Dans le monde sans en être

Rameaux : béni soit celui qui vient nous sauver

La Messe des Rameaux nous fait entrer dans la Semaine Sainte. Cette Messe atypique commence par une monition dont voici le texte : « Frères bien aimés, pendant quarante jours, nous avons préparé nos cœurs par la prière, la pénitence et le partage ; et nous voici rassemblés au début de la semaine sainte pour commencer avec toute l’Eglise la célébration du Mystère pascal. Aujourd’hui, le Christ entre à Jérusalem, la Ville sainte, où il va mourir et ressusciter. Mettons toute notre foi à rappeler maintenant le souvenir de cette entrée triomphale de notre Sauveur ; suivons-le dans sa passion jusqu’à la croix pour avoir part à sa résurrection et à sa vie. » Célébrer les Rameaux implique que chacun de nous veuille vraiment suivre le Christ. La liturgie nous fait passer de l’imagination au réel par la procession qui nous rend pleinement acteur. Souvenons-nous, marcher à la suite du Christ nous engage vis à vis de Lui et de notre quartier. 

Mais venons-en à l’Evangile : « Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent à Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. » L’itinéraire emprunté par Jésus et ses disciples pour se rendre à Jérusalem passe par Bethphagé qui veut dire : « la maison des figues non mûres ». Si l’évangéliste saint Marc si avare en mots prend le soin de nous donner ce détail c’est qu’il a son importance. En effet c’est en ce là que Jésus maudit le figuier sur lequel il n’a trouvé aucune prémices, aucune figue printanière. Le figuier symbolise les pharisiens et les prêtres qui ne préparèrent pas les cœurs et les âmes à l’accueil du Messie et qui ainsi ne portent pas de fruits…

Humble et pauvre

L’Evangile selon saint Matthieu précise que Béthphagé se situe sur un des versants du Mont des Oliviers, le versant occidental. La tradition rapporte que c’est à partir des fruits des oliviers cultivés sur ses pentes qu’était tirée l’huile de l’onction des prêtres, des prophètes et des rois d’Israël… C’est en ce lieu que le prophète Ezéchiel, en quittant le Temple, vit se reposer la gloire du Seigneur[1]… C’est là que David a souffert en fuyant devant l’avancée de son fils rebelle Absalon… C’est là aussi où il pleura la mort de celui-ci… Jésus aime ce lieu solitaire, c’est là qu’il priera pour la dernière fois avec ses disciples avant d’être arrêté.

« Dites à la fille de Sion : voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. » Jésus fait sienne cette parole de Zacharie[2]. Cette citation fait écho à la prophétie d’Isaïe qui dit : « Dites à la fille de Sion : voici que ton Sauveur arrive…[3]». Par ailleurs, l’abbé Chanut indique que la littérature midrashique, dans ses développements sur le Messie et sa venue, fait le lien entre ce verset et le texte de l’oracle de Juda où il est dit : « Il attache à la vigne son ânon, au cep de choix le petit de son ânesse [4]». Voilà pourquoi, dans un passage du Midrash Rabba qui commente le livre de la Genèse, on peut lire : « Il lie son âne à la vigne… Les Maîtres expliquent ces mots de cette façon : Dieu dit : Je suis attaché à la vigne (donc à Israël) et au raisin de prix de sa ville (lire Jérusalem) ; le petit d’une ânesse, c’est-à-dire quand viendra celui dont il est dit : Pauvre et monté sur un âne… » Ainsi, la tradition juive permet aux hommes au cœurs droits de pouvoir reconnaître les signes de la venue du Messie : humble et pauvre…

« Ils amenèrent l’ânesse et son petit âne… » Saint Jérôme commente ce verset en disant non sans malice : « Cette ânesse qui avait porté le joug, représente la Synagogue qui a porté le joug de la Loi et qui montre la Loi aux Gentils[5]… » et plus loin : « L’ânon, jusque-là folâtre, représente le peuple des Gentils dont Jésus fait la conquête. Il a envoyé pour les amener à lui, deux de ses disciples qui représentent les apôtres envoyés les uns aux Juifs, les autres aux païens[6]. »

“Hosanna !”

«… (ils) disposèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux; d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route… » Cet accueil à la fois spontané, messianique et royal fait écho à un épisode du livre des Rois où l’on dit à propos de l’intronisation de Jéhu que ses compagnons d’armes « prirent chacun leur manteau et le mirent sous lui, à même les degrés; ils sonnèrent du cor et dirent : Jéhu est roi[7]… » En outre, au deuxième Livre des Rois, David donne des consignes pour le « sacre » de Salomon son fils : « vous ferez monter Salomon, mon fils, sur ma propre mule et vous le ferez descendre à Guilhôn[8] » Enfin, saint Augustin nous rappelle que « Les rameaux de palmier sont des louanges symbolisant la victoire que le Seigneur allait remporter sur la mort en mourant lui-même, et le triomphe qu’il allait obtenir sur le démon, prince de la mort, par le trophée de la croix[9]… » Cette victoire est aussi la nôtre si nous acceptons de Le suivre jusqu’au bout.

« Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : ‘Hosanna !
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père.
Hosanna au plus haut des cieux !’ » Le mot « Hosanna »  crié par la foule signifie littéralement « sauve donc ! ». Cette acclamation est tirée du psaume 117 dans lequel il est question de l’avènement et de l’accueil du Messie. Ce mot avait perdu son sens premier, pour devenir l’expression populaire de la joie et de la victoire. L’Hosanna est chanté ou dit dans la liturgie de la Messe, lors du Sanctus qui précède le sacrifice eucharistique. Le sens originel du mot Hosanna y retrouve toute sa force : « sauve donc ! ». Car c’est précisément à ce moment-là qu’est actualisée/rendue présente l’œuvre de salut de Jésus, dont le nom signifie « Dieu sauve ».

On peut légitiment se demander pourquoi Jésus accepte-t-il d’être ainsi accueilli dans la Ville sainte ? Saint Jean Chrysostome répond à cela : « Au moment où commençait son ministère, il n’était pas encore bien connu, le temps de la Passion n’était pas encore là. Jésus se mêlait donc à la foule, ou même se cachait ; d’ailleurs, en se manifestant, il n’aurait pas soulevé l’admiration et il n’aurait fait qu’augmenter la colère de ses ennemis. Mais il a donné maintenant des preuves suffisantes de sa puissance et la croix est proche ; il se manifeste plus clairement, il n’hésite pas à faire briller ses actes d’un éclat capable d’exciter la jalousie de ses adversaires[10]… » Désormais l’heure est venue où « tout ce qui est caché doit être mis en lumière, tout ce qui est secret doit paraître au grand jour. » Allons, levons nous, suivons-le dans Jérusalem et dans sa Passion jusqu’à la croix pour avoir part à sa résurrection et à sa vie.

Bon dimanche des Rameaux et bonne Semaine Sainte à tous.

 

Pod

 

[1] Ez. 11, 23.

[2] Is. 9,9 : « voici que ton roi vient vers toi ; il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, sur un ânon, petit d’ânesse ».

[3] Is. 62, 11.

[4] Gn. 49, 11.

[5] Commentaire de l’évangile selon saint Matthieu.

[6] Idem.

[7] I Rois, 9, 12-13.

[8] II Rois, 1, 33.

[9] Tractatus in Johannis evangelium », LI 2.

 

[10] Homélie LXVI sur l’évangile selon saint Matthieu, 1.

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