Dans le monde sans en être

“Jeunes et engagés” : un web-docu inédit sur la Doctrine sociale de l’Eglise

“Jeunes et engagés, portraits d’une Eglise qui (se) bouge”. Tel est le titre du web-documentaire que le Ceras  (Centre de recherche et d’action sociales) vient de mettre en ligne. Un film inédit sur la Doctrine sociale de l’Eglise (DSE) et la manière dont les jeunes s’en rendent acteurs au travers de leurs divers engagements, au travers de portraits, d’interview d’experts, d’actions institutionnelles… Rencontre avec son réalisateur, Martin de Lalaubie.

“La doctrine sociale de l’Eglise pour tous !”

 

Martin de LCahiers libres : à qui s’adresse ce web-documentaire et quel est son objectif ?

Martin de Lalaubie : Il s’adresse en priorité aux jeunes chrétiens. Nous voulons leur faire prendre conscience que la doctrine sociale de l’Eglise est non seulement vivante, mais qu’ils en sont sûrement déjà acteurs ! Nous voulons montrer qu’à travers des actions qui peuvent paraître simples (donner des cours à des enfants réfugiés, sensibiliser des travailleurs saisonniers au droit du travail, acheter bio…) ce sont des principes comme la solidarité, la destination universelle des biens ou la justice sociale qui sont à l’oeuvre. La doctrine sociale, c’est comme la prose de Mr Jourdain, dans Le bourgeois gentilhomme, on en fait sans s’en rendre compte !

Au fil de la réalisation de ce webdoc, on s’est rendu compte qu’il reflétait bien l’universalité du message de la pensée sociale. Jeunes et engagés ne s’adresse donc pas qu’aux jeunes, ni qu’aux cathos. La doctrine sociale de l’Eglise est pour tous. Une chance pour l’Eglise ! J’espère que ce projet permettra de voir que l’Eglise ne s’intéresse pas qu’à quelques questions bien précises qui ont agité l’actualité dernièrement. Mais qu’elle a un vrai souci de la société dans sa globalité, s’emparant de tous les enjeux qui la traversent, au service de tous les hommes et de toutes les femmes ainsi que des générations futures.

Vous y présentez des parcours de militants associatifs et d’autres acteurs institutionnels. Comment avez-vous choisi ces témoins ?

Nous voulions un web-documentaire à l’image de l’Eglise : riche et pluriel ! Il fallait que ça se reflète dans les partenaires associés au projet pour que ça soit le cas dans nos vidéos. Nous avons constitué un comité de pilotage qui se réunissait une demi-journée toutes les 6 semaines environs. Pendant le choix des témoins, les échanges ont été très riches ! Il fallait trouver des personnes pertinentes tout en préservant notre pluralité. Certains partenaires ont proposé des jeunes de leurs mouvements mais nous avons aussi réussi à aller au-delà du cercle des partenaires. Pour les jeunes, nous avions un critère supplémentaire : que leur engagement soit simple. Non pas à prendre à la légère, mais abordable par celui qui le veut. Nous ne voulions pas montrer des « super-héros » de l’engagement, mais des jeunes qui à travers leur vie quotidienne portent des valeurs fortes.

“Dans le combat pour le développement intégral de l’homme, on retrouve l’expérience de la communion”

 

Que vous ont-ils appris ?

Ils m’ont permis de vivre une véritable expérience d’Eglise. J’ai pu par exemple passer cinq jours dans un camp de guides d’Europe. Puis quelques jours plus tard, à nouveau cinq jours avec des jeunes de la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne. Ces jeunes viennent de milieux différents, n’ont pas les mêmes préoccupations, ni forcément les mêmes idées. Et pourtant, en tant que catholiques, ils appartiennent à la même Eglise, et grâce à leurs engagements, participent à une dynamique commune, celle de la doctrine sociale de l’Eglise. Dans le combat pour le développement intégral de tout l’homme et de tous les hommes, on retrouve l’expérience de la communion.

Vous présentez la Doctrine sociale de l’Eglise comme porteuses de « principes contemporains », tout en dénonçant un manque de valorisation. Comment en parler aujourd’hui pour mieux la faire connaître ?

Avant d’en parler, nous devons la vivre ! J’espère sincèrement que ce web-documentaire permettra à de nombreux jeunes de relire leurs engagements à la lumière de la doctrine sociale, mais aussi d’en susciter de nouveaux. Nous devons agir, passer à l’action ! C’est ce à quoi nous invite le pape François quand il dit que « Une foi authentique – qui n’est jamais confortable et individualiste – implique toujours un profond désir de changer le monde. » (Evangelii Gaudium, 183). Et généralement, une fois qu’il y a les actes, les témoignages suivent.

“L’évangélisation passe par le combat pour plus de justice sociale”

 

Vous y voyez donc un enjeu d’évangélisation ?

J’y vois la marque d’une évangélisation sincère et désintéressée. C’est en offrant notre amitié que nous pouvons faire sentir à notre prochain qu’il est aimé de Dieu. Et l’amour ne va pas sans la justice. « Comment prétendre aimer quelqu’un si on le laisse dans un statu-quo injuste qui le maintien dans l’exclusion. L’amour et la justice s’approfondissent mutuellement et ensemble », nous dit Elodie Maurot, interviewée sur la justice sociale dans Jeunes et engagés. L’évangélisation passe donc par le combat pour plus de justice sociale.

Vous préconisez de « s’attaquer aux structures de la société ». Qu’entendez-vous par-là ?

On ne peut se contenter d’un engagement individuel et de proximité, il est nécessaire mais insuffisant. L’amour du prochain ne se limite pas à ceux qui sont proches, il est destiné à tous ceux avec qui nous partageons une commune humanité. Ça passe donc par la politique, que Benoit XVI a qualifié de « voie institutionnelle de la charité » dans Caritas in Veritate. Mais ça passe aussi par un combat pour plus de justice sociale, une meilleure répartition des richesses avec un impôt juste et respecté de tous, une économie au service de tous les hommes, une plus grande solidarité entre les peuples… Tous ces chantiers peuvent paraitre immenses mais sont à la portée de tous. Que soit par notre comportement au travail, dans le choix de notre banque ou par exemple en payant nos impôts nous participons institutionnellement à l’amour du prochain.

“Je suis prêt à traverser la France !”

 

Comment allez-vous maintenant exploiter ce film ?

Jeunes et engagés a été conçu autant pour une utilisation individuelle que collective. L’enjeu est que les partenaires mais aussi tous ceux qui s’intéressent au sujet puissent se l’approprier comme outils d’animation et de formation. Nous allons décliner un kit d’animation pédagogique, nous travaillons avec des associations et des institutions pour qu’elles puissent l’inscrire dans leurs parcours de formations. Je suis invité à des évènements ou des soirées rassemblant des jeunes pour le présenter (JPentecôte, l’université d’été des jeunes du Secours Catholique…). J’espère qu’il y en aura d’autres, je suis prêt à traverser la France pour ça. Car montrer que la doctrine sociale de l’Eglise est à la portée de tous et que notre génération doit se l’approprier sont des enjeux de taille !

Propos recueillis par Joseph Gynt

Jeunes et engagés 2

Retrouvez toutes les vidéos de ce web documentaire sur le site Jeunes et engagés.

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