Dans le monde sans en être

Edito : Sacrée laïcité !

La proposition de loi de Madame Laborde n’a pas fini de faire jaser. Cette sénatrice du parti radical de gauche (PRG), par ailleurs enseignante de formation, veut « étendre l’obligation de neutralité à certaines personnes ou structures privées accueillant des mineurs et assurer le respect du principe de laïcité ». En gros, soustraire scouts et écoliers à « l’influence des religions » 1Pour bien comprendre toute la portée imbécile du projet, merci de vous référer à cette analyse de L’Osservatore Gabbiano. La conférence des évêques de France a vite exprimé son inquiétude, voyant dans ce texte « une nouvelle attaque qui cherche non plus seulement à reléguer les religions dans la sphère privée mais dorénavant à les cacher en les faisant disparaître progressivement de tout lieu de vie sociale ».

Au vu des vagues annoncées et conformément au vieux principe démocratique déconseillant tout clapotis à la veille d’élections, la discussion du texte a été reporté en mai, sur ordre de Matignon. Un simple ajournement permettant d’éviter la casse, sans trop vexer les radicaux dont le gouvernement a tant besoin pour consolider sa fragile majorité. N’ayons crainte, ce texte a peu de chance d’être adopté. Et même s’il l’était (un accident est si vite arrivé dans un hémicycle), il pourrait être jugé contraire à la Constitution, voire sanctionné par la Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination.

Dévoiement de la laïcité, reniement de l’école

Ce sursaut laïcard ne doit toutefois pas être prise à la légère. Outre une réminiscence du régime des partis par le jeu des concessions stratégiques, la première leçon à tirer de cette histoire concerne l’aggravation du climat antireligieux en France. Il est vrai que la laïcité est un concept assez élastique pour à la fois garantir la liberté de culte et justifier, pour d’autres, le confinement des curés dans leurs sacristies. Le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, relève lui-même que l’argumentaire des radicaux est « un dévoiement de la laïcité dans une version intégriste, punitive »2interview à retrouver sur le site de La Croix. Le problème est qu’avec un gouvernement qui ne pige rien au fait religieux, la balance a vite fait de pencher en défaveur des choses du ciel. C’est que pour nos ministres, il n’y a de Salut que dans l’ordre qu’impose l’Etat. A partir de là, tout désordre – entendez par là toute opposition, des manifs de rues aux combats de Chambres – est sacrilège. Toute considération à l’aune de l’éternel, blasphème !

Seconde leçon, peut-être la pire : le dévoiement non plus du principe de laïcité de 1905, mais de l’école elle-même. A lire les motifs de la proposition de loi Laborde, « l’école publique doit être cet asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ». Joliment pensé, mais plutôt que de rêver une bulle hermétique, fabrique de trous d’air et d’éponges fragiles, ne ferions-nous pas mieux d’armer nos enfants pour affronter les réalités de la vie ? C’est-à-dire de leur fournir les armes nécessaires pour qu’ils apprennent à réfléchir par eux même (les seules armes qui vaillent réellement) ? Si l’on apprend en classe à compter sur ses doigts mais pas à tendre la main, si l’on y apprend à épeler le mot liberté mais que l’on y interdit de causer, voire de penser, alors l’école n’est plus l’école. Elle est une usine à sot, à clones républicains. Ou anti-républicains, la frontière entre les deux devenant alors une simple vue de l’esprit.

Joseph Gynt

Notes :   [ + ]

1. Pour bien comprendre toute la portée imbécile du projet, merci de vous référer à cette analyse de L’Osservatore Gabbiano
2. interview à retrouver sur le site de La Croix

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