Dans le monde sans en être

Lâcher prise sur les coutumes chrétiennes : un pas vers la conversion

Illustration : Par Hermes from mars (Travail personnel) [CC BY-SA 3.0 ], via Wikimedia Commons

Illustration : Par Hermes from mars (Travail personnel) [CC BY-SA 3.0 ], via Wikimedia Commons

Jours fériés, crèches, menus à la cantine… la liste est longue. Les racines chrétiennes de la France se manifestent à bien des endroits. Les racines chrétiennes ne sont pas les seules racines, mais elles sont là. Et elles ont porté une foi pendant longtemps, même si le sens est souvent perdu pour la majorité.

Toujours est-il qu’on y tient, à ces coutumes. Alors quand elles sont “attaquées” / remises en cause, on réagit fortement. C’est compréhensible. Mais comme on y met une énergie assez conséquente, autant prendre un peu de recul pour savoir si ça en vaut la peine. Je ne dis pas que ça n’en vaut pas la peine, je dis qu’il faut se poser la question.

Jésus n’a pas dit “tu feras des petits personnages en terre cuite que tu mettras dans ta maison pour rappeler ma naissance”. En revanche, il a dit “Je vous donne un commandement nouveau: vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres.” (Jean 13,34) Il a dit d’autres choses aussi, c’était un exemple. Et il a dit suffisamment de choses pour nous tenir occupés toute vie.

Alors pourquoi s’acharner à défendre les jours fériés, crèches, menus à la cantine, etc ? Qu’est-ce qui est si important ?

La réponse sonne souvent comme un refrain : “LUTTER CONTRE LA CHRISTIANOPHOBIE, les attaques laïcardes” *baisse la voix* “et le complot maçonnique…” C’est souvent plus fin que ça, mais l’idée est là. Et je comprends tout à fait qu’on veuille se défendre quand on se sent attaqué, nonobstant le fait que le Christ ait parlé de tendre l’autre joue (Mt 5, 39). Tendre l’autre joue, c’est des heures d’homélies en explication, et une vie en application. Donc c’est parfois un peu dur à faire concrètement.

L’idée qu’il faille défendre à tout prix la citadelle de la chrétienté attaquée est séduisante, mais pas forcément le meilleur chemin vers la conversion. Car le Christ est venu abolir la loi du Talion, aussi. Donc il vaut mieux avoir une très bonne raison de défendre toutes ces coutumes, et que cette raison ne soit pas “on a toujours fait comme ça” ou “c’est plus confortable”.

Si on creuse un peu, derrière cette peur de voir les coutumes chrétiennes disparaître, on voit une peur toute légitime d’être attaqué dans sa foi. Mais la foi n’a pas besoin de crèches. La crèche peut aider, mais il y a tellement d’autres belles manières d’arriver au Christ. Les coutumes aident la foi, mais la foi peut s’en passer et trouver d’autres moyens de s’exprimer. Les coutumes ne sont que le reflet d’une manière de vivre sa foi à un moment donné. les coutumes sont des moyens avec une date de péremption. Rappelez vous ce que Jésus n’a pas dit sur les crèches.

Est-ce que je vis ma vie en Chrétien ? Est-ce que je marche sur les traces le Christ ?

C’est une question très, très compliquée. Et quand on lui pose une question trop compliquée, l’être humain, qui a besoin de répondre à beaucoup de questions compliquées pour survivre, utilise des stratégies détournées. Il procède selon plein de méthodes différentes : estimation, doigt mouillé, préjugé… En fait, ce qu’on fait tous très naturellement, c’est de répondre à une question compliquée par une question proche, plus simple (pour ceux que ça intéresse, on peut trouver cette idée dans Thinking Fast and slow  de Daniel Kahneman).

Concrètement la question complexe étant par nature trop difficile à résoudre, on va estimer la réponse en répondant à une question plus simple. Par exemple, à la question “Combien suis-je prêt à donner pour la protection des espèces en voie de disparition ?”, on répondra en se demandant “A quel point suis-je émotionnellement affecté à l’idée que des Dauphins meurent ?”. Ou encore, pour répondre à la question “Cette femme va-t-elle gagner les élections ?”, on va estimer en se demandant “Cette femme ressemble-t-elle à l’idée que je me fais d’une gagnante en politique ?”. Et plus concretement encore, à la question “Es-tu heureux dans ta vie ?” on va surtout donner la réponse à “Quelle a été mon humeur ces derniers jours ?”. Simple, efficace, mais pas vraiment précis.

Pour ceux qui seraient dubitatifs, une étude allemande offre des résultats intéressants. Elle consistait à poser deux questions dans un ordre différent :

  • Es-tu heureux ces jours-ci ?
  • Combien de rendez-vous galants as tu eu ces jours-ci ?

Et selon l’ordre des questions, les résultats étaient différents. Si on demandait à quelqu’un s’il était heureux, puis s’il avait eu des rendez-vous galant, il n’y aura pas de corrélation entre les deux réponses (que les sujets aient eu beaucoup de rendez vous ou pas ne changeait pas le fait qu’ils se disent heureux ou pas). En revanche, si l’ordre est inversé, on voit une forte corrélation entre les réponses aux questions. Assez vite, on imagine le raisonnement qui se fait quand la question des rendez vous est posée en première : quand on doit répondre à la seconde, complexe, on estime la réponse à partir  de la question plus simple portant sur les rendez-vous galants. Vous verrez, ça arrive bien plus souvent qu’on le croit.

Mais quelle est le rapport avec les racines chrétiennes attaquées de toutes part ?

Rappelez vous : Est-ce que je vis ma vie en Chrétien ? Est-ce que je marche sur les traces le Christ ?

C’est une question à laquelle il n’est pas simple de répondre. En revanche, il est plutôt simple de répondre à la question “Est-ce que je vis selon les coutumes et normes chrétiennes ambiantes ?” C’est factuel, c’est vérifiable, mais ça n’a qu’un lieu indirect avec le fait d’être un disciple du Christ. Une coutume pour elle même éloigne d’une relation personnelle au Christ.

Il n’est pas nécessaire de suivre les coutumes chrétiennes d’un temps donné pour se convertir et suivre le Christ. On peut être un bon Chrétien et même un bon catholique sans crèche ni jours fériés. Une coutume peut être remplacée par une autre sans que la foi change. Et la coutume peut persister sans la foi. La coutume prise individuellement n’est pas nécessaire à la foi. Elle est utile, elle aide, elle soutient, mais au final on peut s’en priver. Je ne dis pas qu’il faut s’en priver, je dis qu’on peut. C’est à chacun de se poser la question, nous sommes tous différents, avec des besoins et sensibilités différentes.

Et donc si on a de l’énergie à dépenser, autant essayer de la dépenser directement à essayer d’être des saints, sans passer par le moyen indirect qu’est la coutume, qui a une date de péremption. Rester attaché à la coutume pour elle-même, c’est confondre la fin et les moyens. Quand on a coché toutes les cases, qu’on se plie à toutes les coutumes chrétiennes, on peut être tenté de s’arrêter là. Mais la foi ce n’est pas ça.

Ne restons pas attachés à nos traditions par embourgeoisement, mais mettons toute notre énergie à suivre le Christ. Et si par hasard une tradition surgit, regardons la avec bienveillance, mais ne lui donnons pas plus d’importance qu’elle n’en mérite.

Fol Bavard

Addendum

Ce billet a suscité un certains débat, et manifestement j’ai eu du mal à exprimer ma pensée de manière compréhensible. Donc je me permets de clarifier ici.

19 réponses à “Lâcher prise sur les coutumes chrétiennes : un pas vers la conversion”

  1. Benoît

    “Ne restons pas attachés à nos traditions par embourgeoisement, mais mettons toute notre énergie à suivre le Christ.” +100000000000 !

    >> FONCER VERS LE CIEL :
    “Notre cité se trouve dans les cieux” disait l’apôtre ! (Ph)

    Merci Fol pour cette réflexion, je te rejoins volontiers sur l’urgence de prendre des distance vis à vis de nos traditions. Notre foi n’est enfermée dans aucune culture ou civilisation.
    Y’a l’homme pécheur, y’a Jésus sauveur (et l’Église dans lequel il sauve), y’a a l’accueillir dans nos vies, le reste c’est des paillettes.

    “L’ancien monde s’en est allé” (Ap) : pas de panique, c’est que l’Époux approche !
    L’ancien monde peut bien s’effondrer, notre cité céleste reste ferme et nous avec. (C’était l’idée d’un papier précédent : http://cahierslibres.fr/2014/01/manifeste-pour-une-generation-eschatologique/ )

    >> EMPORTER AVEC NOUS LA TERRE
    Reste que, la Tradition (au sens étymologique et théologique de : transmission de la foi. La tradiTION, comme l’indique le “tion” dit avant tout un mouvement dynamique.) passe toujours dans des traditions. Aussi l’effacement des traditions (piété populaire, imprégnation d’une culture par la foi, …) va généralement de pair avec l’effacement de la Tradition. Et l’effacement de la Tradition, c’est des hommes et des femmes privés de Sauveur. L’imprégnation de la foi dans la culture – les crèches en centre ville par exemple – avait l’avantage de baigner nos concitoyens dans le monde de la Bible (la Tradition) et ainsi de les préparer à la foi. Défendre les jours fériés et leurs noms religieux c’est essayer maintenir ce terreau chrétien qui permettait à tous – et pas seulement aux culs bénis (titre que s’arbore avec honneur et fierté !) que nous sommes – de recevoir un peu de sève biblique.

    Mais en effet, dès que la défense de la crèche devient crispation et surtout dès que l’on commence à passer plus de temps à recenser les crèches interdites (avec des airs d’observatoire de la christianophobie…) qu’à prier et évangéliser, c’est qu’il y a un truc qui foire dans le ch’mil’bl’ik.
    Si la crèche ne transpire plus la miséricorde, si le jour férié sent plus le ranci d’un monde chrétien décrépi que la fraiche odeur de résurrection, bref si la tradition n’est plus Tradition (cad transmission du Sauveur)… alors mieux vaut laisser tout ça derrière nous : laissez les morts enterrez leur morts disait l’autre (Jésus).

    Abandonner les crèches, s’il le faut : oui ;
    mais à condition d’évangéliser deux fois plus.

    Et à condition d’assumer (de manière nouvelle) notre mission d’évangélisation de la culture, d’imprégnation de l’Évangile dans le temps. (pour cela il nous faut : artistes, prof, politiques, … Candidatez, Jésus embauche)

    Il nous faut courir vers le ciel, léger et zélé, mais il nous faut emporter avec nous toutes la terre, la sauver entière.

  2. Marie Coulon

    Sans doute les coutumes, de même que les rites et les rituels ne font pas la foi. C’est même une évidence. Pour autant, elles ont leur importance, on le voit mieux quand on regarde chez les autres, par exemple quand on remarque le respect des règles du shabbat et des grandes fêtes, y compris chez des juifs non croyants et non pratiquants.
    C’est faire bon ménage de ces coutumes que de croire qu’on peut assister sans conséquence à leur disparition. C’est oublier que bien des gens (qui se disent incroyants ou non croyants) vont faire une crèche, aller à la messe de minuit, acheter l’agneau pascal parce que “quelque chose” est resté inscrit au fond d’eux-mêmes et ils sont d’ailleurs souvent ravis que quelqu’un leur explique ce qu’il y a derrière ce quelque chose. Lorsque le sens jaillit, la joie est de règle. Moi qui vis dans un univers très peu catho, j’en sais quelque chose.
    “Tu l’enseigneras à tes fils”.. lit-on dans l’Exode. On peut enseigner par les coutumes, par les pratiques religieuses, par la lecture des Ecritures et, j’en suis bien d’accord, par la vie que l’on mène. (Ce qui est l’endroit où nous sommes tous très nettement peu convaincants).
    Mais on enseigne aussi par des pratiques culturelles obscurément enfouies et qui “disent” encore “quelque chose”. On ouvre la voie à l’interrogation des fils: “Pourquoi fais-tu cela..”, celle à laquelle le père de famille doit justement répondre, lors du rituel de Pessah.
    Alors il me semble qu’il nous faut “faire cela”, et répondre.

  3. Fol Bavard

    Il est très juste de dire que les coutumes peuvent porter un sens profond et aider à alimenter la foi. Mais ce que j’ai essayé d’interroger, c’est la priorité donnée dans nos vies à des coutumes par rapport à une recherche de rencontre personnelle avec le Christ. Et là c’est à chacun de se poser la question, nous sommes tous différents, avec des besoins et sensibilités différentes.

    Passer des heures à hurler avec les loups contre la suppression des crèches/menus/jours fériésc , ou passer ces mêmes heures à prier / aider son prochain ?

  4. Polydamas

    “Passer des heures à hurler avec les loups contre la suppression des crèches/menus/jours fériés”

    Je ne suis pas certain que le qualificatif de “loup” soit le plus approprié, surtout que tu ne connais pas leur vie intime, s’ils évangélisent ou pas, leur for internet, etc.

  5. Vieil imbécile

    « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat ».
    Mon enfance fut baignée dans ce que tu promeus. La foi n’a pas besoin de crèches, la foi n’a pas besoin de gestes, la foi n’a pas besoin de rites. Ce qui compte c’est l’esprit, c’est la conversion intérieure, c’est mon lien personnel avec Jésus.
    Ce n’est pas formellement faux, bien sûr. C’est un héritage de Platon, le corps est un boulet dont il faut s’alléger. « Lorsque l’âme s’est emparée d’un corps de terre, lequel semble, grâce à sa puissance à elle, se mouvoir lui-même, le tout, l’âme et le corps solidement fixé à elle, est appelé un ‘vivant’, et reçoit le nom de mortel ». Dans cette tradition le geste non seulement peut trahir, mais progressivement constitue intrinsèquement une trahison. Seul ce qui est intérieur est pur.
    Le christianisme est venu renverser tout cela, notre corps transfiguré ressuscitera, mais cette vision d’opposition fondamentale entre l’âme et le corps, entre le geste et la pensée, revient régulièrement. Les années 70 bien sûr, puis semble-t-il, les années 2010 sous le clavier d’un fol…
    « Le sabbat a été fait pour l’homme ». Cette première partie de la phrase divine est cruciale. Dieu fait homme, incarné et crucifié pour nous sauver le dit. C’est pas rien.
    Nous ne sommes pas des purs esprits, nous ne devons pas opposer nos rites et notre foi. Bien sûr les uns ne sont rien par rapport à l’autre, mais l’autre ne tient pas sans ce rien. Et trois fois rien, c’est pas rien, comme disait Devos.
    C’est pourquoi je suis – pour une fois – fondamentalement en désaccord avec toi : on ne peut « se priver » de ce que tu appelles la coutume, elle est – comme notre corps – à la fois secondaire et indispensable. En général, on admet que l’amour entre un homme et une femme passe par des gestes ; c’est la même chose pour notre amour envers notre créateur : on ne peut humainement se priver de ces gestes, que l’on peut parfaitement renouveler, d’ailleurs. C’est ainsi que les tradis ont des gestes différents des chachas, et chacun regarde d’un peu haut le geste de l’autre, peu importe ; c’est grâce à ces gestes que nous incarnons notre foi. Le suffisance platonicienne que tu affiches envers les coutumes chrétiennes (on « coche », on « se plie »…) porte en germe l’affadissement de notre foi. Au mieux ça tient une génération, car même si soi-même on est suffisamment fort, la transmission est, par nature, arrêtée.
    « Le sabbat a été fait pour l’homme ». Oui, sans cette « coutume » – que Jésus a toujours respectée, sauf cas de force majeure – notre foi chute. Ne donnons pas au sabbat plus d’importance qu’il n’en mérite (donc oui, qu’il s’efface devant la force majeure), certes, mais reconnaissons humblement, à la lumière de ce que nous dit Jésus, qu’il nous est indispensable.
    Quant aux jours fériés, l’histoire est toute autre : elle est purement humaine. Nous avons besoin de dimanches et de jours fériés communs. C’est vital pour pouvoir se retrouver. C’est vital pour communier en tant que nation. Imagine une famille qui n’aurait plus de jour de repos commun… elle ne tarderait pas à voler en éclat.
    Alors, oui, la tradition chrétienne se taille la plus belle part, face au 31 décembre, au 1er mai et au 14 juillet. Et puis le lundi de Pâques et le lundi de Pentecôte n’ont pas vraiment de sens religieux. Peu importe. À tout prendre, la république s’est fondée dans le sang infligé, et l’islam aussi s’est fondé dans le sang infligé ; pas vraiment de quoi s’en réjouir et s’en glorifier. Le judaïsme s’est lui fondé dans le sang non versé (Abraham, bien sûr), c’est beaucoup mieux, mais comme les fêtes juives sont en partie reprises par le christianisme, qui lui s’est fondé dans le Sang reçu, notre situation actuelle est plutôt chouette.
    Lâcher prise, oui, trois fois oui, lâchons prise quand c’est notre orgueil, notre confort, notre paresse qui sont en jeu. Mais n’en profitons pas pour jouer à la feuille morte :).

  6. Pierrot

    J’avoue, les traditions c’est chiant ! Entièrement d’accord avec toi sur l’histoire de la date de péremption : il est grand temps de remettre l’eucharistie au goût du jour 🙂 #ironie

  7. Fol Bavard

    @Vieil_Imbecile : En fait, comme souvent, mes articles ont un côté troll. Manquant un peu de nuance, pour faire sortir de la zone de confort, pour faire réagir aussi. Si on ne lit que des choses avec lesquelles on est d’accord… On s’ennuie.

    Je n’ai pas dit que la foi n’avait pas besoin de s’incarner. Je n’ai pas dit que le corps était un boulet dont il fallait se défaire, loin de là. La rencontre personnelle avec le Christ ne peut pas être qu’intellectuelle, qu’en esprit. Donc je suis loin de séparer les deux.

    Ce que j’ai essayé de montrer, c’est que quand nos coutumes sont attaquées, on se braque parce qu’on se sent attaqués dans notre foi. Alors que ça peut être une occasion magnifique de purifier notre rapport à ces coutumes. Au moment ou elles sont attaqués, c’est un choc qu’on peut saisir pour avancer dans sa foi, plutôt que de crier à la christianophobie.

    Une crèche, c’est beau. Mais si on ne prie pas devant la crèche au matin de Noël, avant de se jeter sur les cadeaux, alors c’est du folklore. Alors qu’une prière sans crèche au matin de Noël est belle en elle même, et jusqu’à Saint François, des générations ont transmis la foi sans cela.

    Il ne faut pas que la vie Chrétienne devienne un parcours fait d’une accumulation de coutumes porteuses de sens, qu’on ne s’approprie que parce qu’on a toujours fait comme ça. Et que tout le monde le fait aussi. Au bout de 2000 ans, on a récolté plein de bonnes choses, mais c’est pas en les empilant qu’on suit le Christ…

    Ces coutumes ne sont qu’un marchepied pour nous approcher du visage du Christ. Si on ne regarde pas, qu’on ne fait qu’empiler les marchepieds, et alors on passe un temps fou à vérifier la stabilité de cet empilement.

    Et puis la feuille morte, au moins, elle vole, elle virevolte, elle avance, elle va plus loin. Et elle meurt, et dans sa mort elle fertilise une terre qui nourrira l’arbre d’où elle vient. “Grain de blé qui tombe en terre…” 😉

  8. Fol Bavard

    @Pierrot L’Eucharistie est la présence réelle du Christ. Un sacrement est un signe visible de l’action invisible de Dieu. On ne peut décemment pas appeler ça une tradition, une coutume… Chaque sacrement est un événement présent, actuel, ponctuel. On est loin de la coutume.

  9. Vieil imbécile

    Je prends acte que tu n’as pas dit ce que tu dis n’avoir pas dit… je crois que ça valait le coup de le lire 🙂

  10. Fol Bavard

    @Polydamas : Apparemment tu as associé ce terme de “Loup” à des gens, puisque tu réagis et que je te connais un peu… Et non on ne peut sonder les reins et les coeurs. Mais certains ne se cachent pas de faire de la foi une revendication identitaire, un outil politique.

  11. Sylvius

    Article très intéressant mais il me semble qu’on y trouve deux sujets assez différents qu’il serait souhaitable de distinguer : 1) la question du souci exagéré des pratiques extérieures et des rites et de l’illusion que le respect de ces pratiques suffit pour conduire au salut : c’est le pharisaïsme ;
    2) la question de la légitime défense d’une culture chrétienne, sujet abondamment traité par JPII mais je n’ai pas les références sous la main. C’est l’idée que le christianisme est nécessairement présent dans de nombreuses cultures différentes qui ont toutes leur droit à l’existence.

  12. do

    ok avec tout, mais pour les dimanches et la liberté de conscience, je resterai dans la résistance:
    “Ne donnons pas au sabbat plus d’importance qu’il n’en mérite .. certes, mais reconnaissons humblement, à la lumière de ce que nous dit Jésus, qu’il nous est indispensable.
    Quant aux jours fériés, l’histoire est toute autre : elle est purement humaine. Nous avons besoin de dimanches et de jours fériés communs. C’est vital pour pouvoir se retrouver. C’est vital pour communier en tant que nation. Imagine une famille qui n’aurait plus de jour de repos commun… elle ne tarderait pas à voler en éclat.”

    cela dit, la crèche, au delà de la coutume, c’est aussi une forme de l’Annonce qu’on supprime, et après elle, d’autres formes sont menacées. et on ne peut pas annoncer l’Evangile seulement par notre vie: aucun d’entre nous n’est parfait, et ceux qui le sont un peu ont eu une éducation favorisée, et suscitent plus de jalousie que d’attrait.

    en somme, il faut pouvoir célébrer l’Eucharistie et annoncer + vivre l’Evangile. c’est le minimum. les formes, ensuite, ok, c’est secondaire. au contraire, soyons plutôt inventifs que combatifs. se faire tout à tous pour en sauver à tout prix quelques uns. mais en restant chrétiens, quand même.

  13. Benoît

    Tradition, traditions…

    Ça me rappelle la distinction entre le “tout fait” et le “se faisant” chez Bergson et Péguy.

    Le “faire” a besoin du “fait” pour avancer, et pourtant le “fait” s’il se coupe du faire, du “se faisant”, se dessèche.
    La “pensée” a besoin de poser des “pensées” particulières pour penser, et pourtant si elle s’arrête à ses résultats, à ses pensées “faites” (“toute faites”) elle dépérit. La force d’une pensée particulière ne lui vient que se sont rattachement à la pensée se faisant, la pensée pensante. En ce sens Péguy peut dire : “Il y a pire que la mauvaise pensée, il y a la pensée toute faite”.

    Les traditions (avec un “s”) particulières sont nécessaires à la tradition (au sens de Traditio, cad de dynamisme de transmission),
    pas de traditio de la foi sans traditions dans laquelle elle puisse passer.

    Mais si les traditions se coupent (formalisme, ritualisme, identitarisme, …) de la Traditio (de la Source qui coule !) elles deviennent mortes (comme les Lettres mortes que Paul oppose à l’Esprit vivifiant en 2 Co 3).

    Les traditions ont leur valeur dans la mesure où elles sont branchées, racinées dirait Péguy, sur la source.
    Entre la Source et le fleuve, il n’y a pas de différence… mais si le fleuve est coupé de la source il devient un étang crado.

    Bref, Tradition et traditions vont toujours ensemble. le drame c’est quand on les sépare.

    PS : je pose ça là :
    #1 http://t.co/lJSYGFkUZL
    #2 http://t.co/hGnbkv5ZjV
    #3 http://t.co/VWnP4E4szq
    #4 http://t.co/IZ6JN0URw1

  14. Coutumes et transmission de la foi | Skeepy

    […] La crèche peut aider, mais il y a tellement d’autres belles manières d’arriver au Christ. Les coutumes aident la foi, mais la foi peut s’en passer et trouver d’autres moyens de s’exprimer. Les coutumes ne sont que le reflet d’une manière de vivre sa foi à un moment donné. les coutumes sont des moyens avec une date de péremption. Rappelez vous ce que Jésus n’a pas dit sur les crèches. (FolBavard, Lâcher prise sur les coutumes chrétiennes : un pas vers la conversion) […]

  15. achiardi

    Conservons NOS traditions : “la loi même est souvent moins forte que l’usage”

    ET “l’usage seulement fait la possession”.

  16. isabelle Gence

    Je pense que c’est un faux problème et un faux débat : il s’agit surtout de supprimer des jours fériés – donc non travaillés ou bien exceptionnellement – Ce qui aura aussi pour effet de gommer, toujours un peu plus, notre mémoire spirituelle, ce qui pouvait nous rappeler, de façon extérieure je suis d’accord, notre dimmension spirituelle. Bien évidemment, ce n’est pas ça qui fait de nous des chrétiens au vrai sens du terme. Mais faire de nous des petits robots dociles, que plus rien dans le rythme de l’année ne pourra rappeler un tant soi peu cette dimmension. Le “nait, travaille, consomme, et meurt” prendra encore un peu plus de place.

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