Dans le monde sans en être

Vous êtes le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit

Nous voici arrivés à la troisième halte de notre montée vers Pâques. Nous sommes de nouveau sur une montagne, cette fois-ci en ville, à Jérusalem, sur le Mont du Temple. Le signe que saint Jean nous donne à méditer est bien étrange. En effet, dans cet Evangile, le disciple bien aimé nous rapporte que Jésus fit un fouet et chassa les marchands du Temple. Pourquoi ? Par amour de la sainteté de Dieu son Père et de sa demeure parmi les hommes.

 Qu’est-ce que le Temple de Jérusalem ? Le Temple est par excellence le lieu de la présence de Dieu… Nous avons tous en mémoire le dialogue entre David et le prophète Nathan à propos de la construction d’une demeure pour le Seigneur. La réponse de Dieu ne se fit pas attendre : «  Est-ce toi qui me bâtirais une maison pour que j’en fasse ma demeure ? (…) Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta postérité après toi, celui qui sera sorti de tes entrailles, et j’affermirai son règne. Ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom, et j’affermirai pour toujours le trône de son royaume… » C’est Salomon qui, à la mort de son père, le roi David, a construit le premier Temple. Après bien des vicissitudes, en 20 avant notre ère, le roi Hérode fit agrandir et embellir le Temple dont il est question dans l’Evangile de ce jour.

Le Temple de Jérusalem est un vaste complexe entouré de portiques et composé d’une succession de parvis. Le premier parvis, le parvis des gentils  était ouvert à tous et notamment aux craignant Dieu, c’est à dire aux païens qui avaient fait le choix du Dieu d’Israël. Ce parvis était en quelque sorte, un lieu « missionnaire » et un espace de rencontre, c’est pourquoi, les docteurs de la loi y enseignaient et répondaient aux questions de ceux qui y venaient. Ce parvis précédait le parvis des femmes, qui précédait le parvis des hommes, qui précédait le parvis des prêtres où se trouvaient l’autel des holocaustes, le vestibule, le Saint et enfin le Saint des Saints. Le Saint des Saints où personne ne peut entrer, sauf le grand-prêtre, une fois l’an, pour Kippour, manifeste à la foi la proximité et la transcendance absolue du Dieu trois fois saint.

 Contrairement à certaines idées reçues, Jésus aimait le Temple. Il y enseignait et y priait souvent avec ses disciples. En outre, les Actes nous rapportent que Pierre et les Apôtres ainsi que les premiers chrétiens y prièrent jusqu’à sa destruction accidentelle par les armées de Titus en 70.

Mais revenons au texte et aux marchands dits du Temple. Les changeurs avaient pour mission de « changer » les monnaies grecques et romaines en usage contre des pièces juives à l’usage du Temple, notamment pour l’achat des « bêtes » pour les sacrifices. Les pièces frappées de l’image des divinités païennes, dont celle de César, ne pouvaient pas être utilisées dans le Temple. En effet, il ne devrait pas avoir de place pour les idoles dans le Temple et dans nos vies…

Le récent transfert des marchands et des changeurs, du Mont des Oliviers au parvis des gentils était une source de scandales : une opération financière. C’est pourquoi, Jésus les accuse d’avoir transformé la maison du Père en « une maison de trafic ». Cette transformation équivaut à une profanation du Temple. Voilà pourquoi, la tradition comprend le geste de Jésus comme celui d’une purification du Temple.

Saint Jean Chrysostome  dans son commentaire explique les raisons et les sentiments qui animent le zèle de Jésus:

Jésus devait accomplir des actions qui lui seraient reprochées comme contraires au culte de Dieu, par exemple des guérisons au jour du sabbat. Dès le commencement de son ministère, il tenait à montrer que le souci de la gloire de son Père dominait toute sa vie (…) La sainteté de son action, le zèle pour la maison de son Père, n’étaient-ils pas les meilleurs signes de son droit ? »1Homélie XXIII sur l’évangile selon saint Jean, 2.

Saint Grégoire le Grand développe cette idée en disant :

« Le Temple, la maison de Dieu, c’est aussi l’âme et la conscience de chaque fidèle. Elle cesse d’être une maison de prière, et elle devient une caverne de voleurs quand on y laisse entrer des pensées qui tendent à nuire au prochain … »2Commentaire de l’Evangile selon saint Jean.

 Quel est le prochain dont il est question ici? Nous pouvons comprendre qu’il s’agit, tout particulièrement, de ceux qui sont admis dans le parvis des gentils, c’est à dire de tous les hommes qui cherchent sincèrement la vérité et qui cherchent Dieu en vérité. Qu’entend-il par les « pensées qui tendent à nuire au prochain » ? Je pense que saint Grégoire fait référence aux conséquences du scandale provoqué dans les esprits de ceux qui voient le trafic financier organisé par les autorités du Temple. Ce n’est pas la vente des bêtes nécessaires aux sacrifices qui est visée par Jésus, mais la confusion des genres.

Le Temple est le lieu de la rencontre et non pas celui du trafic. Par ce geste prophétique, en chassant les marchands du Temple, Jésus redonne tout son sens au Temple et nous lance un avertissement : « Malheur à celui par qui le scandale arrive… » Aussi, c’est à cause de son zèle, de son amour pour la Maison de Dieu et pour le salut des âmes que le Seigneur a chassé les marchands du Temple. Car, les âmes comme le Temple sont le lieu de Sa présence.

A la vue d’un tel signe on l’interpelle : « Quel signe peux-tu nous donner pour expliquer cela ? Il répondit : détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai. » Dans cet Evangile, comme dans celui de la Samaritaine, Jésus nous révèle que «  l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père (…) l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. » Jésus constate, en quelque sorte, l’obsolescence des sacrifices du fait du manque de foi dont le trafic serait le signe. Par ce geste, Jésus dit qu’il est le vrai Temple, l’autel, le prêtre et la victime. Il annonce qu’Il va offrir, une fois pour toutes, sa vie sur la croix, en sacrifice d’action de grâce pour la Gloire de Dieu le Père et pour notre salut.

« Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps. » Depuis sa mort et sa résurrection, lorsque deux ou trois sont réunis en son nom, lorsque nous proclamons l’Evangile du salut et d’une manière suréminente et parfaite, lorsque nous célébrons l’Eucharistie, Il est vraiment présent. Autrement dit, par l’Eucharistie il construit son Eglise et en se donnant en nourriture il fait de nous son Corps. Avons-nous suffisamment conscience que par notre baptême et notre confirmation, nous sommes devenus le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit-Saint ? Avons-nous suffisamment conscience que nous sommes unit de manière viscérale à notre Mère l’Eglise ? Avons-nous suffisamment conscience que beaucoup d’âmes manquent encore à la plénitude de la stature du Christ ? En bref : sommes nous dévorés par le zèle de l’amour de Dieu, de son Eglise et des âmes qui ne Le connaissent pas? Voilà autant de bonnes raisons pour vivre ensemble le Carême comme un temps de renouveau spirituel et d’intimité avec Dieu notre Père…

Bon dimanche de Carême à tous et bonne semaine à tous.

Pod

Notes :   [ + ]

1. Homélie XXIII sur l’évangile selon saint Jean, 2.
2. Commentaire de l’Evangile selon saint Jean.

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