Dans le monde sans en être

Le Camp des Samaritains

Le grand cimetière qu’est devenu la Mare nostrum est dans toutes les conversations. Nous sommes devant un évènement considérable : le nombre de migrants tentant de traverser la méditerranée sur des coquilles de noix ne cesse d’augmenter.

Vient alors le temps des questions, des réactions, des comparaisons. Les analogies avec le tristement célèbre roman de Jean Raspail, Le Camp des Saints, sont légions. Mais que penser de tout ça ?

Le Camp des Saints : un ouvrage contestable

En 1973, Jean Raspail a décrit dans le Camp des Saints une arrivée massive de migrants sur des navires de fortune. Provenant d’Inde, ces boat people débarquent dans le Sud de la France… et détruisent tout sur leur passage.

Soyons clair : l’ouvrage de Jean Raspail a un contenu profondément xénophobe. Les migrants sont décrits comme des bêtes sauvages, forniquant en permanence sur leurs navires, « pétrissant de la merde », saccageant tout, violant tout le monde et tuant sans raison. Ils n’ont aucune motivation précise, ne construisent rien… C’est une caricature monumentale, irréaliste, invraisemblable… Raspail met en parallèle de la barbarie de ces païens la charité chrétienne, passive, submergée et impuissante, qui voue l’Europe à sa perte. Dans une scène allégorique, il décrit un Christ faible, poursuivi par des dieux hindous violents et puissants…

Raspail ne propose rien dans son livre, même s’il décrit quelques personnages résistant à ces migrations… par des meurtres. Par exemple le capitaine Notaras qui fait passer son cargo sur des migrants naufragés pour « défendre la civilisation occidentale ».

Pourquoi le Camp des Saints nous induit en erreur ?

Ce livre nous donne l’illusion d’être visionnaire. On oublie que les grands flux migratoires actuels ont été envisagés dès les années 1960. Les pays du Sud ont été décolonisés à cette période et le décalage entre des riches Etats du Nord et de pauvres Etats du Sud est apparu tout de suite comme facteur de migrations. La France a organisé très vite une immigration importante afin de recruter de la main d’œuvre. Enfin, le phénomène des boat people est apparu en Asie avec la guerre du Vietnam. Raspail n’a rien inventé, il n’est pas plus visionnaire que les hommes de son temps.

Mais surtout il diabolise le migrant, le présentant comme un barbare et comme un envahisseur… Or la réalité des migrations est toute autre : elle n’est pas une invasion de soldats mais une fuite de civils.

Certes, il ne faut pas tomber dans l’angélisme. Ils ne sont pas plus des anges qu’ils ne sont des démons. Tout comme nous. Ils sont tout simplement des hommes, avec leur complexité, leur diversité d’histoire, de profils, de cultes.

Parmi les migrants, il faut rappeler qu’il y a aussi des chrétiens et nous pouvons nous demander si certains ne seront pas de futurs catholiques européens ? Nous pouvons aussi voir cette migration sous cet angle. Certes, ce n’est pas le cas de tous les immigrés. Mais cela nous montre que la situation est plus complexe qu’on le croit et que ça n’a rien à voir avec une quelconque invasion musulmane…

Que faire ?

Cette grande migration est sans conteste une des grandes tragédies moderne et il ne faut pas perdre de vue plusieurs réalités :

Il s’agit d’un drame humain considérable. Que ce soit les naufrages ou le seul fait que des personnes soient contraintes par la misère de quitter leur patrie. Cette migration est une épreuve. Il faut en avoir conscience et toute réponse doit se faire dans la charité.

Le cœur du problème est la misère du Sud. Les migrants ne viennent ni pour nous envahir, ni pour nous « islamiser ». Sortons du fantasme du Grand Remplacement. L’Afrique et le Moyen-Orient sont touchés par la pauvreté et certaines régions sont ravagées par des guerres et par l’instabilité. La paix et le développement sont les seuls réponses durables pour stopper cette migration et permettre à ces peuples de vivre en paix chez eux.

Il est donc indispensable de militer pour la paix et le développement… Mais cela ne se décrète pas à coup d’incantations et il faudra des années avant que ces régions se stabilisent. En attendant, il faut venir en aide à ces personnes : l’Europe n’est peut-être pas le « Camp des Saints » mais de par ses racines chrétiennes elle a vocation à être le « Camp des Samaritains ».

Regardons de plus près la parabole du Bon Samaritain : sans se poser de questions, le Samaritain agit immédiatement envers le voyageur blessé. Il ne l’interroge pas. Il ne lui demande pas s’il est Samaritain, s’il est païen ou s’il est Juif ce qui aurait pu mettre une distance entre eux puisque les deux communautés ne s’aimaient pas. Le Samaritain ne questionne pas le voyageur sur son origine. Il ne divise donc pas le monde en deux camps se menaçant l’un et l’autre. Le Bon Samaritain lui vient en aide… Mais il ne le prend pas forcément chez lui. Voilà qui tord le cou aux reproches que certains font aux défenseurs des migrants : « Vous les aidez mais vous ne les prenez pas chez vous ! » Le Bon Samaritain confie le blessé à l’aubergiste, il lui paye sa chambre et ses soins, il prend des nouvelles de lui. La charité n’exclut pas la délégation à des personnes qualifiées, bien au contraire ! Ainsi, les Etats, les organisations internationales sont financées par nos impôts dans une finalité de service public. Il en est de même des ONG, financées par des dons et par des subventions publiques (donc nos impôts). Ces structures sont pour nous ce que l’aubergiste est au Samaritain. Elles sont à même de s’occuper des naufragés, il est légitime que nous leur déléguions ce service.

Devons-nous les accueillir sur notre sol ? S’il n’y a pas d’autre solution humainement acceptable, oui. Cela va-t-il menacer notre identité nationale ? Je ne pense pas. Mais ce qui est certain, c’est que refuser de leur venir en aide réduirait à néant le peu qu’il reste de l’identité chrétienne de la France.

Charles Vaugirard

3 réponses à “Le Camp des Samaritains”

  1. SCEPTIQUE

    Vous semblez mettre la faute du côté des Européens. Mais nous n’avons rien demandé . Ni leur misère , ni leur errance, ni leur salut. L’hospitalité c’est les secourir et les accueillir afin qu’il se rétablisse. On a nullement l’obligation de les accueillir éternellement. On parle pas seulement d’individus avec des histoires touchantes mais de masses sur le long terme qui auront un impact sur l’espace social et culturel du pays. Et si on pense que la communauté française c’est aussi une certaine typicité au-delà d’un assemblage d’individus on peut s’inquiéter sincèrement des migrations excessives actuellement en cours sur notre territoire et prendre le contre-pied de votre proposition à savoir un retour des migrants à terme sur les côtes africaines.

  2. pepscafe

    Bonsoir !

    Merci pour cet article sur l’angle du “Bon Samaritain” et cette belle conclusion : “Mais ce qui est certain, c’est que refuser de leur venir en aide réduirait à néant le peu qu’il reste de l’identité chrétienne de la France”.

    A noter que la revue “Projet” s’est aussi penché sur la question : http://www.revue-projet.com/dossier_revue/migrations-quelle-autre-politique-pour-leurope/

    Egalement à lire “Aller simple” d’Erri de Luca(https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/11/13/simple-aller-simple-seuls-les-morts-pourront-rester/ )

    En Christ,
    Pep’s

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