Dans le monde sans en être

Notre joie

En ce dimanche dit de Laetäre, nous voici parvenus à la quatrième halte de notre montée vers Pâques. Le dimanche pendant tout le Carême, la liturgie romaine suspend les exercices pénitentiels, mais il n’en demeure pas moins une certaine austérité. C’est pourquoi il n’y a pas de Gloria, d’Alléluia, de fleurs et l’orgue n’est utilisé que pour accompagner les voix. Enfin, les ornements sont violets. Cependant, pour le dimanche de Laëtare qui se situe à mi-parcours, la liturgie tempère un peu plus encore l’austérité en permettant les décorations florales et l’usage des ornements roses. Pourquoi le rose ? Le rose est la couleur de l’aurore, celle du matin de Pâques, en quelque sorte celle de la résurrection et par conséquent de la joie. Voilà pourquoi l’introït de la Messe reprend les paroles du prophète Isaïe : « Laetäre Ierúsalem… Réjouis-toi Jérusalem, et vous tous qui l’aimez, rassemblez-vous ; unissez-vous à sa joie, vous qui avez été dans la tristesse; tressaillez d’allégresse, rassasiez-vous et soyez consolés dans ses délices[1]. »

Toujours afin d’anticiper la joie de Pâques, la victoire du Christ sur le péché et la mort, l’Eglise nous donne d’entendre l’Evangile dans lequel Jésus se compare au serpent de bronze dont il est question au Livre des Nombres. « Le peuple perdit confiance en chemin, et parla contre Dieu et contre Moïse (…) Le Seigneur envoya contre le peuple des serpents brûlants qui mordirent le peuple ; et il en mourut beaucoup du peuple d’Israël. Le peuple vint à Moïse et lui dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il écarte de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant et dresse-le sur une hampe ; quiconque aura été mordus et le regardera, restera en vie. » Moïse fit un serpent de bronze et le dressa sur la hampe ; et alors, si quelqu’un était mordu par l’un des serpents, et regardait le serpent de bronze, il restait en vie[2]… » Saint Augustin dit en commentant cet épisode : « Le peuple d’Israël succombait dans le désert sous les morsures des serpents (…) C’est Dieu qui le punissait et le frappait pour l’instruire[3]…» Plus loin il ajoute que les serpents sont le symbole du péché, nos péchés, qui tuent la vie de Dieu qui est en nous.

Mais revenons à l’Evangile : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle… » Que représente le serpent ? A cette question saint Augustin répond : « La mort du Seigneur sur la croix. Parce que la mort vient du serpent, elle a été symbolisée par l’image du serpent. La morsure du serpent est mortelle, la mort du Seigneur est vivifiante… Dans la mort du Christ, la mort est morte ; la plénitude de la vie a englouti la mort, la mort a été absorbée dans le corps du Christ[4]… » Et l’évêque d’Hippone de poursuivre : « Ceux qui regardaient ce serpent ne périssaient pas des morsures des serpents ; de même ceux qui regardent avec foi la mort du Christ sont guéris des morsures de leurs péchés. Les Israélites échappaient à la mort pour une vie passagère; le Christ nous délivre pour la vie éternelle. Le symbole donnait une vie passagère ; l’objet figuré par le symbole nous donne la vie éternelle[5]… »

« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Jésus nous révèle ici le cœur brûlant de notre foi, le kérygme commun à tous les baptisés quelle que soit leur « dénomination », ce qu’il nous envoie annoncer à tous les hommes : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… » Autrement dit : notre Dieu est père, il nous aime tous d’un amour inconditionnel, jusqu’au bout, jusqu’à la Croix sur laquelle le Christ fut élevé pour nous sauver. Comme le dit l’Apôtre saint Paul dans l’Epître de ce jour : « Dieu est riche en miséricorde ». Voilà la bonne nouvelle qui rend nos cœurs brûlant d’amour. Nous en sommes à la fois les bénéficiaires, les témoins et les prophètes. Avec le centurion romain, nous savons que nous ne sommes pas dignes d’être sauvés, avec Saint Paul dans l’Epître aux Romains nous confessons : « Qui nous séparera de l’amour de Christ? (…) Ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur[6]. »

Et le Seigneur de dire à son sujet : « Celui qui croit en Lui échappe au jugement… » De fait comme le dit l’Apôtre des nations : « Nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ. » Notre péché nous accuse. La sentence est claire et le verdict sans appel : sans le Christ nous sommes condamnés à mort…, mais Dieu dans son amour infini a envoyé le juge dont nous n’avons rien à craindre, le juge qui se fait médecin et antidote pour nous arracher à la mort éternelle.

Ténèbres et lumière

Cependant avec saint Augustin nous pouvons constater non sans tristesse qu’ « il se donne lui-même la mort, celui qui ne veut pas suivre l’ordonnance du médecin… » Le Seigneur l’affirme : « Celui qui croit en lui échappe au jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu… » C’est pourquoi nous confessons avec amour et confiance le seul Nom qui nous sauve, le saint Nom de Jésus.

« Tu ne veux pas de son salut ? Tu seras jugé sur ta conduite. Et que dis-je, tu seras jugé ? Remarque ce qu’il dit : « Qui croit en lui n’est pas condamné ; qui ne croit pas est déjà condamné (…) Le jugement n’est pas encore public, mais il est prononcé [7]… » Loin de nous effrayer, pareilles sentences nous poussent à témoigner auprès de ceux qui ne Le connaissent pas et plus encore auprès de ceux qui veulent l’ignorer. Demandons la grâce d’être animés par le zèle pour Dieu et les âmes dont il était question dans l’Evangile de dimanche dernier.

Sans quoi : « Le jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises…» Et saint Augustin de s’interroger et nous avec Lui : « S’il a trouvé tous les hommes pécheurs, s’il les guérit tous du péché (…) comment comprendre ces paroles : « La lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » ? A cette question troublante il répond : « Il y en a beaucoup qui ont aimé leurs péchés… »

Néanmoins, plus loin il ajoute : « Celui qui confesse ses péchés et les accuse fait déjà cause commune avec Dieu. L’homme et le pécheur sont, peut-on dire, deux choses différentes. L’homme est l’œuvre de Dieu, le pécheur est l’œuvre de l’homme. Détruis ton œuvre pour que Dieu sauve la sienne[8]. » Rejetons les œuvres des ténèbres, de la peur, de l’esclavage du péché. En ce beau dimanche de Laëtare, souvenons-nous que si nous confessons sa miséricorde infinie en confessant nos péchés, alors nous recevrons son pardon inconditionnel. Si nous témoignons de son amour infini pour nos contemporains, alors se lèvera devant nos yeux l’aurore étincelant de Pâques : le Christ notre joie.

Bon dimanche de la joie à tous.

Pod

N.B. 1 : En ce dimanche de la joie, je vous propose de méditer quelques paroles du Cardinal Robert Sarah qui vient de passer plusieurs jours en France : « Nous tous devons être fiers d’être chrétiens. Nous devons tous être heureux de l’être, car c’est la vie. Si je n’ai pas de Dieu, je meurs. Etre avec Dieu, c’est être saint. Croire en Dieu, ce n’est pas seulement penser qu’il existe, c’est aimer comme il aime, pardonner comme il pardonne… » C’est imiter Dieu. C’est pourquoi la primauté de Dieu est essentielle. Je combats pour un être qui est vivant, qui m’a fait et qui m’aime. »

N.B. 2 : Avec le vote en première lecture de la loi sur la fin de vie permettant « la sédation profonde et continue… » Je fais miens ces mot du cardinal Sarah : « Résister, c’est ne jamais se décourager face aux difficultés. La foi implique toujours une souffrance (…) Les difficultés les plus impossibles à porter ne sont pas celles qui viennent de l’extérieur mais bien de l’intérieur. » Le cardinal de rappeler que dans les persécutions ou les difficultés nous ne trouverons la force et l’amour nécessaire pour résister que dans la prière qui nous permet de nous « accrocher à notre rocher », le Christ.

 

[1] Is 66, 10.

[2] Nb 19, 4-9.

[3] Tractus in Johannis evangelium, XII 9.

[4] Idem.

[5] Ibidem.

[6] Rm. 8, 35-39.

[7] Tractus in Johannis evangelium, XII 12.

[8] Idem, 13.

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