Dans le monde sans en être

Résistance au Meilleur des mondes : interview de Guillaume de Prémare

PMA, GPA, séparation sexualité et proceéation, transhumanisme… Et si tout cela nous conduisait vers l’utopie technologique et totalitaire décrite par Aldous Huxley dans son roman Le Meilleur des mondes ? C’est ce que pense Guillaume de Prémare, délégué général d’Ichtus et ancien président de la Manif pour tous, qui vient de publier Résistance au meilleur des mondes1Ed. Pierre Guillaume de Roux, 19€ avec Eric Letty. Il a répondu aux questions des Cahiers Libres :

Cahiers Libres (CL) :Vous venez de publier avec Eric Letty, l’essai Résistance au Meilleur des mondes. Pourquoi avoir choisi cette référence au roman d’Aldous Huxley ?

Guillaume de Prémare

Guillaume de Prémare

Guillaume de Prémare (GP) : Le meilleur des mondesBrave new world – en Anglais – a marqué mon esprit à l’adolescence. Je n’ai jamais été attiré par la science-fiction, mais j’ai été saisi par la notion d’anticipation que revendique Huxley. Les amateurs de prospective ont souvent la tentation de deviner précisément comment l’histoire va tourner. Or, nous pouvons seulement préparer l’avenir en conjuguant l’observation, la raison et l’expérience. Parmi les éléments d’observation, la littérature d’anticipation est particulièrement intéressante pour saisir ce qui est “dans l’air”. Certains auteurs ont par ailleurs une certaine forme d’intuition fondée sur les ressorts éternels de l’âme humaine, qui présentent une remarquable fixité à travers l’histoire. Quand Bernanos écrit La France contre les robots, il ne devine pas l’avenir, il l’anticipe grâce à sa fine connaissance et son intuition exceptionnelle de l’aspect spirituel de la condition humaine ; et il décrit par avance un désastre matérialiste et techniciste, ce qu’il nomme la « conspiration universelle contre toute forme de vie intérieure ». De même, lorsque je lis L’Avarice et l’Envie de Victor Hugo, j’ai l’impression que se dévoile sous mes yeux le processus d’autodestruction programmé de la boulimie de possession du consumérisme et de la finance folle. Dans un tout autre style, la “prophétie Houellebecquienne” s’appuie également sur les ressorts de l’âme humaine. Eric Letty et moi ne sommes ni Huxley, ni Hugo, ni Bernanos, ni Houellebecq. Notre essai est bien plus modeste, il vise à mettre en perspective l’évolution du monde moderne avec le « meilleur des mondes » décrit par Huxley. Les personnes qui s’inquiètent de l’homme, de sa chair, de son esprit, de son âme et de sa liberté intérieure trouveront – je l’espère ! – dans cet essai un surcroît de détermination pour résister à la marche vers le « meilleur des mondes ». Je qualifierais cette résistance de résistance à l’emprise progressive de l’Etat, de la technique et du marché sur la chair et l’esprit. Nous pensons que nous avançons vers ce « meilleur des mondes ». Nous n’y sommes pas encore à grande échelle, mais nous montons les barreaux de l’échelle, l’un après l’autre. Par exemple, chez Huxley, l’eugénisme et la grossesse externalisée sont généralisés. Mais ce qui existe déjà aujourd’hui à la marge porte un puissant potentiel de massification, tout simplement parce que, comme le dit Jacques Attali, « il sera très difficile d’y résister » (il parle notamment de la grossesse dans des matrices artificielles). Les puissances d’argent, conjuguées aux idéologies de la déconstruction, veulent laisser l’individu mécanisé seul face l’Etat, à la technique et au marché. Il s’agit de substituer l’individu à la personne.

CL : La référence au 1984 de George Orwell est-elle moins pertinente que l’œuvre d’Huxley ?

GP : Déjà, Thomas More fut un écrivain d’anticipation avec Utopia – terme qu’il tira du Grec et qui signifie « lieu qui n’existe nulle part ». D’une certaine manière, cela signifie que l’utopie ne peut advenir. C’est à voir. Cependant, ce qui est le plus dangereux dans l’utopie n’est peut-être pas qu’elle advienne en effet, mais que l’homme déploie des moyens et une détermination considérables pour chercher à la réaliser. C’est ici que le « tragique de l’histoire » peut atteindre son degré le plus élevé. Celui qui essaie de mettre en œuvre une utopie n’y parvient pas nécessairement, mais il fait des dégâts considérables. Notre essai ne comporte donc pas une dimension “apocalyptique”, il ne s’agit pas de dire « voici comme tout cela va se terminer ». Il demeure un essai politique. Ceux qui s’intéressent à la dimension apocalyptique pourront se référer plus volontiers à Robert Hugh Benson et son roman Le Maître de la terre, qui est une anticipation du contexte historique concret de l’Apocalypse. C’est d’ailleurs un roman recommandé par le pape François.

Mais je reviens à votre question. L’univers d’Orwell est proche de celui d’Huxley mais il est différent. Orwell est dans le chaos et la répression violente quand Huxley voit une société stable et sécurisée où la coercition est beaucoup plus insidieuse, presque invisible. Orwell, décrit un Big Brother brutal, Huxley décrit une Big Mother “maternante”, qui soigne ses petits par l’hédonisme et la prophylaxie psychique (les somma), les sécurise par la stabilité sociale et répond à tous leurs problèmes par la technique et la science. Mais l’un et l’autre ne sont pas incompatibles. D’une certaine manière, Big Mother pourrait succéder à Big Brother, la stabilité déshumanisée au chaos, le Care institutionnel à la violence. Mais je ne sais pas ce qui va arriver… Nous voulons démontrer pourquoi il est nécessaire de résister, ce qui commence par une prise de conscience large, mais nous ne prétendons pas à davantage.

CL : Le Meilleur des mondes décrit un Super-Etat mondial régissant la vie des hommes dans leurs moindres détails. Pensez-vous que cette structure politique verra le jour ? Et quelles en sont les prémices aujourd’hui ?

GP : Là encore, je ne sais pas si elle verra le jour, je me bats pour qu’elle n’advienne pas. Quand j’ai voté non à Maastricht, c’était en grande partie parce que je refusais la logique d’intégration politique des nations à un empire artificiel, et pas seulement parce que Philippe Séguin m’avait convaincu que l’Euro causerait beaucoup de dégâts. Le processus d’intégration européenne est en difficulté, c’est un point positif pour moi. Mais l’histoire n’est pas finie. L’UE est, à mon avis, typiquement le processus d’intégration politique qui constitue une étape vers le super-Etat mondial, avec quatre ou cinq super-régions assujetties à un gouvernement mondial. Par ailleurs, il y a l’ONU. Politiquement, elle n’est pas un gouvernement, mais l’idéologie qu’elle porte et promeut va dans le sens du super-Etat mondial, notamment avec sa « théorie pure du droit » – conception anglo-saxonne du droit qui devient Roi pour régir depuis le haut toute une déclinaison de normes appliquées à un ensemble pyramidal. Le droit de l’UE fonctionne aussi comme cela. Par ailleurs, l’idéologie de l’ONU – comme celle de l’UE – porte tous les poisons du « meilleur des mondes », l’eugénisme, le contrôle démographique, la déconstruction familiale etc. Déjà, je pense que nous vivons les structures politiques à une échelle de grandeur où la démocratie n’est pas possible, nous sommes déjà en post-démocratie : « Il n’y a pas de processus démocratique possible contre les traités européens » a dit Juncker. Au moins, c’est clair. Dans le livre, nous citons Tocqueville, qui avait remarquablement pressenti comment pourrait tourner les démocraties libérales, c’est très intéressant de le relire avec le recul de l’histoire. Nous essayons de montrer, dans notre essai, que la nation est l’échelle politique à éradiquer pour les architectes du « meilleur des mondes », parce que seule la nation peut porter une réalité politique incarnée pour un peuple. Or, il n’y a pas de « peuple européen » – il y a une civilisation partagée par plusieurs peuples – et encore moins de « peuple mondial » – il y a une nature et une condition humaines partagées.

CL : La reproduction artificielle, l’avortement, la contraception sont actuellement autorisés, mais pas imposés à la différence de la dystopie d’Huxley. Une évolution autoritaire est-elle pensable ?

GP : Je crois qu’une dérive autoritaire est possible. Par exemple, concernant l’avortement, la clause de conscience des personnels soignants est potentiellement en danger, tout simplement en raison de la “chute des vocations” : on trouve de moins en moins de personnes pour pratiquer des avortements. Le Planning familial la qualifie « d’obstacle à l’avortement ». Si les différentes assemblées et institutions tiennent tant à promouvoir l’avortement comme un droit fondamental, à l’inscrire en quelque sorte comme un nouveau « droit de l’homme », c’est pour cela. On nous expliquera bientôt que faire jouer sa clause de conscience est contraire aux droits de l’homme, donc à la norme juridique la plus élevée et la plus sacrée dans le monde. Mais je ne vois pas que l’on aille demain chercher les femmes chez elles pour les forcer à avorter ! Dans le « meilleur des mondes », la planification de la reproduction se fait dans le cadre d’une aliénation consentie. Du reste, elle s’opère à travers l’externalisation de la grossesse, dans le cadre d’une dissociation massive de la sexualité et de la procréation. Cette dissociation est l’un des points-clés du « meilleur des mondes ». Paul VI savait ce qu’il faisait quand il a publié Humanae Vitae, dont le pape François loue la « dimension prophétique ». La mentalité contraceptive imprègne les mœurs et dissocie la sexualité de la procréation à un point tel que l’étape suivante décrite par Huxley pourrait être presque mécanique : la procréation serait un acte technique, la sexualité un acte récréatif. N’y sommes-nous pas déjà en partie ? Dans un tel contexte, si la matrice artificielle arrive, pourquoi s’en priver ? Pourquoi faire l’enfant “sous la couette” ? Hadjaj a expliqué dans « Qu’est-ce qu’une famille ? » que la famille est fondée sur l’acte charnel de génération, c’est-à-dire l’acte sexuel dans le couple (son livre est à lire absolument, j’insiste là-dessus). L’aboutissement du processus de dissociation sexualité-procréation serait la fin du couple et de la famille ; et l’autoroute vers la déshumanisation et l’aliénation consenties. Avec la nation, la famille est ainsi la deuxième réalité “charnelle” à éradiquer pour les architectes du « meilleur des mondes ».

CL : Quelle réponse les catholiques peuvent-ils donner à ce chemin vers le Meilleur des mondes ?

GP : Je citerais plusieurs aspects.

Une réponse spirituelle : je me rappelle avoir lu l’article d’un jeune qui appelait à l’émergence d’une « génération eschatologique », c’est-à-dire qui espère au milieu des troubles de ce temps, parce qu’elle sait que l’histoire se termine bien (la parousie).

Une réponse anthropologique : expliquer ce qu’est l’homme en vérité, y compris dans sa relation verticale avec Dieu (transcendance et sacré) ; articuler une anthropologie sociale réaliste (dire qui est l’homme, c’est dire ce qu’est la société).

Une réponse charnelle : vivre la famille comme chair dans nos familles, et non comme « centre de compétences » (cf. Hadjadj). La famille qui vit comme famille résiste naturellement au « meilleur des mondes ».

Une réponse politique : défendre et promouvoir la nation comme échelle raisonnable de l’organisation politique ; rétablir progressivement la substance politique en commençant par la base et en remontant progressivement vers le sommet, ceci avec une forte implication sociale. De nouvelles solidarités sont à inventer sur le terrain, y compris au plan scolaire et éducatif.

Une réponse écologique : l’écologie fondée sur une juste anthropologie est un puissant levier de résistance au « meilleur des mondes » car elle promeut la notion de « limites » contre le règne de l’illimité (lire Nos limites – Pour une écologie intégrale de Gauthier Bès).

Dans toutes ces « réponses » – qui ne sont pas exhaustives -, il faut mettre la Charité, c’est notre vrai moteur. Et notre vertu de Charité doit s’appuyer sur une vertu qui sera centrale au XXIe siècle : la vertu de force.

CL : Pensez-vous que la réponse à ces évolutions puisse être politique ? Avons-nous notre place dans le jeu démocratique ?

GP : Défendre la nation et la famille, lutter contre les puissances d’argent, bâtir de nouvelles solidarités dans nos beaux pays de France, tout cela est éminemment politique. La Manif pour tous constitue par exemple, à mon sens, le mouvement réellement politique par excellence. Il n’est pas apolitique, il est non partisan. C’est une métapolitique, comme l’a dit Tugdual Derville dès 2013. Je crois que nous devons articuler une métapolitique au service d’une mircro-politique de terrain, là où certains pouvoirs sont encore en place, peut-être pour peu de temps encore. L’échelon politique national a été vidé de sa substance politique et l’échelon local est en train de subir une offensive confiscatoire des libertés et responsabilités. Il y a le démantèlement du département, le passage d’intercommunalités raisonnables à des super-communautés de communes qui aspirent les pouvoirs des maires, les super-régions etc. Aujourd’hui, un Préfet de Région peut imposer sa volonté à un ensemble de communes, ce n’est pas normal. S’engager au niveau local pour affirmer la valeur de la liberté et de la responsabilité me semble propice à notre temps. Quant au « jeu démocratique », vu comme « jeu des partis », c’est un jeu, en effet…

CL : Dans le passé, les catholiques ont été présents en politique et des écoles de pensées politiques ont été très actives comme par exemple la démocratie-chrétienne ou la pensée contre-révolutionnaire. Croyez-vous que ces écoles ont encore un avenir ?

GP : Les deux écoles de pensées auxquelles vous vous référez ont un point commun : elles sont éminemment sociales, mais elles s’opposent en quelque sorte sur la vision de la Modernité et le libéralisme politique. Louis de Bonald et Joseph de Maistre disent que « la contre-révolution n’est pas la révolution contraire, mais le contraire de la révolution ». C’est un aspect intéressant de la pensée de la contre-révolution, qui a eu en grande partie raison sur l’analyse de la Révolution (au sens large) et de la Modernité, comme subversion philosophique, politique et anthropologique. La subversion est là pour détruire – ou « déconstruire » comme on dit aujourd’hui -, elle ne peut pas construire. Et nous, nous sommes là pour construire à partir du réel, non à partir de nos grandes lubies politiques, de nos réflexes de « milieu » qui stérilisent l’action dans un ghetto culturellement fermé. Construire est aujourd’hui la véritable Contre-révolution. On ne peut mettre le toit avant les fondations… Nous devons travailler les fondations réelles, là où des solidarités et amitiés politiques, culturelles et sociales doivent vivre pour « construire des processus qui font un peuple » comme le dit remarquablement le pape François dans Evangelii Gaudium. Cette perspective regarde également l’école démocrate-chrétienne, qui a perdu son souffle et a également besoin de se renouveler en profondeur. Elle a mal appréhendé la Modernité philosophique et ses conséquences ; et elle a accordé trop de crédit à la bonne volonté des hommes. La politique consiste aussi à savoir qui est le “patron”, non pas le « patron » forcément comme personne (de bonne volonté ou non, c’est toujours variable), mais comme institution politique véritablement politique, c’est-à-dire capable de favoriser les dynamiques de bien commun (et non de faire à la place des personnes) et capable de protéger la société des prédations, notamment économiques et financières. Les écoles de pensée ont encore un avenir si elles se renouvellent en profondeur et si elles coopèrent à partir de leur point commun : leur vocation profondément sociale.

CL : L’Eglise possède un riche patrimoine intellectuel sur les questions sociales : la doctrine sociale de l’Eglise. Pensez-vous que cette doctrine est à compléter par un nouveau catholicisme social, comparable aux initiatives des catholiques sociaux au XIXe siècle ?

GP : Sans le catholicisme social, notamment français, il n’y aurait pas de doctrine sociale de l’Eglise. Léon XIII a écrit Rerum Novarum après Le Play ou La Tour du Pin. Albert de Mun et Frédéric Ozanam n’ont pas attendu le magistère pour être des catholiques sociaux en action. C’est parce que ces personnes ont pensé et agi que le magistère a pu, en s’appuyant sur la raison et l’expérience, formaliser la doctrine sociale. Aujourd’hui, la doctrine sociale est trop cléricale parce que les laïcs ne sont pas suffisamment investis dans le catholicisme social comme action politique. Or, la politique est le domaine des laïcs : « Il appartient en particulier aux laïcs d’éclairer les questions temporelles », dit Vatican II. Il est temps d’appliquer Vatican II et de faire émerger un nouveau catholicisme social. C’est par notre action sociale, renouvelée par les réalités contemporaines, notamment cette invraisemblable fragmentation sociale, sociogéographique et socioculturelle causée par la mondialisation sauvage, que nous ferons une véritable politique. Nous devons inventer des solidarités nouvelles qui soient une véritable politique – ou micro-politique. Non pas un simple « sentiment de solidarité », mais une « solidarité » au sens fort et politique du terme : être lié par une responsabilité commune dans les territoires où nous nous trouvons. A côté de cela, il y a l’action caritative, qui est différente et dans laquelle les catholiques sont déjà en première ligne.

CL : A la fin de sa préface de 1948 au Meilleur des mondes, Aldous Huxley regrette de n’avoir pas envisagé une fin positive à son roman : une alternative au super-Etat, créée par des dissidents sur une île. Cette forme de dissidence, une contre-société au sein de notre monde, est-elle une solution envisageable pour les chrétiens ?

GP : Aux Etats-Unis, les communautés Amish ont décidé d’arrêter le progrès à un temps T de l’histoire, peut-être parce que ces gens considéraient que la technique n’est pas neutre et qu’il valait mieux vivre à l’écart du monde pour garder des valeurs et un mode de vie. De fait, ils les ont gardés et parviennent à les transmettre à leurs enfants. Je respecte cela, c’est tentant, mais les catholiques ne peuvent faire ainsi, ce serait contraire à leur vocation d’être immergés dans le monde. Nous devons rester là où nous avons nos responsabilités ordinaires dans le monde, là où nous avons notre vocation, qui est aussi une vocation politique parce que les catholiques construisent le bien commun, avec d’autres qui ne sont pas forcément catholiques. Partout où nous sommes, nous devons déployer des amitiés et des coopérations avec des personnes de tous horizons et de toutes religions. Sans l’amitié, nous ne construirons rien. Essayons d’imiter le Christ : il n’était pas revêche, crispé et agressif, il était chaleureux, bon, sympathique, attirant. Pour autant, il ne se laissait pas marcher sur les pieds et intimider par les docteurs de la loi et savait même manier le fouet à l’occasion. C’est un beau modèle non ?

Propos recueillis par Charles Vaugirard

PS : Guillaume de Prémare et Eric Letty dédicaceront leur livre le mercredi 1er avril, de 17h à 19h30, à La Procure Saint-Lazare, 5 rue de Laborde 75008 Paris.

Notes :   [ + ]

1. Ed. Pierre Guillaume de Roux, 19€

8 réponses à “Résistance au Meilleur des mondes : interview de Guillaume de Prémare”

  1. Manuel Atréide

    M. de Prémare,

    C’est bien gentil de se faire des guilis en brodant sur l’oeuvre de des écrivains géniaux, mais la lecture superficielle et orientée de Huxley et d’Orwell ne suffisent pas à donner corps à votre vision apocalyptique.

    Les matrices artificielles, par exemple : nous sommes à des années lumière d’une telle technologie. Nous n’avons même pas encore une compréhension complète des mécanismes biologiques qui pilotent une gestation alors créer une technologie permettant de la recréer hors du ventre d’une femme ?

    De même, ce délire sur un super-état mondial tentaculaire et autoritaire n’existe que dans votre esprit mal informé. L’ONU n’est rien de ce que vous imaginez. Y êtes vous seulement allé ? Avez vous ne serait-ce que parlé avec un de ses représentants ? Non seulement l’ONU n’a aucun budget propre mais elle n’a de plus aucune indépendance sur l’utilisation des fonds que lui allouent les états. Si la France, par exemple, verse 1 million d’euro pour l’aide aux réfugiés mais décide que cette somme n’ira qu’aux programmes en Afrique, l’ONU est tenue de respecter cela.

    Ce qui se passe au sein de l’Union Européenne est de même nature: les décisions politiques sont prises par les échelons nationaux, en conseil des ministres ou en conseil des chefs d’états et de gouvernement. La France obligée de ployer devant des puissances étrangères n’existe que dans votre esprit. Ce que nous demande Bruxelles n’est en réalité que ce que nous nous demandons nous mêmes mais que nous n’avons pas le courage politique de dire à Paris.

    De même, vous regrettez qu’un préfet puisse imposer une décision à un ensemble de communes? Mais c’est exactement le rôle d’un préfet depuis la création de ce corps en 1800 : faire respecter l’autorité de l’Etat à l’échelon local ! Avez vous la moindre idée du fonctionnement de l’état sur le territoire national ? Franchement ?

    Il est regrettable de publier un tel tissu d’âneries. Mais cela correspond à la volonté de mettre en place une contre-révolution. Sur ce point vous êtes honnête. Logique même, avec ce courant catholique français qui ne jure que par le conservatisme et qui fait du concile de Trente l’alpha et l’oméga de sa pensée politique. La réaction, au sens littéral du terme.

    Cependant, le christianisme n’est historiquement pas une pensée réactionnaire. Jésus n’est pas venu pour faire des guilis aux happy few, il est venu pour l’ensemble du monde. Et si on examine en détail le récit de sa vie publique, les seuls qu’il a rejeté avec force sont des gens qui vous ressemblent étonnamment.

    Cela devrait vous inciter à réfléchir, ce qui serait un bien meilleur exercice pour vos facultés mentales que ce gloubiboulga autour de deux livres que décidément, vous comprenez fort mal.

    M.

  2. Benoît

    Cher Manuel, je comprends volontiers que l’on puisse être en désaccord avec les thèses de G. de Premare.
    Je comprends beaucoup moins le ton de ton commentaire : en quoi un avis divergeant du tiens serait forcément un ânerie ?

    par exemple :
    La question n’est pas de savoir si le pouvoir des préfets date de 1800 ou non.
    Le débat est entre deux conceptions de l’État :

    – l’État qui s’impose du haut vers le bas (assemblée -> préfet -> peuple)
    ou
    – l’État qui monte de bas vers le haut (peuple -> commune -> ….)

    Le débat me semble légitime sur ces questions (et même urgent !), j’ai vraiment du mal à comprendre le ton de ton commentaire qui semble condamner d’emblée les pistes de G. de Premare …

    (C’est peut-être ma naïveté fondamentale, mais je ne comprends pas pourquoi ne pas être d’accord débouche si vite sur la condamnation des idées de l’autre… n’y a t il pas la place pour une discussion ? une pluralité de lectures ? http://cahierslibres.fr/2013/10/trinite-web-2-0-et-democratie-essai-sur-le-dialogue/ )

    [Cher Manuel je te tutoie, si ça te pose un problème dis le moi, dsl, mais à force d’échanger en marges des articles des CL, je me le permets 😉 ]

  3. Manuel Atréide

    Cher Benoit (vu la récurrence de nos discussions, le tutoiement ne me gène pas, bien au contraire)

    Je ne reproche nullement à M. De Prémare ses idées ou sa conception du monde, elles sont aussi respectables que les miennes. En revanche, j’ai un problème quand une personne avec son bagage culturel, social et politique se met à raconter des … âneries, il n’y a pas d’autres mots, désolé. Enfin si mais ils sont encore moins plaisants.

    La conception de l’état qu’il semble défendre est effectivement un mouvement montant, du peuple vers le pouvoir. Dans ce texte, il explique aussi avoir combattu l’Union Européenne depuis Maastricht et semble regretter l’ancienne organisation territoriale française avec ses communes et ses départements.

    Le problème, c’est que dans cette conception traditionnelle de l’état, le préfet est un rouage indispensable et que son pouvoir sur les échelons territoriaux ne se met pas en place avec l’intégration européenne mais est là dès l’origine. C’est même sa raison d’être, le préfet est l’incarnation de l’autorité et de la suprématie de l’état sur la politique locale.

    M. De Prémare est-il là juste incohérent ou caresse-t-il le lectorat dans le sens du poil en abondant dans le sens du méchant pouvoir central contre la France des communes (des paroisses?) de toujours ?

    Même chose sur cette histoire de matrices artificielles qui le travaille tant : il n’y a pas le plus petit début de réalité à cette histoire. Qu’on ne vienne pas me dire que M. de Prémare, “délégué général d’Ichtus et ancien président de la Manif pour tous” n’est pas au courant.

    Si tel était le cas, j’ai alors une nouvelle inquiétante pour les lecteurs de ce blog : les mouvements que vous aimez tant et en qui vous placez tant d’espoirs sont pilotés par des incapables ! J’avoue ne pas y croire un seul instant.

    En revanche, je vois se dessiner une stratégie de communication faite de propos exagérés ou mensongers qui visent à solidifier une croyance parmi certains milieux catholiques, celui d’un monde qui oublie ses valeurs (les bonnes valeurs, les vraies valeurs, les vôtres quoi), qui tourne le dos à la morale (forcément la bonne morale catholique) et se dirige vers une dictature insidieuse (celle des non catholiques, des francs mac, des LGBT, des pervers et des socialisssss), dictature dont le but est bien évidemment de détruire le catholicisme.

    Le tout se fait dans des pseudos papiers de réflexion, avec des propos doucereux, un ton faussement emprunt de charité, une apparence de souci de l’autre alors qu’il ne s’agit que de garder sous le coude un électorat qu’on veut capturer durablement. Car crois moi, à part chez quelques zozos – sans grand pouvoir d’ailleurs – qui rêvent d’un grand soir anticlérical, le catholicisme n’est nullement menacé en France.

    Chez moi (du coté obscur de la force), cela porte un nom: on appelle cela de la manipulation.

    Alors je ne sais pas Benoit si tu as envie qu’on te manipule. Personnellement, je le refuse et cela me vaut régulièrement des prises de becs, non avec des gens comme M. de Prémare, mais avec des amis LGBT (entre autres) qui essaient eux aussi parfois de me caresser dans le sens du poil pour mieux me fourguer leurs salades.

    Si au moins je peux t’inciter, Benoit, à penser par toi même, j’aurai servi à quelque chose. Que tes idées soient celles de M. de Prémare m’importe peu. Pense ce que tu veux mais défend tes idées sans chercher à tromper l’autre. Ce n’est malheureusement pas ce que fait le délégué général d’Ichtus.

    M.

  4. Gaëlle du Pontavice

    Bravo à M. de Prémare pour cet article. Vous avez un point commun avec mon fils qui a 14 ans presque 15 ; il a les mêmes références littéraires que vous. La lecture d’Huxle l’a beaucoup marqué et cela l’a fait réfléchir. Entre nous, il aime beaucoup Roger Nimier même si ça n’est pas le même registre. A quand un article sur Roger Nimier? Bien à vous.

  5. Guillaume de Prémare

    A Manuel Atréide
    J’explique dans cet entretien que c’est un essai politique et non apocalyptique. J’exprime donc un certain nombre d’opinions politiques, qui sont bien sûr ouvertes à la discussion. Mais pour cela, encore faut-il pouvoir discuter… Là c’est vraiment compliqué…

  6. Manuel Atréide

    Et votre discussion, M. de Prémare, vous voulez la construire sur des bases solides, des faits, ou vous préférez partir de fantasmes ? De plus, quels sont vos objectifs réels dans cette “discussion” ?

    Si vous voulez discuter de l’avenir de nos sociétés à partir de faits concrets, il y a matière à s’entendre. Mais au minimum dans ce cas, je vous demanderai d’être précis, de respecter la réalité et de donner des exemples vérifiables de vos dires. Exemple : avez vous des informations précises sur des programmes de recherche expérimentales sur la conception humaine via des matrices artificielles ? Où en sont-ils ? Qu’en pensent les autorités françaises ?

    Si nous pouvons partir sur de telles bases, nous serons à même d’informer les lecteurs de Cahiers Libres. Les informer pour ensuite leur permettre de se forger une opinion. Mais pour le moment, loin d’être dans la discussion “politique”, vous parlez beaucoup d’apocalypse. Ce qui est un tout autre registre.

  7. Charles Vaugirard

    Manuel,
    Je vais être clair avec toi : tu portes des accusations graves envers Guillaume de Prémare, et celles-ci sont bien entendu infondées. Que tu ne sois pas d’accord avec lui c’est ton droit… Mais tu peux exprimer ton désaccord avec des arguments clairs et non des procès d’intentions, des accusations et des injonctions.
    Sur le fond : tu clames haut et fort que parler aujourd’hui de matrice artificielle relève du fantasme… Tiendrais-tu ce discours envers des personnalités comme Henri Atlan, Sylviane Agacinski, Jean-Claude Guillebaud ou Marcela Iacub qui ont tous traité de près ces questions dans des livres ou des articles ? Seras-tu aussi impitoyable avec Libération ou les Inrocks que tu ne l’es avec Cahiers Libres parce qu’ils ont osé parler d’utérus artificiel ? Sois sérieux Manuel : l’ectogenèse est étudiée par les scientifiques et des intellectuels réfléchissent à ces questions (certains sont pour, d’autres contre). Bien sûr cette technique n’est pas au point (Atlan l’envisage pour 2050), mais il est juste d’étudier la question maintenant.
    Voici un article de Libération de 2005 qui traite de l’utérus artificiel, et il mentionne les recherches : http://www.liberation.fr/week-end/2005/04/02/l-uterus-artificiel-un-pas-de-plus-vers-la-separation-totale-entre-sexualite-et-procreation_515216
    Mais surtout, les prémices de l’ectogenèse sont déjà là, et les questions éthiques sont déjà lourdement présentes. La PMA, la GPA sont déjà des aspects de la reproduction artificielle… Ce ne sont donc pas des fantasmes.
    Et si on pouvait traiter sereinement ces questions sans insulter son contradicteur ?

  8. Manuel Atréide

    Charles,

    ce que tu qualifie d’accusation grave de ma part vis à vis de M. de Prémare est une interrogation : cet homme, qui agit dans les secteurs politiques et sociaux, annonce sans nuance des choses que la réalité dément. je pose la question de savoir pourquoi.

    Je sais que les mots d’incompétence ou de manipulation ne sont pas plaisants à lire, mais à un moment les choses doivent être dites. Il parle de matrices artificielles comme si nous étions à l’aube de leur utilisation massive, il n’en est rien. Les recherches qui sont faites en ce moment – car il y en a – portent en réalité sur la compréhension fine du processus de grossesse, ce qui est loin d’être fait. Le terme d’extogénèse, inventé dans les années 20, recouvre pour le moment une discipline théorique. Le livre d’Henri Atlan auquel tu te réfères est un ouvrage de vulgarisation scientifique qui ne fait qu’imaginer les développements ultimes d’hypothèses même pas encore à portée de main.

    Par ailleurs, la PMA et la GPA n’ont rien d’artificiel : l’enfant se développe dans le ventre d’une femme comme n’importe quel autre enfant. Tout au plus pourrait-on employer ce terme pour les cas de fécondation in vitro. En tout état de cause, les enfants nés par ces méthodes sont aussi humains que toi et moi et tu conviendras que leur coté “artificiel” n’est qu’un pur fantasme, sauf à te l’appliquer à toi aussi.

    Ce discours, je le tiens face à M. de Prémare. Jeposerais, si je devais le faire, les mêms questions à Mme Agacinsky, M. Guillebaud ou tout autre personne : le niveau de célébrité n’implique pas que les propos tenus soient toujours sérieux et bien informés. Au demeurant, je demande à M. De Prémare de me citer ses sources sérieuses car je n’ai pas la prétention de tout savoir et il est fort possible qu’il ait vent d’un programme très discret et très avancé de recherche scientifique. Sait-on jamais.

    Si tel n’est pas le cas, je continuerai à me poser la question de la pertinence et des motivations de tels propos, surtout quand on s’adresse à un public qui ne demande qu’à croire de telles idées, attaché qu’il est à une conception bien particulière de la famille, de la reproduction humaine et de la nation.

    Mes questions sont normales. Je ne demande que des réponses. Je suis navré que ma position ne te plaise pas, mais cela ne la rend pas illégitime pour autant.

    M.

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