Dans le monde sans en être

L’expérience du discernement pour une vie religieuse

Emmaus, Janet Brooks-Gerloff

Dimanche dernier était la journée mondiale de prière pour les vocations. Elle prend une résonance particulière en cette année de la vie consacrée. Cette journée ne concerne pas seulement les personnes qui ont choisi cette vie mais aussi ceux qui se posent sérieusement la question, et qui font donc déjà leurs premiers pas sur ce chemin singulier qu’est la vie religieuse. C’est cette expérience dont nous voulons parler, nous qui sommes quelques jeunes au dernier stade du discernement avant la décision d’entrer dans un noviciat.

Nous avons tous une vocation. En effet, comme l’étymologie l’indique, nous sommes tous appelés à discerner là où nous pourrons faire fructifier tous nos talents et devenir soi-même don. Mais le discernement pour la vie religieuse a un caractère singulier car il s’agit de décider si nous renonçons radicalement à tout ce qui est relatif (carrière, famille, vie sociale etc) pour Dieu. Un tel discernement, nous l’avons découvert, est décapant et nous met face à Dieu et face à nous-même.

Un processus long et complexe

Une mauvaise hagiographie trop répandue nous a habitué aux histoires où la vocation est évidente, comme on trouve une pièce par terre, en étant là au bon endroit et au bon moment. Notre propre expérience, et nos discussions, ainsi que celles avec d’autres qui vivent (ou ont vécu la même expérience) suggèrent qu’en réalité ce processus est long, complexe et passent souvent par des périodes de purification. Nous faisons tous l’expérience en effet que « la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur » (He 4, 12).

Et nous apprenons peu-à-peu à nous méfier du regard d’autrui. Car le discernement pour la vie consacrée nous amène à creuser la relation absolument unique et surtout intime que chacun a avec Dieu ; et bien sûr à être honnête avec Dieu et avec nous-même. Avoir des témoins peut interférer avec ce processus, par exemple en craignant inconsciemment (ou non) de les décevoir avec notre choix final.

Parler de discernement n’a rien à voir avec une orientation professionnelle ou un changement de carrière, il s’agit de poser un geste fou : tout quitter pour servir Dieu qui est Amour. Avec le temps, cette angoisse s’atténue, mais il nous reste étranger.

Quel que soit notre choix, il est aussi celui de Dieu, là où il nous attend. Il ne veut pas notre mort, il veut que l’on soit heureux, que l’on soit fécond, que l’on soit simplement avec lui. Il y attend notre réponse à ce désir, réponse qui prendra la forme la plus adéquate à notre histoire personnelle : la vie religieuse, le célibat ou le mariage.

Ce billet se veut un simple partage d’expérience et un appel à vos prières. Il n’a donc pas vocation à donner des recettes. Mais si quelqu’un nous lit et se pose la question, nous ne pouvons que lui rappeler qu’un tel discernement se fait en Eglise et demande donc un accompagnateur qui est déjà passé par là, un prêtre ou une personne consacrée.

Nous écrirons peut-être dans quelques années la suite de ce billet, sur les premières années d’une vie consacrée. Si Dieu le veut.

Deux anonymes en discernement

5 réponses à “L’expérience du discernement pour une vie religieuse”

  1. Élise

    Magnifique tableau en illustration…
    Bon chemin de discernement à vous deux, vous êtes dans ma prière.
    🙂

  2. Père Guy-Emmanuel

    Merci de ce témoignage sur votre discernement et sur les convictions et lhumilité que cela suppose effectivement. Dans un monde flou où le sujet prend toute la place, une place définitivement démesurée, tout faire dépendre d’un appel extérieur, de l’Autre, peut sembler bien fou. Mais il manque quelque chose dans ce discernement qui risque de tout bloquer :
    – l’expérience de la vie religieuse suppose et vise la décision de suivre le Christ tout entier, d’orienter son existence, ses facultés, ses talents (en traînant aussi nos résistances dans ce cortège) vers lui. Mais cette suite (la sequella christi), en ce qui concerne la vie religieuse ne se fait pas dans l’abstrait mais toujours à la manière de tel ou tel fondateur. La connaissance du saint ou du fondateur, témoin du charisme originel doit donc être au cœur du discernement. Ensuite il faudra examiner comment cet appel originel fait écho dans notre propre cœur. Suivre le Christ? Ok! Mais le suivre à la manière de François d’Assise? De Dominique? De François de Sales? Là est une question centrale du si rendement pour la vie religieuse. Ainsi la vocation à la vie religieuse n’existe pas dans l’abstrait et faute de connaître et d’approfondir ce “à la manière de” on ne peut avancer.

    – la seconde chose qu’on ne doit pas laisser de côté c’est aussi de savoir avec qui l’on veut s’ouvre le Christ à la manière de… On peut avoir une passion pour st François mais ne pas se reconnaître ou se sentir appelé par la manière dont la communauté franciscaine qui habite au bout de ma rue vit ce charisme… Encore une fois la vocation religieuse n’existe pas dans l’abstrait et c’est uniquement un charisme vivant à travers une communauté déjà formée qui peut me faire parvenir l’image même de ce charisme vivant.

    En conclusion, le désir, le grand désir de tour laisser pour suivre Jésus ne suffit pas même si il est essentiel. Il faut aussi pour le discernement à la vie religieuse la connaissance, la reconnaissance du charisme fondateur qui a pris chair dans la vie de tel ou tel fondateur et aussi la connaissance, la reconnaissance de telle ou telle communauté vivant déjà de ce charisme.

    Bon courage à tous ceux qui entendent la voix du Seigneur à laisser tomber leurs filets. Qu’ils disent oui tout de suite… et qu’ils discernent après! Car le “oui” ne peut être objet de discernement. Si Jésus appelle, c’est oui!

  3. redacteur anonyme

    @ Père Guy-Emmanuel : Je suis un des rédacteurs de ce billet. Je vous remercie de vos précisions et nous vous rassurons : nos discernements ne se font pas l’abstrait. Mais nous ne l’avons pas abordé car l’objet de billet était de parler de la vocation religieuse en général, et surtout nous tenons à l’anonymat.

    @ Élise : Merci de vos prières, nous en aurons bien besoin. 🙂

  4. Père Guy-Emmanuel

    Justement. Parler du discernement de la vocation religieuse ne peut pas se faire sans à la fois le désir de suivre tel saint ou fondateur et de se laisser attirer par telle ou telle communauté… Bon travail del’Esprit!

  5. Guy Piérot

    Merci pour votre partage; j’apprécie d’autant qu’il ouvre à la réflexion.
    Personnellement, la vie religieuse est offerte par le Christ à quiconque répond à son appel et le reçoit en tant que Sauveur et Seigneur. Il s’agit de l’oeuvre de Salut de Dieu par le Saint-Esprit et non de la nôtre.
    Ma vie religieuse, c’est suivre la Parole du Seigneur, sa Parole seule et toute sa Parole en essayant de la mettre en pratique là où je suis, dans les conditions que je suis et la situation que je suis et ce, en esprit et en vérité.
    Ma vie religieuse est fondée uniquement sur la foi en La Parole de Dieu et elle se vit en communion avec tous ceux qui cherche à suivre ce chemin selon ce principe.
    Bien à vous et que Dieu vous bénisse.

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