travailler avec un ou une catholique. Par exemple, dès l’adoption de la loi, un restaurateur a annoncé dans les médias refuser désormais de servir dans son établissement tout couple homosexuel.

    Ce texte a été jugé suffisamment dangereux par de grandes entreprises pour qu’elles annoncent renoncer à tout ou partie de leur activité dans cet état, de peur d’être poursuivie ailleurs aux USA pour n’avoir pas su protéger leurs clients ou leurs employés. Indianapolis, grande ville de congrès, a ainsi perdu un certain nombre de conférences et de rassemblements commerciaux. Une grande entreprise de la ville a annoncé geler l’extension de son siège social et réfléchir à quitter l’état. Entreprise fondée par un natif d’Indianapolis. Rien de tout cela n’a à voir avec l’organisation d’un quelconque mariage. Les protestations d’entreprises avec un fondement économique ont été telles que l’état est actuellement en train de rétropédaler pour essayer de limiter les dégâts.

    Maintenant, vous avez le droit de faire la différence entre une discrimination fondée sur la couleur de la peau et une autre fondée sur l’orientation sexuelle. Si cette différence a pour origine la croyance que l’orientation sexuelle est choisie, s’il vous plait, indiquez moi ou, quand et dans quelles circonstances vous avez décidé d’être hétérosexuel. je suis très curieux de le savoir, non pas par voyeurisme mais parce qu’aucun.e hétérosexuel.le n’a jamais su répondre à cette question.

    A moins bien sûr que vous ne pensiez que seule l’homosexualité est un choix alors que l’hétérosexualité est un fait. Dans ce cas vous auriez un rapport à la réalité plus ténu encore que je ne le pensais. En tout cas, je suis preneur de tout raisonnement fondé sur des faits (et non une croyance ou une foi) qui me permette de comprendre à quel point je suis intellectuellement malhonnête. Je sais admettre mes erreurs lorsqu’on me les démontre.

    Au plaisir de vous lire. Après que vous ayez enfin potassé votre sujet, bien sûr. Car, dernière chose : la population “sécularisée, urbaine, jeune et intellectuelle” des états-unis a une couleur de peau très diverse, tout comme elle est diverse dans ses croyances religieuses et philosophiques. Vous savez pourquoi ? parce qu’il existe des lesbiennes, des gays, des bis et même des trans chez les afro-américains, les hispaniques, les évangéliques, les catholiques tout comme il en existe chez les WASP.

    Tout le monde n’a pas envie de discriminer son frère, sa soeur ou son enfant.

  5. Basho

    Pierre Jova > Je viens de lire votre réponse et je me permets de vous faire remarquer que vous avez une définition restrictive de l’homophobie. En effet, si je vous lis bien : “ne les ont pas insulté, leur ont proposé un compromis”, ce qui suffirait à réfuter, selon vous, l’accusation d’homophobie. Vous réduisez l’homophobie au sentiment et aux manifestations explicites et brutales de haine, ce qui vous permet de vous en dédouaner à bon compte.

    L’homophobie, c’est refuser à autrui le respect et les droits qui lui sont dûs en raison de sa dignité humaine sur la base de son orientation (et de son comportement) homosexuel. C’est cela la définition.

    Bien sûr, je sais que pour de nombreux catholiques, l’orientation (et le comportement) ne peuvent pas être une base pour les discriminations, ils approuveraient par exemple qu’on refuse de louer des appartements aux couples de même sexe, qu’on refuse les métiers militaires ou éducatifs aux homosexuels “visibles” etc. (voir la note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur ce sujet : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19920724_homosexual-persons_fr.html ). Avec cette position, seul les attitudes violentes et manifestement haineuses de rejet envers les homosexuels sont homophobes. Tout le reste, le rejet silencieux, les discriminations avec le sourire, les discours condescendants sur les blessés de la vie etc, ne sont pas homophobes. C’est sans doute ce que vous pensez.

    Je ne peux pas argumenter sur cela puisque nous ne sommes plus au niveau de la réflexion philosophique sur la discrimination (et la non-discrimination) mais de la pure croyance et argument d’autorité (l’homosexualité, cay mal donc faut le contenir et donc discriminer les homosexuels). Mais assumez au moins que vous partagez ces positions, c’est-à-dire que vous pensez que “l’homosexualité est un phénomène moral et social dangereux” (je cite la CDF, je vous laisse chercher la note correspondante) que “l’Etat doit contenir dans les limites de l’ordre public” (ibid.). Comme cela, ce sera clair et ça nous épargnera des discussions inutiles.

  6. Pierre Jova

    Cher Manuel,

    Vous n’êtes pas sans savoir que l’Indiana Senate Bill 101 s’inspire de la loi fédérale votée en 1993 et approuvée par Clinton, le le Religious Freedom Restoration Act, qui rend illégal « d’entraver substantiellement » la liberté religieuse d’un individu, notamment dans un différent entre lui et l’autorité publique. Si les contours et les conséquences de la loi sont floues, l’intention du législateur est effectivement d’assurer une objection de conscience dans un différent qui l’opposerait à un tiers. Mais derrière, il y a surtout l’objectif de protéger les commerçants et les petites entreprises par rapport au mariage gay. Les discriminations à l’égard des catholiques ou des afro-américains ne sont pas le sujet.

    Notez que je ne prends pas spécialement la défense de ces lois. Je me borne à décrire la radicalisation des deux côtés: d’une part, les opposants au mariage gay se crispent sur leur « liberté religieuse », de l’autre, les autorités, les grands groupes et les associations militantes veulent les contraindre par la force. Aucun des deux camps ne sort grandi de l’affaire, de mon point de vue.

    Pour moi, il y a bien une différence entre le racisme et l’opposition au mariage gay (que je distingue très nettement de l’homophobie, même si je sais évidemment qu’une telle opposition peut être motivée chez certains par l’homophobie). Je ne base pas cette différence sur la croyance d’une orientation sexuelle choisie. Simplement sur la vision que le mariage, l’adoption, la procréation médicalement assistée ne sont pas des droits fondamentaux, dans la mesure où ils répondent de situations différenciées. En outre, je répugne toujours à l’idée de réduire un individu à son orientation sexuelle, hétéro ou homo, comme la revendication du mariage gay le fait, en créant des catégories de citoyens selon leurs orientations sexuelles, et en redéfinissant la règle générale.

    Enfin, si la population “sécularisée, urbaine, jeune et intellectuelle” des US est effectivement diverse, il y a bien 1) des LGBT dans tous les groupes mais 2) une hostilité majoritaire et homogène de certains groupes au mariage gay.

    @ Basho

    Justement, pour moi, réduire une personne à son orientation/comportement homosexuel ne fait pas grandir sa dignité. Celle-ci ne me paraît pas diminuée lorsqu’on la considère pour ce qu’elle est, une personne, homme ou femme. Du point de vue de la loi, toutes les personnes sont traitées à égalité même sans le mariage gay. Il peut y avoir des situations particulières qui nécessitent des compromis (pour les gardes d’enfants, par ex), mais comme je l’ai mentionné plus haut, je ne considère pas le mariage, l’adoption et la procréation médicalement assistée comme des droits fondamentaux. C’est un débat juridique et philosophique, la croyance religieuse n’est pas en cause.

    Je sais que la définition de l’homophobie tend à englober ceux qui s’opposent au mariage gay, etc. Pour moi, c’est une injustice et une malhonnêteté intellectuelle, qui confond un positionnement rationnel, déconnecté même de ce que l’on pense de l’homosexualité, avec un rejet des personnes, qui peut prendre plusieurs formes.

    Pour les catholiques, l’homosexualité reste avant toute chose une source de souffrance pour la personne qui la vit. Cela nécessite justement une grande délicatesse, et un accueil démultiplié envers la personne, sans la réduire à son orientation/comportement. Un rejet, même silencieux, une discrimination, même avec le sourire, ne sont donc pas acceptables. Quant aux discours condescendants, ils sont évidemment détestables, pour tous les blessés de la vie, no matter they are Gay or straight.

    En revanche, l’Eglise s’oppose à tout ce qui promeut les unions de même sexe, la PMA-GPA etc. Parce que, de son point de vue, cela nuit à l’ensemble des personnes. Le militantisme gay est donc critiqué, mais pas les personnes.

  7. Basho

    Pierre Jova > Visiblement vous avez lu superficiellement mon commentaire et vous vous contentez de ressasser les arguments entendus mille fois. Je vais donc arrêter cette parodie de discussion et je me bornerai à dire ceci :

    “réduire une personne à son orientation/comportement homosexuel ne fait pas grandir sa dignité” est une proposition qui permet de s’auto-canoniser et d’esquiver le problème. On parle d’équité, en particulier de savoir s’il est justifié ou non de discriminer une catégorie de personnes sur la base des caractéristiques (ici son orientation et/ou son comportement sexuel). Pour cela, il faut examiner les raisons avancées pro et contra, et éviter soigneusement toute généralité vague qui permet de se faire plaisir à peu de frais. Prenons l’exemple d’une personne de couleur venant vers vous pour se plaindre des discriminations basées sur la couleur de sa peau. Si vous vous contentez de lui répondre “réduire une personne à la couleur de sa peau ne fait pas grandir sa dignité”, j’espère que vous voyez ce qui ne va pas (si ce n’est pas le cas, je n’y peux rien pour vous) car c’est une proclamation vague qui n’avance à rien du tout.

    Votre sortie sur “la souffrance des homosexuels” est du même tonneau : ça permet de se donner bonne conscience en sortant une généralité vague qui a l’avantage d’esquiver les questions que ça pose : si les personnes homosexuelles souffrent effectivement, est-ce à cause de leur orientation sexuelle ou est-ce à cause de ce qu’ils subissent de la part d’autrui ? Ainsi, j’avais évoqué dans mon dernier commentaire des documents magistrales qui refusaient la lutte contre les discriminations sur la base de l’orientation ou du comportement sexuel; en particulier le document avançait comme exemple légitime le refus de louer un appartement à un couple du même sexe. Se voir refuser un appartement parce qu’on a le malheur de vivre une relation qui nous fait grandir humainement est dur et cause de souffrances morales (même si à force, on finit par avoir le cuir épais). Ces documents montrent que l’Eglise peut être responsable une bonne partie des souffrances causées aux homosexuels.

    Pour terminer, votre commentaire plein de bons sentiments me pousse à vous poser la question : est-ce que vous avez déjà réfléchi au fait que l’Eglise catholique n’est plus du tout crédible lorsqu’elle parle d’aimer et de respecter les LGBT ? Pourquoi plus personne ne nous croient, nous les catholiques, lorsque nous affirmons aimer les homosexuels ?

  8. Manuel Atréide

    @ Pierre

    ” il y a surtout l’objectif de protéger les commerçants et les petites entreprises par rapport au mariage gay. Les discriminations à l’égard des catholiques ou des afro-américains ne sont pas le sujet.”

    Il y a une telle malveillance banale dans ce propos que vous me faites penser aux travaux d’Hannah Arendt. Protéger les commerçants et petites entreprises par rapport au mariage gay ? Vous vous entendez parler ? On dirait que vous évoquez un mal aussi insidieux que mortellement dangereux !

    Deux choses Pierre : il n’y a pas de “mariage gay”. Cela impliquerait un statut spécifique, réservé aux gays. Ce statut n’existe pas, il s’agit simplement d’une ouverture du mariage civil aux couples d’hommes et de femmes.

    De plus, ces couples ne sont en rien une menace pour les commerçants ou les petites entreprises. En revanche, les préjugés et les envies de discrimination des gens qui travaillent dans ces entreprises sont un danger pour ces businesses. Rien d’autre. Dans l’Indiana par exemple, un couple de pizzaioli ont publiquement annoncé dès la sortie de la loi qu’ils refuseraient de préparer des pizzas pour le mariage de deux gays. Outre le fait que s’imaginer pouvoir servir des pizzas à un mariage est une idée étrange, personne ne leur avait demandé. Aucun couple ne les avait sollicité. Encore moins menacé. La loi leur permettait en revanche de déclarer publiquement leur homophobie, ce qu’ils ont fait sur un ton benoit qui me fait penser à … bref.

    Là où cela devient pathétique, c’est votre certitude que “Les discriminations à l’égard des catholiques ou des afro-américains ne sont pas le sujet.” Justement, les lois passées sont suffisamment floues pour éviter l’écueil de l’homophobie crasse qui ne passerait pas la barrière de l’inconstitutionnalité. Dès lors, ces lois sur la “liberté religieuse” ne définissent pas de catégories de personnes qui peuvent être visées. Ces lois peuvent logiquement viser les catholiques ou les afro-américains. Seul votre aveuglement et votre incapacité à voir que vous pataugez dans une belle homophobie vous empêche de voir le danger de ces lois.

    Car tout de même, en quoi est-ce une “liberté religieuse” que l’idée qu’on peut discriminer son prochain ? Sur quoi est fondée votre envie de ne pas voir les homosexuel.le.s comme des gens banals ?

    Vous nous dites critiquer le militantisme gay mais pas les personnes ? Auriez vous critiqué le militantisme de Maryin Luther King dans ses actions pour mettre fin à la ségrégation raciale ? Car c’est tout de même ainsi que la lutte pour les droits civiques aux USA s’est faite : au travers du militantisme ! Vous me parlez de créer “catégories de citoyens selon leurs orientations sexuelles” mais qui le fait sinon vous ? Qui dit “vous êtes homosexuel.le, vous ne pouvez épouser votre compagne ou votre compagnon” ?

    Je pourrais épouser une femme allez vous l’objecter … seriez vous favorable à ce que j’épouse votre soeur, votre cousine ou votre fille sachant qu’elle épousera un homme incapable de l’aimer dans toute sa plénitude ? C’est à cela que conduit votre idiote volonté de réserver le mariage à un couple homme-femme, à des couples qui n’en sont pas, à des amours qui ne sont que mensonges et à une vie de tromperie. les homosexuel.le.s ont vécu cela des centaines d’années et c’est cela que vous voulez perpétuer ?

    Il n’est pas question de changer le mariage religieux. Ces institutions sont celles de chaque église ou religion, elles ne sont pas le bien commun. Le mariage civil est en revanche le bien commun de chaque pays, le bien que partagent les citoyens de chaque pays. Le mariage civil est autant mien que vôtre.

    Nous vivons en démocratie Pierre. Vous avez le droit de ne pas aimer les Lesbiennes, les Gays, les Bi.e.s ou les Trans. Les LGBT quoi, même si cet acronyme est synonyme de satan pour des gens comme vous. C’est votre droit. Ce n’est pas glorieux selon moi mais c’est votre droit.

    Mais de grâce, assumez vos positions, ayez au minimum le courage et l’honnêteté de dire ce que vous avez sur le coeur. Ayez la décence de me dire que vous ne m’aimez pas. Loin de vous mettre mon poing dans la gueule, je vous remercierai pour cette franchise, pour peu qu’elle soit énoncée avec politesse.

    Mais arrêtez avec cette hypocrisie suintante qui vous fait écrire que vous pouvez détester l’homosexualité et aimer les personnes. Je ne suis pas seulement homosexuel, mais je suis aussi homosexuel. Ce que vous détestez fait partie de moi, ce n’est pas un plug-in que je peux déconnecter.

    Assumez vos idées, nous nous en porterons mieux, vous et moi.

    Ah oui Pierre, une dernière chose : je ne souffre aucunement de mon orientation sexuelle. Et, croyez moi, nous sommes un paquet dans ce cas. Il nous arrive parfois de souffrir de la bêtise des autres. Personnellement, plus que de la souffrance, c’est de l’agacement qu’elle suscite en moi.

    Pour rester poli.

    M.

  9. Elke

    Pour les propriétaires de la pizzeria de l’Indiana, Manuel vous n’êtes pas très précis.
    Un journaliste télé est entré dans leur restaurant pour les interviewer sur la loi qui était en débat à ce moment-là, dans le cadre d’un micro-trottoir tout à fait banal. Ces gens n’étaient pas des militants, juste des ploucs ordinaires du coin. Ils n’ont pas pris l’initiative de déclarer quoi que ce soit, ils se sont retrouvés, par hasard, interrogés par un journaliste, et ont fourni la réponse que l’ont sait, à propos d’une situation complètement hypothétique et improbable. Même aux USA, on sert rarement de la pizza dans les mariages.
    Leur réponse faisait référence à plusieurs cas récents, un des plus emblématiques étant celui d’une fleuriste, dans l’état du Washington. Un de ses clients de longue date, qu’elle connaissait bien et servait régulièrement (…homophobe ?), lui demande des fleurs pour son mariage (gay, of course), ce qu’elle refuse, en le lui expliquant en face à face. S’ensuit procédure judiciaire, condamnation et lourde amende.
    Admettez-vous une nuance entre le fait de refuser ses services à des clients homosexuels (des personnes), et le fait de refuser ses services pour un mariage homosexuel (un évènement) – quelle que soit d’ailleurs l’identité exacte du client/payeur, le marié… ou sa mère, son témoin, son cousin, tous hétérosexuels…
    Faut-il obliger les pizzerias pro-life à livrer le centre de planning familial pour le pot de rentrée ? Les pizzerias démocrates à cuisiner pour le congrès du tea party ? Qui songerait à en faire un cheval de bataille…
    L’opposition au mariage gay est-elle encore de l’ordre de la liberté d’opinion, ou définitivement rangée avec le racisme et autres intolérables ?

  10. Manuel Atréide

    @ Elke

    mettez vous donc deux secondes dans la position qui consiste à vous dire que vous allez entrer dans un commerce quelconque pour trouver ce dont vous avez besoin pour votre futur mariage et le commerçant en face vous dit tranquillement “non, je ne sers pas les gens comme vous pour leur mariage”. Et encore, cette expression n’est parfois pas tranquille, elle peut vite devenir méprisante, mesquine voire carrément doucereuse de haine.

    Dites vous ensuite que ce comportement humiliant est légal et qu’il l’est pour n’importe quel professionnel dans n’importe quel cas de figure, y compris dans des cas où votre vie peut être en danger. Et je ne parle pas des urgences médicales mais par exemple des pompiers qui, aux USA sont un service payant bien souvent …

    Dites vous enfin que ce comportement humiliant est une tentation pour un paquet de gens que vous côtoyez tous les jours. Ils ne sont pas des homophobes enragés mais si ils ont à un moment la possibilité de vous faire sentir – sans risque pour eux – qu’ils ne sont pas comme vous, croyez moi, il y en a beaucoup qui ne se gênent pas pour vous le balancer à la gueule, leur petit refus. D’autant que les LGBT étant une minorité, ça ne va pas grever le chiffre d’affaires.

    Voila la situation, factuelle. Si vous arrivez à vous mettre dans cette peau là (et ce n’est pas simple), vous comprendrez que très vite, vous aurez envie de ce qui existe dans énormément de pays, y compris le nôtre : un commerçant n’a pas le droit de choisir ses clients.

    Ca vous choque qu’en France, un commerçant doive légalement servir tous ses clients ? Franchement ?

    Je vous laisse à cette réflexion, si tant est que vous ayez envie de la mener.

    M.

  11. Elke

    @Manuel
    Rassurez-vous, j’ai tout à fait envie de mener cette réflexion, d’ailleurs je l’ai déjà fait.
    Mais là encore, j’ai l’impression que vous mélangez un peu. Le refus de vente est illégal en France, ainsi qu’aux USA – sauf, pour les USA, exceptions religieuses qui sont à géométrie variables, mais qui étaient consensuelles jusqu’à ce qu’on se demande si elles pourraient/devraient inclure le mariage gay. Je suis tout à fait d’accord que c’est une bonne loi qui nous protège tous et qui permet un espace public vivable pour tous. Ca peut mettre dans des situations douloureuses pour la conscience, mais c’est la moins mauvaise solution.
    Mais ce n’est pas le refus de vendre en tant que tel qui vous dérange, vous le dites vous même : c’est la désapprobation visible, le “comportement humiliant”, la “haine”, comme vous dites. Le pâtissier ou le photographe qui exprimeraient leur désaccord, même s’ils ne refusent pas de vendre, sont déjà condamnables à vos yeux, si ce n’est juridiquement, alors au moins moralement ; et vous voudriez bien qu’on en fasse un principe juridique, au nom de l’inconfort et de l’insécurité – que j’imagine très bien, que ces attitudes peuvent causer pour les homosexuels. C’est à dire, que l’opposition au mariage gay ne peut pas être protégée au titre de la liberté d’expression, parce que c’est une attitude qui relève de la haine, de la discrimination, comme le racisme.
    Je vous conseille la lecture de cet article, pour peser, dans un contexte américain, les conséquences de cette position :
    http://douthat.blogs.nytimes.com/2015/03/30/questions-for-indianas-critics/

  12. Manuel Atréide

    @Elke

    un patissier qui me dirait “vous savez, je ne suis pas très à l’aise avec ces question là, j’ai peur de ne pas être au top de mon art pour vous”, y’a pas de problème. La liberté de conscience, ça se respecte dès qu’elle s’exprime elle aussi dans un cadre respectueux.

    Ce que vous défendez est tout autre chose : on n’est plus dans le respect de soi et de l’autre, on est dans l’affirmation d’un rejet. pas du rejet du “mariage gay”, mais dans le rejet de la personne. Car vous savez :

    – le mariage n’existe qu’à travers les personnes qui se marient, ce n’est pas une idée désincarnée (une notion que vous connaissez, non, l’incarnation)
    – il n’y a pas de “mariage gay”, il y a le mariage civil ouvert aux couples homos comme hétéros. Aucune spécificité là dedans, le mariage de John et James se déroulera dans les mêmes conditions légales que celui de George et Gloria.

    Enfin, il serait intéressant un jour que vous réfléchissiez sur cette liberté d’expression que beaucoup de catholiques manient à tort et à travers. La liberté d’expression n’est pas absolue, contrairement à la liberté de conscience. Nous n’avons pas le droit de dire n’importe quoi, à n’importe qui, n’importe quand. La diffamation est une limite de la liberté d’expression. L’injure aussi. Ou le propos raciste.

    Vous ne pouvez pas vous planter devant une personne catholique et lui balancer tout de go “tous les cathos sont des violeurs d’enfants”. Ca tombe sous le coup de la loi. C’est pourtant en théorie une expression libre.

    Dès lors, si vous acceptez que la liberté des autres puisse être régulée – à votre profit – par ces limites que je viens de citer, vous devez accepter en retour que votre liberté d’expression soit elle aussi limitée.

    Une de ces limites est la suivante : l’homophobie – le rejet de la personne homosexuelle – tout comme le racisme est une expression qui tombe sous le coup de la loi. Ce choix de société fait désormais à peu près consensus.

    Cordialement, M.

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